
Dans la lune
Tome 1
Frayeur
Sur une lune, appartenant à une grande planète.
Elle était habitée par des êtres qui avaient une morphologie proche de celle des êtres humains.
L’un d’eux s’appelait Koshy.
Aujourd’hui, Eleone, la mère de Koshy marchait près de la maison. Elle avait des longs cheveux bruns, ses yeux étaient verts. Elle portait des habits simples.
Sur sa route, elle cueillait des fleurs jaune vif. Leurs tiges étaient longues et fines. La fleur était pleine de pollen et en conséquence, les mains de sa mère étaient teintes en jaune. Elle marchait sur un chemin sec, créé avec le temps par le piétinement des personnes de la communauté. Elle se dirigeait vers sa maison dans laquelle se trouvait actuellement Koshy. Elle prenait son temps, cueillait les fleurs avec précaution. Des fleurs jaunes comme celles-là, il y en avait parsemé dans tout le village à cette période de l’année.
- Koshy !? Viens m’aider à préparer à manger ! dit-elle aussitôt rentrée.
Koshy avait les cheveux châtain sombre, sa peau était mate, il devait la tenir de son père qu’il n’avait jamais rencontré. En ce moment, il était allongé sur le toit de la maison, les yeux fermés, il écoutait la musique reposante de la nature. Les chants des oiseaux et le vent qui faisait vibrer les feuilles des arbres.
Au loin, profond dans la forêt, le vent soufflait sur une imposante structure. Il frottait contre la paroi en faisant un bruit démoniaque, comme un cri de bête féroce. Cette structure était composée d’un matériau étonnamment durable, très ancien, d’un autre monde peut-être.
- J’arrive maman ! répondit le garçon.
Les deux se mirent ensuite au travail. Ils écrasèrent les fleurs jaunes dans un grand bol, à l’aide de bouts de bois polis et y ajoutèrent des herbes aromatiques.
Un après-midi tranquille dans ce village perdu dans la forêt.

Dans les bois, en se dirigeant vers le bruyant vestige. La forêt est sombre. Les troncs des arbres sont très espacés entre eux. Le feuillage se déploie sur de grandes distances de sorte que seuls quelques rayons de soleil privilégiés parviennent à toucher le sol. Plus près du vertige, il y a des morceaux constitués d’une étrange matière lisse, enfoncés dans la terre. Les arbres ont su faire corps avec la matière, il y en a incrusté de toutes parts dans leurs troncs. Il y en a davantage, plus proche encore. La forêt est humide et foisonnante d’herbes de toutes sortes, assez hautes pour remonter jusqu’aux genoux. On trouve encore des fleurs jaunes, cachés par la végétation plus épaisse de la forêt. Au loin, derrière les arbres, on peut voir un morceau de tour sombre qui semble s’élever bien au-dessus des arbres. Ce morceau est isolé et anormalement géométrique, la pointe d’un triangle à angle aigu sort du sol, orienté vers le ciel. Une aiguille géante dont la surface est, elle aussi, parfaitement lisse. Le cri que pousse la structure quand le vent la traverse retenti. Il est strident. L’édifice imposant se dévoile enfin. Une vingtaine de pics énormes et derrière ceux-ci, un bâtiment rectangulaire.
Au-dessus de l’édifice, le soleil est aveuglant. Les fragments qui l’entourent ont empêché la progression de la flore. On peut voir qu’il est très difficile d’accéder en son centre, car les pics forment une muraille impénétrable. Toutefois, en s’aidant des arbres et avec des lianes, la chose a déjà dû se faire.
Tiens, des adolescents se sont posés sur le toit du bâtiment...
- Tu as dit que Koshy nous rejoindrais ? Ça fait déjà une heure qu’on attend ! dit une adolescente.
Elle s’appelait Serame, elle avait des longs cheveux bouclés orange vif, une partie de sa chevelure était tressée. Elle était habillée avec une tenue légère, un short plutôt court, une chemise à manche longue troué.
- Il m’a dit qu’il devait aider sa mère pour un truc. Il ne devrait pas tarder, répondit un garçon assis juste à côté d’elle.
Celui-là avait des cheveux bruns et une coupe de cheveux naturellement sauvage. Ses cheveux mesuraient une quinzaine de centimètres chacun. Il s’appelait Fulane, il était de grande taille et portait des habits de couleurs peu vives dont une veste en cuir à manche courte et un long pantalon. Fulane était un orphelin qui avait grandi différemment des autres garçons de son âge. Il avait alterné fréquemment de logis, vivant à la fois avec tout le monde et personne, il logeait chez qui bon lui semblait. Il préférait toutefois la solitude.
- Il ferait mieux de se dépêcher ! Mon frère m’a dit qu’un jour où il explorait les couloirs du temple, il s’était perdu et à la tombée de la nuit, il ne voyait même plus ses pieds tant il faisait sombre, dit le troisième.
Celui-ci était le fils du chef du village. Il était de moyenne taille, ses cheveux étaient châtains roux comme ceux de tous les membres de sa famille. Il se nommait Gérale Darys. Les Darys ont toujours occupé la place de chef du village et personne ne s’en était jamais plaint. Ils étaient reconnus pour être de fameux guerrier. Son père, Krysatune Darys avait à lui tout seul abattu un immense Rastoke quand il était plus jeune. Les Rastokes sont de gigantesques créatures qui mesurent au moins trois mètres de hauteur pour quatre mètres de longueur. Leurs dos sont recouverts de pics immenses, ils ont de longues dents qui dépassent de la bouche. La distance entre les arbres dans cette région permet à ce genre de bestiole de se déplacer. Un Rastoke ne se déplace pas très vite en général, mais quand il devient agressif, il peut charger à une vitesse fulgurante. Quand il a décidé d’aller dans une certaine direction, rien ne le fera changer d’avis. Même s’il a choisi de passer au plein centre d’un village...
- Si tu as peur du noir, Gérale, tu peux nous attendre dehors. Dans tous les cas, moi, j’en ai marre de l’attendre, je l’ai déjà attendu suffisamment longtemps, dit Serame qui se leva d’un bond et se dirigea vers l’entrée du temple.
- Serame, attend ! Ça peut être dangereux ! Mon frère m’a dit qu’il avait vu des traces de Fekornes à l’intérieur ! cria Gérale, mais c’était en vain, car Serame s’était déjà introduit à l’intérieur. Il se tourna vers Fulane.
Les Fekornes sont des créatures très vivaces qui font la taille d’un homme. Elles se déplacent à quatre pattes, elles ont de la fourrure, un corps musclé et des crocs ainsi que des griffes qui donnent à la créature un air féroce.
- Fulane, dit quelque chose !
- Serame s’en sortira très bien toute seule, elle sait se battre, répondit simplement Fulane.
Gérale, fou de rage, ramassa un gros caillou et le jeta aussitôt au loin.
- D’accord, eh bien, il ne faudra pas s’étonner si on retrouve Serame en morceau, mangée pas des Fekornes ! On entendit le caillou se briser contre un rocher.
Fulane ricana.
- Serame a déjà défié des Fekornes et elle était, de loin, celle qui sortit le plus indemne du combat.
Gérale sursauta.
- Quoi ?! Impossible ! J’ai déjà vu une attaque de Fekorne et même à trois contre un, ils eurent du mal à en venir à bout ! Et pourtant mon père était dans le lot.
- Huh... Il m’est arrivé de voir ton père se battre. Je peux t’assurer que Serame le vaincrai même désarmée.
Gérale se leva et dégaina son épée du fourreau.
- Si tu cherches à déshonorer ma famille, il faudra que tu en payes le prix !! Mon père, à lui tout seul, s’est débarrassé du Rastoke qui a failli traverser le village. S’il n’avait pas été là, de nombreux villageois seraient morts à l’heure qu’il est !
Fulane ne bougea pas d’un poil.
- On en reparlera quand tu auras appris à manier une épée.
Koshy avait terminé d’aider sa mère une heure auparavant déjà. Pour ne pas arriver plus en retard, il faisait le trajet en courant. Il avait pensé à prendre son arme, une épée courte qu’il prenait tout le temps avec lui pendant ses aventures périlleuses. Il connaissait le chemin par cœur jusqu’au temple, car il y était déjà allé plusieurs fois. Le temple n’avait plus beaucoup de secrets pour lui, il avait tracé une carte entière de l’intérieur, c’était un véritable labyrinthe. Mais la dernière fois qu’il y était allé, au plus profond du temple où se trouvait une des seules salles qu’il n’avait encore jamais explorées, il s’était retrouvé nez à nez avec un Fekorne.
Prenant ses jambes à son cou, il avait réussi à fuir la bête et à sortir du temple en un morceau. Il ne fit pas le poids contre cet animal. Ce jour-là, il était rentré chez lui couvert de sang, racontant au village qu’un Fekorne l’avait pris par surprise dans la forêt. C’est la raison pour laquelle il avait rassemblé ses amis aujourd'hui même.
Il avait déjà parcouru la moitié du trajet quand il entendit un bruit qu’il crut reconnaître. Un hurlement sauvage et lourd d’une bête sanguinaire.
Il marcha dans la direction d’où provenait le cri. On entendait un bruit sourd et la terre tremblait sous la force d’un poids énorme. Koshy décernait à présent la forme de la créature gigantesque à travers le sombre de la forêt.
FIRST SONG
Un Rastoke.
Pris de stupeur, il s’arrêta de respirer quelques instants et puis il crut que son imagination lui joua des tours, car le Rastoke n’était pas tout seul !
Il y en avait un deuxième juste derrière, et ils se dirigeaient tous les deux vers l’entrée du village... La panique s’empara de lui, il fallait au plus vite prévenir le village ! Mais il n’était plus très loin du temple et ne voulant pas être le responsable de la mort de ces amis, il fila à toute vitesse vers le point de rendez-vous.
Depuis tout à l’heure, Gérale s’était calmé un peu. Il était adossé contre la façade d’un rocher, les bras croisés à guetter l’arrivée de Koshy. Fulane brisa le silence.
- Tu as entendu ce bruit ? Comme un animal. Je n’avais jamais entendu un cri pareil auparavant.
- Quel cri ? Je n’ai rien entendu moi.
Il tendit l’oreille quelques secondes.
- Si tu essayes de me faire peur, ça ne marche pas.
Quelques instants plus tard.
- C’est probablement Serame qui se fait manger par un Fekorne géant. Ce n’est pas sans raison que mon père a banni à quiconque d’entrer dans ce temple. Tout le monde sait que c’est dangereux. Mais non, Serame a quand même voulu entrer toute seule. Elle n’a peur de rien ou quoi celle-là ! s’énerva Gérale.
Fulane ne répondit pas. Il se leva subitement et tourna son attention vers la muraille. Soudainement, une forme bondit d’un arbre de la forêt et se laissa glisser le long de la surface lisse à toute vitesse. Fulane reconnu Koshy.
- Ah, et bien enfin ! J’ai cru que tu nous avais oubliés ! cria Gérale pendant que Koshy se précipitait vers eux. Quand il eut rejoint ces amis, à bout de souffle, il rapporta en allant droit au but.
- J’ai vu des Rastokes dans la forêt ! Ils se dirigent vers le village !
- Quoi ?! bêla Gérale en sursautant à nouveau. L’emploi du mot Rastoke le faisait frémir à chaque fois. Il se remit toutefois rapidement de sa stupeur.
- Ha ! Très drôle Koshy mais ce n’est pas vraiment le moment de rire. Serame est déjà en train d’explorer le temple et si on ne se dépêche pas, qui sait ce qu’il pourrait lui arriver. Allons-y ! s’écria-t-il en s’avançant vers l’entrée du temple. À la vue de l’état désespéré de Koshy, Fulane pris la parole, l’air détendu comme à son habitude.
- Si ce que tu dis est vrai, je propose qu'on aille tous les deux la chercher pendant que tu cours prévenir le village.
- Aller, tu te fous de ma gueule, on voit un Rastoke une fois dans sa vie, c’est peu probable qu’il y en ait un à nouveau et encore moins deux en même temps ! Les Rastokes sont solitaires. Jamais je n’ai entendu une histoire aussi stupide.
Maintenant qu’il avait récupéré son souffle, il marcha vers Gérale, le regarda dans les yeux de son air le plus sérieux et dit :
- Je les ai vus de mes propres yeux, je te dis ! On n’a pas le temps pour tes conneries. Tu es le seul qu’ils écouteront parmi nous trois. Si tu ne vas pas illico prévenir le village du danger, qui sait dans quel état on va le retrouver tout à l’heure !
Gérale déglutit.
- Quand je te dis que j’avais entendu un cri tout à l’heure, insista Fulane.
Il fut forcé de reconnaître la vérité. Fulane n’était pas du genre à faire des blagues.
- Merde... exprime tout simplement Gérale les yeux anxieux tournés vers le sol à ses pieds. Sans un mot de plus, il se mit en route, dans l’espoir de sauver le village.
- Fais attention à toi ! cria Koshy juste avant qu’il ne soit englouti par la forêt.
Koshy soupira, les mains sur ses genoux. Il respirait encore lourdement. - Il faut que je t’avoue que n’est pas la première fois que je vais mettre les pieds dans ce temple.
Fulane leva les yeux pour croiser le regard de Koshy. Un léger état de surprise se reflétait dans ses yeux.
- Tu me raconteras ça en chemin. Ne perdons pas plus de temps.
- Oui, tu as raison. Mais attention, c’est dangereux là-dedans ! Ils mirent ainsi pieds dans l’édifice.
Gérale n’avait jamais couru aussi vite de sa vie. Quand il fut enfin arrivé, il se posa sur un rocher à l’entrée du village, mais ne voyant personne à qui apporter la nouvelle, il fut forcé de reprendre sa course effrénée.
Plus qu’une centaine de mètres de l’entrée !
Le village avait été bâti dans une clairière. Les habitations étaient placées sur les contours, elles utilisaient le tronc énorme des arbres comme support. Le centre était plutôt vide, c’est là qu’ils pouvaient profiter du soleil, pour planter une variante des topinambours par exemple ou autre chose.
Un arbre très vieux et très imposant avait su trouver sa place au plein centre de la clairière. Profitant de son isolation, il avait poussé dans tous les sens, ses branches zigzaguaient dans l’espace.
Arrivé chez lui, il cria le nom de son père et celui de son grand frère. Il fit le tour du domicile à toute vitesse et tomba sur sa mère : Myrte. Celle-ci avait aussi les cheveux roux, était de bonne corpulence et de taille moyenne. Son statut de femme du chef lui évitait de travailler trop intensément.
Elle était posée sur un banc, à deux doigts de faire une sieste.
- Maman ! Où sont Krysatune et Garyle, je ne les vois nulle part ?! demanda Gérale, hors d’haleine.
Elle lui répondit mollement :
- Calme-toi Gérale ! Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Les deux sont partis dans les bois sans rien me dire tout à l’heure. Ils étaient accompagnés de Jubyle.
- Merde ! Mais qu’est-ce qu’ils font ? C’est pas le moment ! Il ressortit aussitôt de la maison pour avertir à qui voulait l’entendre du danger.
Pendant ce temps, ses amis étaient à la recherche de Serame, perdu quelque part dans un labyrinthe de salles obscurcies. Ils cavalaient dans les couloirs du temple. Koshy guidait Fulane. Ils entraient et ressortaient de pièces identiques les unes aux autres. Après une longue trotte, ils prirent une pause dans une des salles. Comme toutes les autres, elle était vide à l’exception de quelques murets en pierre délabrée beaucoup plus archaïques que les murs principaux. Les plafonds étaient immenses et les murs lisses comme le marbre. Il faisait très sombre, mais on pouvait tout de même décerner les parois grâce à la faible luminosité qui émanait étrangement des murs.
- Je crois qu’on a fait le tour du temple, il ne reste qu’une salle, dit Koshy.
Fulane faisait le tour de la salle dans laquelle ils s’étaient arrêtés un bref instant pour reprendre leurs souffles. Il examina les murs.
- Tu m’as dit que ça serait dangereux, tu pensais à quoi ?
- La dernière fois que je suis venu, j’ai croisé un Fekorne.
Fulane tourna son attention vers Koshy.
- Aïe... On ferait mieux de se dépêcher de retrouver Serame. Elle est où la dernière salle ?
- Pas loin d’ici. Je pense que Serame sera là-bas.
- Tu connais vraiment l’endroit par cœur toi...
Le couloir menant à la dernière salle n’était pas très accueillant. Du sang avait giclé contre les murs en abondance, formant de larges taches rouges. Trois carcasses de Fekornes à peine reconnaissables gisaient sur le sol.
- Serame est passé par là...
Koshy eu subitement des nausées, il se protégea des odeurs avec la manche de son pull.
- Elle a fait... ça ?? C’est un... monstre... balbutie Koshy, à faible voix.
Sans s’attarder une seconde de plus, ils passèrent à travers ce spectacle écœurant pour entrer dans la plus grande salle du temple. Il faisait soudainement plus lumineux. Des câbles épais qui partaient des murs et du plafond traversaient l’espace de la salle et se rejoignaient à l’emplacement de Serame. Elle était à genoux parterre et son regard portait sur quelque chose sur le sol. Quand ils la rejoignirent, ils virent qu’il n’y avait en fait pas de sol au centre de la salle, mais juste un puits d’une dizaine de mètres de diamètre et d’une profondeur indéterminée. Une lumière vive orange s’échappait du trou et éclairait le visage inexpressif de Serame. Fulane avait passé un bref coup d’œil au fond du puits et s’était ensuite vivement reculé. Koshy, quant à lui, s’était posé à côté de Serame, une main sur le sol froid, l’autre sur son épaule. Il regarda Serame dans les yeux et lui parla près de son oreille.
- Serame, tu vas bien ? Tu n’es pas blessée ?
Serame ne répondit pas. Son regard était vide.
- C’est toi qui t’es débarrassée des Fekornes ?
Pas de réponse. L’attention de Koshy se tourna alors vers le puits et son regard bascula aussitôt dans l’abysse. La lumière orange pénétra par ses iris, s’infiltra dans son système nerveux, remontant jusqu’à son cerveau et le paralysant comme une statue de pierre. Son sang se mit à circuler de plus en plus vite comme s’il était porté à ébullition. Une forte émotion s’emparait de lui, une émotion d’ouverture sur l’air ambiant autour de lui. Il avait l’impression de sentir son âme comme une partie à part entière, séparée de son corps. Il lui semblait possible de contrôler une substance immatérielle, qui s’écoulait de manière fluide. Il inspira très fort. De l’énergie lui remplit les poumons. On aurait dit que cette force invisible s’introduisait par ses sens. Il avait l’impression de la sentir sur toute la surface de sa peau. Cette force prenait le contrôle sur son esprit, elle l’attirait vers le fond du puits. Mais Koshy arrivait à résister à l’envie de plonger, la peur l’en empêchait. Décoller les yeux de la lumière paraissait impossible. Il comprenait maintenant l’état de Serame. Il s’était fermé au monde extérieur, mais ouvert à un rempli d’énergie. Une main le força à quitter son état transcendantal...
Quelques secondes plus tard, il revenait à lui. Il se sentit soudainement très faible et fragile. Ses yeux étaient ouverts depuis un moment, mais il ne reconnaissait pas ce qu’il voyait. Puis enfin, il put identifier la personne qui se trouvait au-dessus de lui.
Garyle !
- Koshy tu m’entends, tu me reconnais ? C’est moi, Garyle ! Réponds-moi ! criait-il sur un ton désespéré.
Sa fine barbe rousse scintillait avec les jets de lumière orange. La forte musculature de ces bras était visible grâce à un débardeur.
Le temps de cette description, Koshy avait retrouvé ses esprits.
- ...Garyle ? Qu’est-ce que tu fais ici ?...
Il s’ensuit une légère pose pendant laquelle Koshy se mit en position assise.
- Gérale ne t’a pas prévenu ? Il faut protéger le village ! Et Serame ?
- Serame va bien, elle n’a pas été autant affectée que toi.
Il se tourna vers la personne qui s’occupait de Serame et lui dit :
- Ça y est Krysatune, il s’est réveillé !
- Très bien, fais ce que tu as à faire Garyle, je vais expliquer la situation à nos aventuriers, dit Krysatune.
- Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? demanda Koshy.
Krysatune s’avança vers Koshy. Il était accompagné de Jubyle, un homme très âgé qui savait beaucoup de chose sur l’histoire du village, et surtout, sur le reste du monde. Il prit une longue respiration avant de commencer.
- Si nous sommes venus ici, c’est justement pour protéger le village, il sera difficile de l’expliquer avec des mots, mais je te promets de tout t’expliquer plus tard dit Krysatune. Il avait un air sévère. - Mais maintenant n’est pas le moment le plus approprié.
Koshy se sentait perdu, il ne savait plus trop quoi dire.
Comment sont-ils censés protéger le village en venant ici ?
Krysatune reprit.
- Des Rastokes sont des créatures colossales, il est impossible qu’un homme normal tel que moi puisse les vaincre tout seul. Pourtant, c’est ce qu’il s’est passé, n’est-ce pas ?
Krysatune tourna la tête en direction de son fils aîné. Celui-ci avait fait le tour du puits et marchait le long d’une passerelle qui partait du bord du trou et allait jusqu’au centre, au-dessus du vide. Garyle était debout, les yeux fermés. La passerelle n’était pas très large, il était aisé de tomber, rien qu’en perdant légèrement son équilibre. Ses bras posés le long de son corps se balançaient, due aux bourrasques d’énergie provenant du fond du gouffre. Koshy était inquiet, perdu, déboussolé.
Mais qu’est-ce qu’il fout ?... Il a l’intention de sauter ?
Soudain une pression énorme s’empara de lui. Son esprit était compressé, ses muscles contractés, son corps immobilisé. Seule sa vision restait intacte, pour lui permettre de voir le spectacle qui suivit. Un jet immense de flammes orange jaillit du puits et entoura Garyle, l’avalant tout entier. Des fils bleus fusionnaient avec les flammes, en tourbillonnant autour d’elle pour finalement se faire avaler aussi. Cette énergie étrange sortait du puits en quantité énorme et s’engouffrait en lui, Garyle aspirait toute l’énergie. Et puis brusquement les flammes disparurent et Garyle avec...
Koshy entendu Krysatune crier. Il cherchait désespérément son fils, il scrutait la salle des yeux.
- Garyle ! cria-t-il. - Garyle où es-tu ? Réponds-moi !!
Le vieux Jubyle s’avança aussitôt vers le puits juste à côté de Krysatune et se mit à lui parler.
- Krys, il n’a pas survécu à l’épreuve... Il a voulu trop en faire d’un coup, la puissance l’a dévoré. Il lui laissa un court instant pour digérer l’information, puis reprit. - Tu sais ce qu’il te reste à faire Krysatune ? C’est à ton tour maintenant ! C’est ton devoir d’y aller.
Krysatune ne répondit pas, il ne croyait pas en cette fatalité. Il fit le tour du puits, dans l’espoir d’y trouver son fils.
- Qu’est-il arrivé à Garyle ? Il est tombé ? Koshy avait les larmes aux yeux. Son esprit était confus, il avait du mal à raisonner. Jubyle allait lui répondre, quand soudain quelqu’un appela à l’aide.
- Je suis..... LAa ! dit une voix faible un peu plus loin.
C’était Garyle, qui se tenait debout. Son père couru l’aider. Il semblait fragilisé. Krysatune le soutenait en tenant son bras gauche autour de son cou, il n’arrivait plus à marcher. Ses yeux étaient grands ouverts alors que son visage était livide, comme s’il n’avait pas dormi depuis plusieurs jours. De temps en temps un trait lumineux apparaissait sur une partie de son corps, puis se déplaçait, le long de sa peau, comme piégé en lui. Jubyle s’approcha de Garyle et le força à boire dans une gourde. Il lui tendit ensuite du pain. Garyle bu et mangea tout ce qu’on lui proposa à une vitesse folle. Il récupérait rapidement. Son visage reprenait des couleurs et il pouvait maintenant se mettre à parler.
- J’ai réussi, papa ! Je vais pouvoir tuer le Rastoke ! Il avait retrouvé le sourire.
- C’est bien, fils. Mais es-tu seulement en état de marcher ?
- Ça va aller, je crois. Il essaya de se lever. La tâche n’était pas aussi difficile qu’il ne l’aurait cru, en un mouvement, il était sur pieds. La fatigue qu’il ressentait une minute auparavant avait disparu.
- Dépêchons-nous, nous n’avons pas une seconde à perdre, il faut arriver avant la bête !
- Part devant Garyle, on te rejoint après.
- Très bien. Attendez-vous à voir une carcasse de Rastoke, à votre arrivée !
- Deux carcasses, ils sont deux ! cria Koshy juste après qu’il soit sorti de la salle. Il ne voyait pas bien comment Garyle pouvait se débarrasser d’un Rastoke à lui tout seul.
- Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ? demanda-t-il aux deux adultes.
Krysatune ignora la question. Ils n’étaient pas pressés de lui répondre, apparemment. Ils discutaient entre eux, à voix basse pour que Koshy et les deux autres ne puissent rien entendre.
Koshy alla rejoindre ses deux camarades qui avaient fait bande à part depuis que Garyle était sorti.
- Tu vas bien Serame ? Quand je suis arrivé, tu étais tellement fascinée par la lumière que tu ne te rendais même plus compte de ma présence.
- Ouai ça va, je m’en suis remis. Elle leva la tête pour vérifier que les adultes ne les écoutaient pas. - Écoute, Fulane et moi avons décidé d’aider Garyle à combattre les Rastokes. Nous n’avons pas de temps à perdre à parler. Tu viens avec nous ?
- Quoi ? Il fut surpris par la vitesse à laquelle ils avaient pris leur décision. - Mais... combattre un Rastoke c’est courir à sa mort ! Vous n’aurez aucune chance.
- Il faut bien faire quelque chose, Garyle ne pourra pas y arriver tout seul. Je ne sais pas ce qui a changé chez lui, mais je ne pense pas que ce soit suffisant pour se débarrasser des deux créatures.
- Tout ceci me dépasse... Je ne pense pas que Krysatune enverrait Garyle sans raison.
Après une bien courte hésitation, il se décida.
- Je vous suis.
Krysatune et Jubyle se dirigèrent alors vers eux.
- Les jeunes, on va rentrer ensemble, vous serez plus en sécurité si je vous accompagne. dit Krysatune.
Serame lui répondit aussitôt.- On a l’intention d’aller aider Garyle. Si vous ne faites rien pour le village, c’est nous qui irons le protéger.
Les trois sortirent de la salle. Krysatune se mit à paniquer.
- Quoi ? Mais c’est dangereux ! Vous n’aurez aucune chance, laissez Garyle faire son travail. On vous expliquera en chemin les raisons de nos agissements.
- Désolé papi on n’a pas le temps de bavarder avec les fous du village. cria Serame.
Ils quittèrent la salle. Avant de retourner dans le labyrinthe de couloirs sombres, Koshy essaya de soulager le chef du village.
- Ne t’inquiète pas Krysatune on n’a pas l’intention de mourir ! Mais il ne croyait pas trop en ses paroles.
- Attendez !! Vous ne savez pas ce que vous faites ! cria en vain Krysatune.
Les Rastokes
La tour de guet, érigée autour du tronc d’un immense arbre dans la forêt donnait l’incroyable avantage de voir au-dessus des arbres. Grimper jusqu’en haut vous prenait une dizaine de minutes. Mais quand vous y étiez, vous pouviez voir sur une distance extrêmement grande.
Tout le village était dorénavant au courant du danger qui les attendait. Ils avaient pris les armes.
On peut se demander pour quelle raison les Rastokes passaient précisément dans la direction sur laquelle se trouve le village. La réponse est simple, cette trajectoire est dessinée par les arbres. Il y en a en moins grande quantité sur cette direction. C’est le passage le plus praticable. Au fond, pour un Rastoke, c’est un peu comme une vallée, en remplaçant les montagnes par des arbres plus proches les uns des autres.
Il y a deux choses à savoir sur cet animal.
Les espèces vivante d’une taille supérieure à celle d’un enfant de 10 ans est considérée comme une menace à ces yeux. Les réserves de nourritures stockées dans les maisons sont repérées par son flair.
L’arrivée d’une de ces créatures est angoissante pour le village.
Gérale se trouvait au sommet de la tour de guet. De là-haut, il avait une splendide vue sur une mer de végétation. La verdure des arbres formait une épaisse couche recouvrant toute la surface à l’horizon. Le vent faisait vibrer les feuilles des arbres d’un mouvement proche de celui des vagues. Il était impressionnant de voir les oiseaux surgirent de la forêt et d’y replonger comme des poissons qui sautent hors de l’eau. Cette couche de verdure rendait invisible les Rastokes de ce point de vue, et quand bien même l’énorme poids de ces bêtes faisait trembler les arbres à chaque pas, la forte brise d’aujourd'hui les camouflait davantage.
Un flot d’oiseaux jaillit au loin.
« Ils ne sont plus très loin ! » cria un villageois à droite de Gérale, « j’espère que tout le monde a eu le temps de se mettre à l’abri. »
« Je l’espère aussi... Je me demande où sont mon père et mon frère » dit Gérale.
« Ne t’inquiète pas pour eux, ce sont les meilleurs guerriers du village. Ton père a déjà vaincu un Rastoke à lui tout seul ! Je pense qu’on peut lui faire confiance pour protéger le village à nouveau ! »
« Oui, ben justement, je me demande si ce n’était pas juste un coup de chance... »
Koshy, Fulane et Serame courraient à travers la forêt. Ils n’avaient pas réussi à rattraper Garyle. Ils ralentissaient au fur et à mesure qu’ils s’approchaient du village. Les cris des Rastokes se faisaient entendre. Koshy en avait la chair de poule. Le simple fait d’avoir vu une de ces bêtes de ces yeux et d’être resté en vie était surprenant.
Il est inconcevable que l’on puisse se battre contre cette créature. Même à 100 contre 1. Ne vaudrait-il pas mieux que l’on aille se cacher en attendant que les choses se calment ? Krysatune a toujours su protéger le village. On devrait lui faire confiance.
Mais il était un peu tard pour faire marche arrière, les deux bêtes énormes étaient dorénavant visibles, à une courte distance d’eux. Les trois adolescents étaient recroquevillés derrière une épaisse racine d’arbre. Les yeux de Serame étaient ceux d’un animal. Elle avait arrêté de raisonner. Son instinct de guerrière avait pris le dessus. Ses yeux étaient fixés sur ceux de la bête. Soudainement, elle bondit contre l’écorce d’un tronc d’arbre, et se mit à grimper à toute vitesse, puis disparu derrière le feuillage.
« Serame ! » cria Koshy d’une faible voix désespérée. Il se tourna brusquement vers Fulane.
« Fulane qu’est-ce qu’on fait ? Garyle n’est pas encore arrivé ! On ne fait pas le poids contre ces bêtes ! »
Koshy paniquait. Ces mains accrochées aux racines d’un arbre, il tremblait de tout son corps.
La suite des événements se déroula à vitesse grand V aux yeux de Koshy. Il avait perdu tout contrôle de la situation. Dans son esprit, on pouvait voir des images des Rastokes, mélangés au regard sombre de Fulane. Des images de son village décimé défilaient dans sa tête, celui-ci étant très bientôt à portée des pics des Rastokes. Le mystère de Garyle, de son père et la disparition soudaine de Serame l’inquiétait. Il était anéanti par ce désordre trop soudain.
Fulane, au contraire, gardait son calme. Ses paupières étaient légèrement plus ouvertes que d’habitude et ses sourcils un peu plus froncés. Autrement, il ne tremblait pas de peur, il était sûrement disposé mentalement à se battre.
Les yeux de Koshy restaient figés. Même s’il n’était plus vraiment là mentalement, il fixait les créatures d’un regard ébahi et sa mémoire enregistrait toutes les informations dans les moindres détails, c’était d’ailleurs la seule chose qui fonctionnait encore chez lui.
Du haut de sa tour, Gérale regardait l’emplacement de verdure où étaient censés se trouver les intrépides molosses. Une soudaine lumière apparue un peu à gauche de son champ de vision. Un orange vif, visible à travers la végétation, se déplaçait vigoureusement en direction des molosses.
« C’est quoi cette lumière ? » se demanda-t-il à haute voix.
Koshy se posait la même question. Cette lumière se déplaçait entre les arbres. Elle bondit subitement sur le moins rapide des deux Rastokes. La lumière avait une apparence humanoïde. Un jet orange comme un fouet enflammé lancé par l’origine de la lumière décrocha une bonne moitié de l’armure du Rastoke. On voyait sous cette armure la chaire exposée à l’air. Du sang coula par secousse, au même rythme que le cœur de la bête. L’énorme bête ainsi affaiblie produisit un cri strident d’un volume très conséquent et se tordit de douleur en retombant sur le côté où sa carapace était restée intacte.
Fulane observait le spectacle avec beaucoup d’émerveillement. Ce combat irréel qui se déroulait devant ses yeux le rendait bien mal à l’aise. Il reconnaissait la forme de Garyle qui éclairait la forêt. Ses yeux se posèrent sur le deuxième animal, qui s’était retourné en entendant le cri de son camarade et qui se mit alors à galoper à pleine vitesse en direction de Garyle. Le sol tremblait sous le poids de la bête. Mais le frère de Gérale avait les mains collées au visage, ses yeux étaient fermés. Il se basculait dans tous les sens, peinant à rester debout. Il semblait lutter contre lui-même, peut-être n’arrivait-il pas à contrôler cette puissance incroyable qu’il avait obtenue. Il ne voyait pas que le deuxième Rastoke chargeait en ce moment même dans sa direction.
Remarquant la situation dans laquelle se trouvait Garyle, Fulane sortit de sa cachette et courra vers la source lumière. Laissant derrière lui Koshy, toujours en état de choc. Garyle avait retrouvé le contrôle de ses esprits juste à temps pour éviter la charge du Rastoke. Il bondit de quelques mètres de hauteurs. Les pics immenses le frôlèrent au passage, sans l’écorcher gravement. Le Rastoke pris alors du temps à se retourner. Dont Garyle profita pour lui faire une attaque décisive. Un jet de lumière surprenant parvint à séparer la tête du corps de l’animal. Le geste si tôt accompli, Garyle tomba à genoux parterre d’exténuement. Fulane s’approcha de lui. Il lut sur son visage un désespoir effroyable. Ses mains tremblaient et ses yeux pleuraient de douleur. Mais derrière Fulane se relevait le premier Rastoke. En décapitant son partenaire, ils avaient nourri sa haine. Il s’était remis sur pied et chargeait à nouveau dans leur direction. Fulane reconnu le bruit de pas lourd du Rastoke, il se retourna d’un bond. Mais le Rastoke n’était déjà plus qu’à quelques mètres de lui.
Il sortit de sa poche un objet métallique étrange. Il le brandit devant lui et en fit jaillir une lumière jaune qui fila en ligne droite vers la bête, atteignant le milieu de son front et ricochant contre l’épaisse carapace. Il envoya une nouvelle semence. Celle-ci l’atteint sur le côté déjà endommagé de son dos. La bête hurlait de douleur, mais ne cessa pas sa course. L’adrénaline lui permettait de tenir encore debout.
Il galopait maladroitement en penchant d’un côté plus que l’autre. Fulane sauta pour se maintenir hors de sa course. Mais Garyle n’avait pas bougé, il ne devait pas avoir remarqué le retour du premier Rastoke.
Soudainement, on vit Serame tomber du ciel, son épée pointant vers le bas qui s’enfonça dans la chère du molosse, l’entaillant profondément. La chair avait amorti la chute de Seram.
Le Rastoke s’écroula lourdement au sol, perdant connaissance juste avant d’atteindre Garyle.
Elle peina à ressortir de la carcasse, à présent immobile. À nouveau sur pied, elle plongea sa main dans les entrailles pour reprendre son épée. Le sang avait taché ses vêtements et son corps. La couleur rouge la recouvrait de la tête aux pieds. La vue effrayait Fulane, il n’arrivait pas à détourner ses yeux. Elle se sentait étonnamment à l’aise avec cette chair encore vivante qui lui collait à la peau. Son regard de fauve croisa celui de Fulane puis elle repartit s’engloutir dans la forêt, comme honteuse de se montrer ainsi devant ses amis.
Fulane la suivit du regard, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus visible. Au fond de lui et malgré le stresse de la situation, il était fasciné.
« Fulane ! Viens m’aider ! Il faut emmener Garyle dans le centre. » disait Koshy dans son dos.
Il était enfin sorti de sa cachette, le pas hésitant.
Garyle était à moitié réveillé.
Il se tenait maintenant debout accroché à l’épaule de Koshy, mais ses yeux dénonçaient clairement son état d’ébriété.
Avec leur aide, Garyle pouvait rentrer lentement au village. Ils passèrent devant les corps des deux créatures. Toujours aussi impressionnantes même après la mort.
« Fulane, qu’est-ce que c’était tout à l’heure. De la magie ? J’ai l’impression de vivre dans un autre monde aujourd'hui. Depuis quand tu peux faire des trucs pareils ? Qu’est-ce que vous cachez au juste ? »
Fulane mis un petit moment à répondre à la question. Il était encore en train de retrouver ses esprits.
« Aucune idée Kosh, on appelle mon arme un pistolet et c’est la première fois que je l’utilise. Il appartenait à ma mère. Là d’où je viens tout le monde en a. Mais je fus aussi surpris que toi en l’utilisant. »
« Comment ça ? C’est quoi ce délire... »
Leur discussion pri fin.
Koshy se lamenta intérieurement sur le reste du trajet, tandis que Garyle reprenait peu à peu connaissance.
En arrivant au village, ils ne virent tout d’abord personne. Puis toute la population descendirent de leurs cachettes pour venir acclamer les héros vainqueurs et il s’ensuivit une longue fête qui allait durer jusqu’au matin pendant laquelle ils allaient manger du Rastoke grillé...
Pendant ce temps dans un endroit inconnu qui se situe à l’intérieur d’un moyen de locomotion aérien à grande vitesse, trois soldats discutaient.
« Où est-ce que tu crois qu’on nous emmène cette fois-ci ? » demanda Fredy à Mike, qui était assis sur un banc métallique, adossé contre un mur sombre.
Mike était un homme de grande corpulence, à côté de lui était posé un pieu attaché à une chaine.
« Aucune idée... » fut la réponse brève de Mike.
« J’ai entendu dire qu’il s’agissait d’une nouvelle source. C’est le lieutenant Krayne qui en parlait à son supérieur tout à l’heure. »
Le troisième soldat, celui qui venait de parler, se faisait appeler Grab.
« Quoi ? Une nouvelle source ? » s’étonna Fredy.
Il fit tomber le pistolet qu’il était en train de cirer. Son flingue ricocha contre le sol, en déstabilisant l’atmosphère sonore très monotone due au vrombissement du moteur et au vent qui frottait continuellement contre la paroi du vaisseau. Une perturbation dans le flux aérien fit vibrer la salle et le pistolet ricocha encore plus loin. Ce qui fit jurer Fredy mentalement. Il se leva pour reprendre son arme.
La salle ne possédait pas de fenêtre, elle était éclairée par de petites lampes rondes collées aux murs. Des étagères adossées aux parois des murs étaient recouvertes de sacs à dos.
Assis à nouveau à sa place, Fredy relança la conversation.
« Je croyais qu’on les avait toutes découvertes les sources de la lune ? »
« Apparemment ils ont capté une quantité colossale de magie dans les environs. »
« Ce n’est pas de la magie, Grab, arrête d’appeler ça comme ça, c’est ridicule. »
Sans prendre compte de l’interruption de Grab, il continua.
« C’est arrivé aujourd'hui-même. D’après ce que j’ai entendu il n’y a peu de doute. On en saura plus pendant le rapport du lieutenant. »
Suite à cela, ils se turent.
Un rapace survole la forêt verte de Sabilan. Celui-ci a de longues et fines oreilles poilues, un petit nez fin, comme celui d’un chat. Il n’a pas de bec et sa bouche contient des dents pointues.
Attiré par une odeur de viande grillée qu’il n’avait jamais senti auparavant, il continue de planer. Il y a de la fumée au loin et autour, il voit de la lumière avec des hommes qui dansent. En penchant ses ailes en avant, il perd de l’altitude. Les feuilles des arbres caressent ses jolies griffes.
Pour examiner les lieux, il fait un tour au-dessus de point d’origine de la fumée qui était au centre d’Exyle. Il observa un massif rocheux délimitant un côté du village et une route qui séparait le village en deux. Il compte une vingtaine de maisons.
La maison de Koshy est accolée au massif rocheux. Celle de Gérale, la plus grande, se trouve de l’autre côté du rocher. L’aigle a trouvé un endroit où se poser, une branche placée en hauteur appartenant à un arbre sur la petite montagne. De là, il peut admirer paisiblement le spectacle. Le feu est placé en plein cœur de village, juste à côté de la route. La fumée se soulève avec ses braises rougeâtres, elle s’infiltre à travers l’épais feuillage de l’arbre mystique, et en illumine l’intérieur de points lumineux rouge.
Koshy était assis sur un rocher non loin du feu et regardait l’œil du Rastoke pendant sa cuisson. Sa carapace avait été retirée et sans elle, il était beaucoup moins impressionnant. Mais sa tête n’avait pas changé d’aspect et Koshy en avait encore la chair-de-poule. Les images terrifiantes qu’il avait enregistré plus tôt l’angoissaient. Entre lui et la bête fumante, des gens du village dansaient autour du feu sur une musique guerrière produite par quelques tambours et une flûte jouée par une vieille femme. Garyle tambourinait sur un instrument avec son frère qui s’était remis étonnamment vite de son malaise.
Entre deux chansons, les deux frères mangeaient de la viande de Rastoke avec un plaisir énorme, comme pour se venger du mal que le Rastoke aurait pu leur faire. Parmi les danseurs, il y avait Seram. Ses mouvements étaient sensuels. Les hommes du village étaient émerveillés. Elle semblait beaucoup plus douce que tout à l’heure. Cette atmosphère meurtrière qui l’entourait plus tôt avait disparu. Elle était plus fragile à l’instant présent. Admirer la beauté de ses gestes permit à Koshy de quitter ses songes et de lui faire oublier un peu son éprouvante journée. Une main se posa subitement sur son épaule, le faisant sursauter. Il se tourna et vit Krysatune debout derrière lui.
« Suis-moi Kosh ! » dit-il. « Allons chez moi, j’aimerais te parler. »
Koshy le suivit sans dire un mot, ils firent le tour du feu et entrèrent ensuite dans la grande maison de la famille Darys. Il y avait un hall d’entrée. Un corridor qui donnait accès à plusieurs salles et au bout, un escalier montant vers la gauche. Ils prirent la première porte à droite and l’escalier. Dans cette salle, il y avait une immense table de quatre mètres de longs devant une grande fenêtre. Koshy pris une chaise et s’assit du côté opposé à la fenêtre. Le barbecue était visible de sa place. Le Rastoke était encore plus carbonisé que tout à l’heure, mais ses yeux continuaient de fixer Koshy, dans sa tête du moins. De nombreuses questions trottaient dans la tête de Koshy et il ne savait pas par laquelle commencer.
« Hum... Krysatune. »
« Oui ? »
« C’est quoi ce temple ? »
Krysatune était assis sur une chaise dans un coin de la salle. Il regardait la fête qui se déroulait dehors. Il avait un air satisfait.
« Ce temple mon petit Kosh, c’est une ruine, très vieille... »
Koshy était perplexe. Il s’attendait à des longs discours. Il attendit donc que le chef reprenne parole. Malheureusement rien ne se passa. Alors là, brusquement, c’est lui qui prit la parole, déboulant ainsi tout ce qui bouillonnait dans sa tête.
« Mais qu’est-ce qu’il est arrivé à Garyle ? Comment se fait-il qu’il soit devenu si... puissant ! Il brillait comme le feu bon sang ! Il découpait dans le Rastoke comme si c’était du beurre ! Explique-moi ! » s’énerva Koshy.
Il tapa du poing contre l’épaisse table en bois. Krysatune, un peu surprit, tourna la tête pour fixer Koshy cette fois-ci.
« Koshy... tu ne connais rien du monde extérieur, tu as vécu ici toute ta vie... Comme la plupart des villageois. »
Il fit une petite pose histoire de laisser Koshy emmagasiner ces informations, puis il reprit.
« On appelle cette énergie le plasma. Il provient du centre de la lune. Ce temple, on appelle ça une source. C’est une zone où l’énergie peu s’échapper du noyau de la lune. »
Krysatune porta à nouveau son attention au spectacle vivant qui se déroulait dehors.
« Pour une raison que j’ignore, quand on se place dans la position où Garyle s’est placé, l’énergie nous envahi. On absorbe le plasma et il nous donne une puissance incroyable. Le problème, c’est, quand on a commencé à en absorber, il est très difficile de s’arrêter, ça en devient une addiction. »
« C’est ce qui est arrivé à Garyle ? Il n’arrivait pas à s’arrêter ? Il avait l’air de souffrir à des moments. » L’interrompit Koshy.
« Garyle a en effet voulu en avoir plus qu’il ne pouvait en supporter. » repris le chef du village, « le plasma a failli l’engloutir entièrement. Il a eu beaucoup de chance. »
Koshy ne l’avait jamais entendu parler comme ça, le chef du village faisait toujours figure de père robuste. Il expira bruyamment et parla ensuite avec une voix anxieuse.
« Koshy, tu dois me promettre de garder tout ceci secret du reste du village. Il en va de la sécurité de la communauté. Cette source est très précieuse. Rares sont ceux qui en connaissent l’existence. Seuls quelques membres du village et une poignée de voyageurs curieux qui ont, dieu du ciel, jusqu’à ce jour gardés le secret sont au courant. Notre liberté dépend uniquement du maintien de ce secret. »
Koshy était bouche bée.
C’était donc ça.
« Je te fais confiance pour garder ça pour toi. Tu transmettras ce message à Serame et Fulane uniquement. »
Ceci fut ses dernières paroles. Koshy ne dit, lui non plus, pas un mot de plus. Il était trop fatigué pour ça. Il avait déjà suffisamment à méditer. Il quitta la maison, laissant Krysatune tout seul assis sur son fauteuil, le regard porté vers la nuit et les villageois dansants.
En sortant, il tomba sur sa mère. Celle-ci venait d’être mise au courant de l’histoire, elle habitait au bord du village, de l’autre côté du rocher. Personne n’avait pensé à la prévenir parce que de ce côté-là, on était en sécurité. Les Rastokes auraient eu du mal à y accéder, et ils n’avaient a priori aucune raison de le faire. Elle se jeta en larme sur son fils. Et le garda longtemps dans ses bras avant de commencer à lui parler.
« Qu’est-ce qui t’as pris d’aller là-bas tu aurais pu te faire tuer ! » lui cria-t-elle.
Koshy lui fit de plates excuses et rentra avec elle à la maison. Elle lui fit la morale toute la nuit, en lui parlant de son père, ce qui ne lui arrivait jamais habituellement. C’était un homme du type aventurier, qui voyageait beaucoup. Le genre de mec qui ne supportait pas de finir sa vie à vieillir dans un trou pommé, au beau milieu de la forêt. Il préférait faire changer les choses dehors. Emmerder les gens riches qui consommaient sur le dos des pauvres, des trucs qui le rendaient cool. Elle lui raconta de nombreux éléments de son passé avec son père. Ils étaient restés très longtemps ensemble avant qu’il ne lui fasse un enfant et puis, sous prétexte d’aller chercher des matériaux utiles pour le village, il avait fui la vie de père de famille, abandonnant son fils Koshy au jeune âge de quatre ans.
Quand sa mère eu terminé son histoire, Koshy fit semblant d’aller se coucher. Aussitôt sa mère endormie, il sortit par la fenêtre, escaladant jusqu’au toit pour grimper sur la façade rocheuse qui surplombait le village. Il se fraya un chemin à travers les ronces et les plantes grimpantes jusqu’à un magnifique point de vue sur le village.
Des personnes s’agitaient encore un peu autour des dernières flammes au centre du village. Quelques braises dansaient dans l’atmosphère autour d’un faible flux de fumée.
La nuit est vraiment paisible...
Il leva alors les yeux vers le ciel, pour voir le paysage le plus enviable aux habitants de cette lune, une pleine planète !
Elle est belle ce soir...
Il était émerveillé par la dimension irréelle de ce cercle parfait dans le ciel. La nuit était fortement éclairée par cet astre de couleurs très vives. Elle ne resterait dans cette position que pendant une heure environ, ensuite, il ferait à nouveau sombre. Mais à cet instant précis, la planète se trouvait au plein cœur du ciel, et sa couleur était d’un vert profond et vaseux, comme la forêt qui entourait le village. Des tâches bleutées se trouvaient à certains endroits, et au centre, il n’y avait que de la lumière. Toute blanche, comme la neige. Il n’y avait pas d’endroit comme ceux-là sur la lune. Koshy rêvait de voir un endroit pareil de ses propres yeux. Un paysage tout blanc, sur des kilomètres et des kilomètres. Il arrivait quelques fois que de la neige tombe sur le village. Peut-être une ou deux fois par an, s’ils avaient de la chance.
Les yeux de Koshy commencèrent à se fermer tout seuls, sa journée l’avait beaucoup épuisé et il se faisait tard déjà. Il s’allongea sur un tapis de mousse, ferma doucement les yeux qui étaient encore pointés vers l’astre luisant, celui-ci étant un peu plus vers la gauche que tout à l’heure.
Mais c’est alors que, pendant qu’il tombait doucement dans un sommeil profond, il crut voir dans le ciel un étrange oiseau, d’une très grande taille, mais avec de toutes petites ailes et parsemé de faibles lumières. Cette vision s’accompagnait aussi d’un bourdonnement léger. Et alors, l’oiseau ne se trouvait plus entre lui et la planète et peu de temps après le bourdonnement disparu.
Etrange oiseau
Il ferma les yeux et s’assoupit sous peu.
De l’autre côté du village, il y a aussi de la forêt. À cette heure-ci, la planète est couchée. Obscurité totale. Plus loin, il y a un étang, qui reflète un peu les étoiles et éclairant faiblement une clairière. Le ciel n’est plus caché par le feuillage des arbres. L’eau est plate, il n’y a pas de vagues, elle est figée comme de la glace. Pourtant, sous l’eau, un animal marin remue et ses écailles particulières brillent dans la nuit.
Si on s’approche, on peut remarquer qu’il ne portait pas d’écailles, mais plutôt des longs poils sombres. Il a quatre pattes palmées avec des griffes épaisses, de gros yeux noirs et de fines oreilles. C’est un lotine.
Il traverse l’étang et nage de plus en plus profond. Quand il atteint le fond du bassin, il se met à creuser de manière vivace, un brouillard de terre l’entoure, il disparait. Après que le brouillard s'est désépaissi, il n’ait plus visible. Il est sous terre. Il a rejoint une galerie qu’il utilise de manière fréquente.
À l’intérieur de la galerie, il y a plein d’intersections. En s’enfonçant, elles sont de plus en plus nombreuses. La taille des couloirs s’élargit également. La sortie n’étant pas loin, le chemin s’arrête brusquement sur un précipice. On peut entendre le couinement de ses créatures. Une ou deux longent les murs d’une chambre aux bords arrondis et concaves. Quelques lotines en sautent dans un petit ruisseau qui coule au centre du couloir. Et au bout de ce couloir, un petit lac souterrain, rempli de ces animaux palmé. Plus d’une centaine qui danse à la surface de l’eau, dans cet univers paisible et totalement sécurisé.
« Écoutez-moi tous ! On est ici en mission de reconnaissance. Les soldats de secondes zones vous allez me boucler le périmètre. Je ne veux pas qu’il y ait de visiteurs, qu’il soit humain ou animal, protégez cet endroit et fortifiez les remparts ! » cria le lieutenant Krayne qui se tourna ensuite vers sa droite pour commander un autre régiment.
« Bien, alors il semblerait qu’un village se situe à proximité, il me faut le garder sous surveillance, peut-être sont-ils au courant de la source, coloniser l’endroit, sergent Fugyster, vous irez rencontrer le maire, je suis sûr qu’il est au courant de quelque chose, faites en sorte que toute l’opération se déroule bien, je ne veux pas d’histoire, c’est compris ? »
« OUI CHEF ! »
« Super. Barrez-vous immédiatement. »
Il se retourna et se dirigea vers l’entrée du temple où un homme bien battit et moins vieux qu’il n’en avait l’air l’attendait. Cet homme était habillé d’une grande veste belge qui lui recouvrait ses lourdes et épaisses bottes en cuir. Il portait une grosse barbe très velue, son regard n’invitait pas aux câlins. Il se nommait le général Reigyn.
« Bon travail lieutenant. Mais nous avons déjà trop tardé, appelle-moi les trois mercenaires costauds que tu as embauchés et rejoins-moi vite, je t’attendrai à l’intérieur. »
Il entra alors dans la bâtisse.
« Bien mon général, soyez prudent. »
Il regarda le général s’enfoncer dans le couloir sombre, puis fit demi-tour et se dirigea vers l’énorme vaisseau, au pied duquel les trois mercenaires s’emmerdaient.
Mike était penché sur son pieu, qu’il avait enfoncé dans le sol. Ses gros bras étaient posés sur la poignée au bout du pieu. Grab, lui, était assis au sol, adossé au pieu de Mike, les yeux dans le vide. Fredy tripotait encore son flingue à la recherche d’une défaillance.
« Eh vous trois, venez voir ici ! On commence l’exploration, maniez-vous ! » ordonna le lieutenant quand il fut arrivé à 100 mètres des mercenaires. Il ne les attendit pas et retourna à l’entrée du temple.
« Il était temps, j’ai cru qu’on allait encore passer une journée à rien glander. » dit Grab en se levant.
« Ouai, ça va faire du bien une petite balade. » répondit Fredy en retour.
« Mmh... » ajouta Mike avant de retirer son arme du sol.
La lumière du jour réveilla doucement Koshy. Ses paupières se soulevèrent lentement et son cerveau se remit en marche. Les souvenirs de la journée d’hier lui remplirent la tête à toute vitesse, lui procurant un léger mal de crâne. Il comprit alors pourquoi il se trouvait en pleine forêt. Il se leva, examina le paysage alentour et vit que le village était encore étonnamment désert à cette heure matinale, les villageois ne s’étaient sûrement pas remis de la folie de cette nuit.
Après quelques étirements, il commença une descente rapide vers le village. Arrivé en bas, il s’avança vers la carcasse du monstre. Noirci, dévoilant des cotes énormes et une colonne vertébrale massive. Il s’assit sur une bûche et se remémora les images du Rastoke encore en vie. Il revit la bataille qui eut lieu, le Rastoke qui chargeait vers lui, les étincelles jaunes qui apparaissaient de nulle part, mais qui découpaient des carapaces énormes. Ensuite, il vit Serame qui dansait devant le feu de bois, pendant qu’un œil énorme la regardait. Ses mouvements élégants et à la fois animal. Elle pouvait être aussi monstrueuse que resplendissante et tendre dans sa danse. Koshy avait appris de nombreuses choses hier, autant sur des mystères qui l’attendaient dans le monde extérieur que sur ses amis. Il se demandait si sa mère était au courant de certaines choses étant donné qu’elle avait épousé un étranger.
Puis alors, pendant qu’il était encore plongé dans ses songes, il sentit une main se poser délicatement sur son épaule.
« AAAhhh ! » cria-t-il de stupeur.
Il se leva d’un bond en se retournant et fut surpris de voir Seram.
« Détends-toi ! Je ne voulais pas te faire peur ! » dit-elle en reposant sa main gentiment sur son épaule, « à quoi tu pensais comme ça ? »
« Putain, tu m’as foutu les jetons ! Je ne t’avais pas entendu arriver. »
Il se rassit sur la bûche, avant de se remettre à parler.
« Je pensais à ce qu’il s’est passé hier. J’ai parlé avec Krysat et il faut que je te dise des trucs. »
« Il t’a fait la morale j’imagine. Si c’est pour me faire passer ses sermons, tu peux te les garder pour toi. » dit-elle d’un ton subitement absent. Elle avait les bras croisés, posés sur un des poteaux qui encerclaient le feu, que son regard scrutait.
« Non ça n’a rien à voir. Il m’a dit qu’il fallait que nous gardions cette histoire pour nous. »
« Ah, et c’est tout ? »
Non ce n’est pas tout. Il lui raconta en détail sa conversation avec Krysatune pendant que Serame l’écoutait attentivement.
« Putain ça craint. Ils nous ont bien eu, ils se font passer pour des grands guerriers alors qu’en vrai, ils sont faibles comme des mouches. Moi, ça m’intrigue cette histoire, je veux savoir d’où elles viennent et à quoi elles servent ces sources mystiques... »
Elle fit une pause d’une minute, les yeux orientés vers le sol, puis elle reprit. « J’ai bien réfléchi, je pense que... je vais quitter cet endroit isolé... » dit-elle en regardant la carcasse du Rastoke.
La réponse surprit Koshy, sa voix était déterminée. Serame ne faisait pas de longues discussions, elle aimait aller droit au but. Il est vrai que lui-même avait songé à aller explorer le monde puisqu’il avait l’air si vaste et diversifié. Peut-être qu’il pourrait rencontrer son père et en savoir un peu sur ce qui l’a motivé à l’abandonner si jeune. Mais... contrairement à Seram, lui, il est très proche de sa mère. Comment réagirait-elle si son fils unique partait lui aussi.
« Tu as raison Seram, on ne peut pas rester indéfiniment ici » finit-il par répondre, « allons voir Fulane pour voir ce qu’il en pense. »
Les cinq guerriers prirent longtemps à explorer les nombreuses salles du labyrinthe. Le général semblait plutôt habitué à l’atmosphère. Il passait plus de temps dans certaines salles que dans d’autres, comme s’il connaissait leurs rôles. Ce n’était sûrement pas la première fois qu’il venait dans un tel endroit. Il arriva rapidement à l’entrée de la salle du puits. Le spectacle morbide que leur avait préparé Serame leur causa à tous une légère frayeur.
« Bordel de merde, on n’est pas les premiers, dit le lieutenant Krayne, là ya pas à dire c’est autre chose que de simples villageois, il y a quelqu’un qui est passé avant nous, et il est dangereux. »
« Ce village à plus de ressource que prévu » murmura le général, « La source se trouve dans cette salle, c’est certain, soyez vigilants, on ne sait pas sur quoi ou sur qui on risque de tomber. »
Ils entrèrent dans la grande salle.
Fulane dormait dehors dans une meule de foin, il n’aimait pas passer la nuit dans une chambre close. Ce matin-ci, il fut brusquement réveillé par plusieurs coups sur la tête, ce qui ne doit sûrement pas être agréable à vivre.
« Putain ! » fit Fulane.
Son premier mot de la journée.
« Qui est l’enfoiré qui me donne des coups de bâton. » Dit-il avant d’ouvrir les yeux.
Ses gémissements firent plaisir à Seram, fière de sa méthode de réveil. Koshy aussi en souriait, on ne voyait pas souvent Fulane s’exprimer ainsi.
« SaaAAlut ! » dit Serame en souriant. « On a des trucs important à te dire. »
« ... Ah oui. » Répondit-il en se réveillant. « Ya intérêt que ce soit important. »
La source était toujours aussi flamboyante. Elle illuminait toute la pièce de couleurs chaudes.
« Voici donc la salle. C’est la première fois que je vois une source non retouchée. C’est magnifique. » commenta Reygin. « Surtout ne vous approchez pas trop. On dit que l’énergie qui en sort est tellement puissante qu’elle vous aspire à l’intérieur. »
Les cinq hommes se figèrent devant la merveille. Ils la contemplèrent un bon moment.
Le général se remit à parler.
« Bien, alors j’ai une mission sympa pour vous trois. Vous allez surveiller ce trou. Je veux que personne ne rentre dans le temple, empêcher les villageois et les soldats de rang inférieur d’y accéder, on ne veut pas qu’un autre monstre comme Zelbute apparaisse... »
Il fit demi-tour en faisant signe au lieutenant de le suivre tout en continuant de parler.
« Profitez de l’occasion pour recharger vos armes dans le puits, c’est gratuit pour une fois. Mais faites attention dans un puits comme celui-ci, l’énergie est pure et vos armes risques de se détériorer si vous êtes négligents. »
Il quitta la salle.
Des soldats de la cité de Raoule faisaient leur entrée dans le village. Ils posèrent des questions à tous les villageois, cherchant à trouver le leader.
La chose que Krysatune avait redoutée toute sa vie était finalement arrivée.

À chaque fois qu’un Rastoke veut traverser le village, la famille Darys utilise la source et ils prennent le risque de se faire remarquer par l’empire. Cette fois-ci, c’était arrivé, ils avaient perdu.
Krysatune alla de lui-même accueillir le sergent, il avait pris son air le plus sobre. Il l’invita à discuter chez lui autour d’une table. La même table à côté de laquelle il avait parlé la veille avec Koshy.
« Écoutez-moi, monsieur. Je sais très bien pourquoi vous êtes ici. Vous avez sûrement découvert le temple enfouit dans la forêt. »
« C’est exact, monsieur Darys. »
« Et maintenant que vous vous êtes assuré de son existence, vous allez ramener tout un régiment de constructeurs, de personnes haut placé et de mages pour utiliser l’énergie de ce puits. »
« Vous êtes plutôt bien renseigné pour le chef d’un des villages les plus reculés de la civilisation. »
Krysatune se tut un instant. Son front se plissa légèrement.
« Sergent, je suis bien conscient de ce qu’il va se passer et sachez que je ne ferais rien pour vous barrer la route, mais je vais vous demander une faveur. On n’arrête pas l’évolution. J’ai réussi à préserver l’indépendance de mon village jusqu’à aujourd'hui, mais il semble que la technologie ait pris le dessus. »
Après un long échange avec le Sergent, il conclut.
« Nous n’avons nulle part où fuir, donc nous nous soumettons à l’autorité des villes Raouliennes. Je vous en conjure, soyez clément avec les habitants de notre village paisible. »
Sur ces dernières paroles, il sortit sur son balcon qui donnait sur tout le village pour s’exprimer devant son peuple, il avoua au village entier que loin d’ici le monde était bien différent et que le temple était une vraie mine d’or.
Après que Fulane s'est réveillé et que ses amis lui eurent transmis leurs projets, ils se dirigèrent tous les trois vers la maison des Darys pour voir quel était le motif d’un tel rassemblement.
« J’ai jamais eu l’intention de passer ma vie ici, mais vous ne croyez pas que c’est un peu soudain de partir comme ça surtout après ce qu’il vient de se passer ? » demanda-t-il en marchant vers la foule.
« Fais comme tu veux Fulane, mais moi, je ne vais pas tarder à me casser, ce village commence à me ronger les os, c’est justement à cause de ce qu’il vient de se passer que je veux partir, ça m’a donné envie de voir des choses. Par contre, je t’interdis d’en parler à qui que ce soit de nos projets, je les connais bien moi, dès qu’ils seront au courant, ils feront tout pour nous en empêcher. » répondit sèchement Seram.
« Ne parle pas comme si on n’en faisait pas partie... » dit à faible voix Koshy.
Ils pouvaient maintenant entendre la voix rauque de Krysatune, qui portait au loin.
« ... et nous allons devoir nous habituer à voir venir des habitants de Raoule. J’insiste qu’il ne sert à rien de succomber à la violence, ce n’est pas une bataille que nous pouvons remporter. Le sergent Fugyster ne donne sa parole qu’ils n’useront pas de violence. Ne craignez pas pour vos vies, ce ne sont pas des barbares. Mais attendez-vous à ce que l’apparence de notre village, de notre forêt et de nos maisons soient changées petit à petit. Ces grands empires que nous avons évités depuis des centaines d’années nous ont enfin retrouvé comme ma famille l’a toujours craint. Il était certain que cette source serait découverte un jour, mais j’espérais que ce ne serait pas pendant mon temps... » Il arrêta son discours le temps de reprendre un peu son souffle. « Mais maintenant, il est trop tard pour faire marche arrière ! Une armée est stationnée à côté de la source en ce moment même dont une partie a commencé à occuper la partie EST du village. Et des milliers de personnes de l’empire vont venir s’installer ici. Des projets de constructions ont été faits. J’ai le regret de vous annoncer que la vie que vous avez vécue ici jusqu’à présent ne sera plus jamais la même. Ceci est un jour fatidique pour notre village. Vous allez devoir faire un choix. Vous pouvez rester ici et vous adapter au nouveau monde qui va s’installer ici ou partir vivre à Restole, dans la vallée du Vrole où je sais que nous serons bien accueillis. Vous pouvez compter sur moi pour rester ici tant qu’il restera des gens du village d’Exyle. Je serais disponible pour vous aider et je ferais en sorte que tout se passe sans encombre. Je laisse la parole au sergent. »
Celui pris la place du chef sur le balcon. Le torse bombé, il se racla bruyamment la gorge avec de commencer son discours. Il avait un air sûr de lui qui le rendait encore plus détestable que la situation s’y prêtait déjà.
« En tant que porte-parole des volontés de l’empire, je tiens à vous mettre au courant de la situation. Comme l’a bien expliqué votre représentant, nous avons localisé une source près de votre village. Celle-ci est indispensable au développement de Raoule et de territoires sur lesquels notre empire veille, c’est donc avec regrets que nous sommes forcés de nous implanter aussi près de vos habitats. De grandes constructions sont prévues. Mais ceci est aussi une aubaine pour votre village, car nous amenons avec nous le progrès et le développement... » criait-il.
« C’est qui ce mec ? » dit Koshy, « qu’est-ce qu’il raconte ce type, d’où il vient ? »
« Allons trouver Gérale, il en saura sûrement plus. » dit Fulane.
Pendant que le sergent continuait son discours, ils se faufilèrent à travers la foule en direction de la maison du chef.
Ce qu’ils firent, mais Gérale n’en savait pas beaucoup plus...
Le lendemain, tandis que Serame et Fulane traversaient ensemble le village.
« Serame !! » cria une voix, « vient prendre une douche, tu ne t'es pas lavée les cheveux depuis des semaines, ça se voit ! »
Serame se retourna vers la voix, mi-gênée, mi-vexée.
« Lâche-moi la grappe, Myrte ! Ils sont très bien comme ça mes cheveux ! » répondit-elle en tâtant sa chevelure.
« Tes habits sont troués aussi, ils ont besoin d’être recousus » continua Myrte, « on voit presque tes fesses là. »
Serame tâta désormais son pantalon, pour vérifier la véracité de ses propos.
« Bon, j'arrive Myrte. »
« À toute Fulane » dit-elle en rejoignant Myrte dans la maison des Darys.
Cette maison, elle la connaissait bien, elle était toujours bien accueillie par Myrte.
« Aller, prend ta douche » dit Myrte en lui tendant une serviette. « Je vais réparer ton pantalon pendant ce temps. »
Serame s'exécuta, en quinze minutes à peine, toutes deux avaient fini leurs tâches.
Myrte lui prépara une eau chaude et elle burent sur le balcon de la maison. La famille Darys était les seuls à avoir un balcon.
« Comment tu te sens, en ce moment ? » demanda Myrte, « je ne te vois plus passer à la maison. »
« Ça va » répondit simplement Seram.
« Gérale a relaté tes exploits, c'est admirable, mais c'est dangereux, tu as cette passion pour le danger qui m'inquiète » dit Myrte.
Serame savait s'ouvrir à Myrte, elle était une des rares personnes à qui elle se confiait.
« Je suis désolé, je ne peux pas m'en empêcher. »
Elles se dévisagèrent un moment.
Serame reprit la parole.
« Tu étais au courant pour la source ? »
« Qu'est-ce que tu crois ? Évidemment que je le savais. Mais ce n'est pas quelque chose qui devait s'ébruiter. Même Gérale n'était pas au courant. »
Apparemment satisfaite de la réponse, Serame observa le village. Il n'y avait personne dehors actuellement. Peut-être tous en train de réfléchir à leur avenir.
« Tu devrais passer plus de temps avec nous, ce n'est pas sain de vivre autant isolée. Il y a toujours une chambre pour toi ici, tu sais ? » dit Myrte.
« Pour le moment » dit-elle sèchement, « vous allez abandonner la maison ? »
Myrte expira lourdement. Serame manquait de tact pour discuter des sujets délicats, ce qui était épuisant pour l'interlocuteur.
« Je ne sais pas. Krys est parti ce matin vers la Vallée du Vrole pour échanger avec la famille Alabyse. »
Serame ne répondit rien et elles restèrent silencieuses un moment.
L’exil
Quelques semaines plus tard.
Gérale, Fulane et Serame étaient partis avec les villageois s’installer au village de Restole. Eléone n'avait pas déménagé, tout comme quelques autres habitants d’Exyle. Des gens venus d’ailleurs s’étaient installés dans le village devenu vide, ceux-ci participaient aux constructions qui avaient lieu autour de la source et dans le village lui-même. Ces gens ramenaient avec eux des technologies nouvelles et se déplaçaient sur des cyclomoteurs très rapides dont certains pouvait s'élever dans les airs. Le village n’avait jamais été aussi mouvementé. Même si tous ces changements étaient excitants pour Koshy, il était rempli d’une profonde tristesse. Il ne connaissait plus personne dans le Village. Des inconnus sortis de nulle part étaient venus s’installer et avaient rapidement pris le contrôle du Village. Un mois s’était déjà écoulé depuis l’arrivée des Rastokes. En un mois, tout avait basculé. Les hommes avaient agrandi le village et construit des maisons immenses qui étaient aussi hauts que les arbres. Ils utilisaient pour cela des grandes grues avec des poignées mécaniques. Ainsi que des engins volant qui amenaient toutes les matières nécessaires à leurs constructions. Tous les jours, ils déracinaient une dizaine d’arbres pour faire de la place autour du village. À chaque fois que des habitants du village abandonnaient leur maison, elle était immédiatement remplacée par une autre. La transformation dont parlait Krysat avait bien eu lieu. Contrairement à ce qu'il avait annoncé, celui-ci était parti plus vite que prévu. Il n’avait plus rien à faire dans ce village, il ne restait que la mère de Koshy et quelques jeunes gens intéressés par ce progrès.
« Maman... » dit Koshy un soir pendant le repas.
« Qu’est-ce qu’il y a Koshy ? » répondit sa mère.
Ils mangeaient un sandwich vendu au village dans un nouveau magasin que Koshy avait volé. Il avait fait croire à sa mère que ce sandwich avait été offert par le vendeur.
« Krysatune ne vit plus ici depuis hier. »
« Ah... tu es sûr ? » demanda Eleone.
« Oui, il m’a dit avant de partir qu’il fallait qu’il retrouve sa famille dans le Vrole et je le comprends » dit Koshy en reprenant une bouchée de sandwich.
« Il abandonne Exyle aussi facilement... »
« Il n’y a plus personne que je connais ici. » se lamenta-t-il.
« Tu te feras bien des nouveaux amis. »
« Les gens sont bizarres, je ne comprends même pas ce qu’ils disent » se lamenta encore Koshy, « j’en ai marre de vivre ici maman, Exyle n’existe plus, je ne crois même pas que les villageois appelle ce village comme ça maintenant. Il ne sert plus à rien d’habiter ici ! » ajouta furieusement Koshy en haussant la voix.
Koshy ne s’était jamais énervé contre sa mère auparavant, il tremblait des mains et des jambes, car il n’y était pas habitué. Il s’ensuit une pause pendant laquelle ils ne mangèrent plus et ne se regardèrent plus dans les yeux.
« Koshy... » commença-t-elle. « Je sais que c’est dur... Mais je ne peux pas quitter cette maison du jour au lendemain, j’ai tant de souvenirs ici et tu sais bien qu’ils vont la détruire si je m’en vais et c’est la seule chose qu’il me reste de ton père... »
Il y eut un silence désagréable dans la cuisine, comme à chaque fois qu’elle parlait de son mari.
« Maman... tu ne peux pas vivre au passé toute ta vie, tu préfères abandonner tous les villageois d’Exyle et rester ici ? Toute seule ? »
Ce mot la fit frémir un peu.
« Je... » bredouilla-t-elle. Elle se leva et marcha vers la porte. « Laisse-moi y réfléchir un peu. »
Koshy, lui, ne bougea pas. Il resta planter là un moment.
Cette discussion lui fit autant de peine qu’à elle, car il ne voulait pas non plus quitter cette maison. Mais le village le mettait trop mal à l’aise maintenant, il ne reconnaissait plus rien. Ces derniers temps, il avait passé beaucoup de temps assis contre le grand arbre au centre de la place, comme s’il avait voulu en profiter le plus possible avant que celui-ci ne se fasse couper à son tour. Il y observait les gens vivre une étrange vie.
Il se leva soudainement de son siège, mit un survêtement que des nouveaux venus du village lui avaient offert et sortit de la maison. Il faisait encore assez jour dehors, il y avait un beau coucher de soleil. La planète le masquait un petit peu, lui donnant une teinte plus foncée. Koshy entra dans le village. Les machines de constructions étaient toutes éteintes. Il pouvait à nouveau écouter le chant des oiseaux. Après avoir traversé la place du village, en piétinant consciemment les restes des os d’un Rastoke, il rejoignit deux adolescents d’à peu près son âge.
« Alors Koshy ! C’est à cette heure-ci que tu te lèves ? On ne t’a pas vu de la journée ! » cria un jeune homme, arrivé dans le village deux semaines auparavant.
Il était plus grand que Koshy, avait les cheveux blonds, chose rare dans la région, portait des habits très clairs. C’était le fils d’un couple d'ingénieurs en construction qui étaient venus en famille sur le lieu de construction pendant quelque temps. Il était avec son petit frère, blond lui aussi.
« Nan, je me suis levé plus tôt, mais j’aidais ma mère. Vous ne vous êtes pas trop ennuyés sans moi ? »
« Ba si carrément ya rien à faire dans ce bled paumé ! Sans toi on est perdu, mec ! » répondit Krystyan, le plus grand des deux frères.
« Tu m’étonnes ! Venez, on va boire quelque chose ! » dit Koshy.
Une brasserie avait ouvert dans le village, elle était essentiellement là pour détendre les soldats le soir. Il était encore tôt et à cette heure-ci, c’était encore paisible.
Ils s’assirent tous les trois autour d’une table ronde près d’une fenêtre. Koshy et Krystyan prirent un verre de cidre doux chacun, ils voulaient prendre l’air adulte à côté du plus jeune, qui prit un verre de jus de fruit. Ils venaient souvent dans cette Brasserie à cette heure-ci, après avoir passé la journée en exploration à espionner les nouvelles constructions autour de la source. Koshy leur racontait ses aventures passées. Ce soir-là, ils n’étaient pas les seuls dans le bar, il y avait aussi trois hommes étrangement habillés. Ils étaient au comptoir du bar et ils n’avaient pas dit un mot depuis leur arrivée. L’un d’eux se mit soudainement à parler.
« J’ai entendu aujourd'hui que des Rastokes avaient failli traverser le village récemment. On voit d’ailleurs leurs os au milieu du Parc. »
« Des Rastokes, en pleine forêt ? Qu’est-ce qu’ils foutent ici ? » demanda Fredy.
« Aucune idée, ils se sont perdus peut-être. Mais ce n’est pas ça le plus fou dans l’histoire » répondit Grabe.
Mike tourna alors la tête vers les deux autres, il était subitement intéressé pas la discussion.
Koshy et ses deux nouveaux amis écoutaient, eux aussi, la conversation.
« Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Pourquoi ils ne sont pas passés par le village ? » insista Fredy.
« On dit que ce sont des mômes du village qui leur ont démoli la gueule ! »
« Pfff... » dit Mike, moqueur, « d’où tu nous la sors ta rumeur ! »
« C’est le sergent Fugyster qui la dit ! Je ne pense pas que ce soit des rumeurs. »
« Hmmm... » firent en même temps Fredy et Mike.
Ceci mit alors fin à leur conversation. Krystyan et Grule étaient étonnés de découvrir que Koshy n’avait rien inventé à son histoire.
« T’as entendu ça Krystyan ? On parle de Koshy ! » s’exclama doucement Grule.
« Nom de dieu ! Je veux absolument rencontrer tes amis, Koshy ! J’ai très envie de rencontrer Serame ! » dit Krystyan, la dernière partie était toute seule.
« Moi aussi, je les reverrais bien... Mais il faudrait encore qu’ils ne soient pas partis encore plus loin que la vallée du Vrole... »
« C’est loin la vallée du Vrole ? »
« C’est à une demi-journée de marche. »
« On pourrait y aller en voiture ! » s’exclama Grule, « Ça nous prendrait moins d’une heure ! »
« Quoi ? Une voiture ? Qu’est-ce que c’est ? » demanda Koshy.
Les deux frères se tournèrent aussitôt vers Koshy.
« Tu sais pas ce que c’est qu’une voiture ? Tu rigoles ? » dit Krystyan à voix haute.
« Ba non... On vit loin de l’empire ici... »
« Ouai, ça c’est sûr. Finis ton verre et viens chez nous, je vais te montrer ! »
Ils se levèrent tous les trois et sortirent de la brasserie en passant à côté des mercenaires. Koshy remarqua l’étrange pieu posé contre le bar. Puis, il releva la tête et croisa le regard de l’homme au centre qui le regarda avec des yeux froids. Ils arrivèrent devant la maison de Krystyan. Elle appartenait à un couple de vieux, partis avec mélancolie et déception finir leurs jours dans le Vrole. La maison était à demi en reconstruction, ils refaisaient toutes les salles les unes après les autres, ils vivaient soit dans des salles non retouchées ou dans des pièces modernes, refaites à neufs. Ils firent le tour de la maison et Krystyan lui montra du doigt une bâche qui recouvrait un objet de la taille d’une vache.
« Voilà, c’est ça... » dit-il.
Il s’avança alors pour découvrir l’engin.
Koshy s’approcha également, émerveillé par la technologie.
La voiture était posée sur quatre pieds, soulevant l’appareil à 30 cm du sol. Il y avait deux sièges, disposés l’un derrière l’autre. Les dispositifs de propulsions se trouvaient de parts et d’autres du véhicule.
« Ça vole ? » demanda Koshy stupéfait.
« Évidemment que ça vole ! » dit Krystyan en souriant.
« Mais mes parents ne nous laisseront jamais y aller tout seul. Il faudra être très discret si on veut pouvoir l’emprunter. »
« Tu sais le conduire ? »
« Ya des courses de voiture à Rigoune ! On peut en faire sur des parcours avant d’avoir un permis » dit Grule.
« Ce n’est pas très dur à conduire en vrai, surtout en campagne, ya juste à voler au-dessus des arbres. Ya pas d’obstacles à éviter, à part les oiseaux. La seule difficulté, c’est de ne pas se faire roder par mes parents » ajouta Krystyan.
« Pourquoi il ne veut pas que tu l’utilises ? C’est dangereux ? »
Krystyan réfléchit un instant.
« Avec tous ces militaires dans le coin, il ne vaut mieux pas utiliser des objets volants sans raison, ils prennent tout pour une menace. Il faudra juste éviter les coins militarisés. »
Il recouvrit la voiture avec la bâche.
« Maintenant, cassons-nous avant que mon père ne se doute de quelque chose. »
Ils retournèrent au centre du village, près de l’arbre et des restes des os et s’assirent sur l’herbe.
« Qu’est-ce qu’ils craignent les militaires ? » demanda Koshy.
« Les gens du Nord, les Vézouliens. » répondit Krystyan.
Voyant que Koshy n’avait pas l’air de connaitre, il continua.
« Les sources produisent de l’énergie qui est utilisée dans plein d’appareils. La voiture fonctionne grâce à l’énergie de la source : le plasma. On le stocke dans des karistes. Quand une kariste est vide, on la recharge grâce à la source. Les sources sont essentielles pour le développement de l’empire. Ça fait des années que les empires se disputent les sources. Tu connais vraiment rien à rien toi. »
Koshy ignora la dernière remarque.
« Je crois que je vais rentrer, ma mère m’attend pour manger » dit subitement Koshy en se levant.
« Tu rentres déjà ? » Demanda Grule, déçu.
Krystyan se leva également et rattrapa Koshy.
« On se retrouve à quelle heure demain ? Si ça te branche toujours. »
« 8 heures. »
Koshy rentra chez lui.
Le lendemain.
Koshy se réveilla à 8 heures moins 5 en sursaut. Il transpirait de la sueur chaude, car sa nuit avait été remplie de rêves cauchemardesques. Il avait rêvé qu’Exyle se faisait dévorer lentement par la source, que des soldats lumineux en sortaient et envahissaient le village pour faire fuir les habitants d’Exyle, en même temps qu’un couple de Rastokes détruisait les maisons. Pas loin de la réalité, on peut le dire. Il se prépara en vitesse, dit à sa mère qu’il avait prévu de passer la journée avec Krystyan et Grule et sortit rapidement de la maison pour les rejoindre.
Ses deux amis l’attendaient à quelques mètres de sa maison.
« Enfin levé, on a cru qu’on attendrait toute la matinée ! » dit Krystyan quand Koshy les eu rejoints.
Koshy regarda sa montre, il était 8 H 06. Il montra l’heure à Grule.
« Vous n’êtes pas très patient, vous, les habitants de l’empire. »
« Hé hé ! » ricana Krystyan.
« Je te rappelle que tu en feras bientôt partie. »
Koshy déglutis, cette remarque rappela à Koshy qu’il ne comprenait plus vraiment tout ce qui se passait dans sa vie et ne savait plus du tout à quoi s’attendre.
« Allons-y rapidement, avant que mon père ne se réveille. »
Arrivé derrière la maison de Krystyan et Grule, ils grimpèrent aussitôt dans la voiture et le mirent en route. Le sang de Koshy circulait à toute vitesse tant il était excité de faire son premier vol.
Les pieds de la voiture se replièrent et ils se trouvaient maintenant à un mètre au-dessus du sol, en lévitation. Les propulseurs – huit au total – brillèrent légèrement. Quatre propulseurs étaient fixés au bout de bras mécaniques, ils étaient essentiels pour faire avancer la voiture et en changer la trajectoire. Le véhicule était totalement silencieux, aucun risque de réveiller le père de Krystyan. Il fallait juste éviter de se faire remarquer par le voisinage. Cette voiture était un biplace. Il ne faisait que deux mètres de longueur. Ainsi Koshy et Grule s’étaient serrés sur un petit siège et avaient mis une ceinture pour deux. Ils restèrent à un mètre du sol pour ne pas se faire remarquer, en s’avançant vers les bois. Au bord de la forêt, il y avait de nombreuses machines de déboisement, la taille de la clairière avait doublé en l’espace de quelques semaines. Koshy ne reconnaissait plus trop le paysage. Divers troncs d’arbres déposés au hasard sur le sol rendaient le parcours un peu plus difficile pour la voiture. Une fois arrivés dans les bois, ils avancèrent à vitesse réduite, jusqu’à ce qu’ils soient à une bonne distance du village. À ce moment-là, Krystyan appuya sur une manette et le véhicule s’arrêta brusquement et commença son ascension le long des arbres. Le cœur de Koshy se mit alors à battre de plus en plus vite pendant qu’il regardait le sol s’éloigner de plus en plus. Son cerveau subissait beaucoup de traumatismes ces derniers temps. Il avait l’impression de vivre dans un monde irréel. Il n’avait plus peur du danger, l’adrénaline l’en empêchait. Arrivé au-dessus des arbres, il ne pouvait plus se contenir.
« YEEAAAAAHHOOOOOOOOOOO !!!!!!!! » cria Koshy, en même temps que Krystyan appuya soudainement sur l’accélérateur.
Ils filèrent à toute vitesse au-dessus du feuillage, produisant un courant d’air soufflant les branches sur les côtés à leur passage. Il faisait extrêmement beau et Koshy n’avait jamais vu un ciel aussi grand.
« DE QUEL CÔTÉ ??! » hurla Krystyan.
Koshy avait oublié le motif de ce vol. Il regarda en arrière pour voir son village disparaitre au loin et réfléchit un peu. Ce n’était pas évidant de se repérer au-dessus des arbres.
« TOURNE À DROITE ! VERS LES COLLINES AU LOIN ! » répondit Koshy sur le même ton.
Le vaisseau vira immédiatement à droite et la voiture accéléra davantage. Des oiseaux planaient au-dessus de leurs têtes, mais ceux-ci n’arrivaient pas à rattraper la voiture.
La population de Restole avait doublé. Les habitants d’Exyle s’étaient installés dans un campement, à côté du village. Ils étaient tous devenus ouvriers de constructions, car il fallait agrandir Restole pour que la nouvelle population puisse s’installer. Tous les habitants de Restole n’étaient pas favorables à l’arrivée des habitants d’Exyle, mais tous savaient qu’il ne pouvait pas en être autrement. Beaucoup de Restoliens aidaient bénévolement dans la construction, la nourriture était partagée généreusement. Le village de Restole était connu pour avoir des récoltes abondantes. Il y avait en effet de grands champs le long de toute la vallée. Des moulins à vents se trouvaient sur les toits des fermes, en amont.
Un peu plus loin dans les bois se trouvait Seram. Assise sur une haute branche d’un arbre, elle guettait l’arrivée d’une proie. Collée au tronc, elle avait le regard vif et scannait les alentours. Les oreilles tendues. Une main sur la branche, l’autre sur une petite lame. Les cheveux tombant sur son visage. Un oiseau se posa au bout de sa branche. Sa main gauche se serra sur sa lame, elle contrôla sa respiration pour éviter de faire le moindre bruit. Attendant que l’oiseau se rapproche. Il y avait des baies posées sur la branche à deux mètres d’elle. L’oiseau avança lentement, d’une marche robotique, en direction des baies, ses longues ailes le long de son corps le recouvrant comme une cape. À l’instant exact où l’oiseau se pencha pour picorer les fruits, le bras de Serame fit un mouvement bref et la lame traversa l’air sans faire de bruit et s’enfonça dans le ventre de l’oiseau. L’oiseau eu à peine le temps de tourner la tête et de comprendre qui était son prédateur avant de perdre conscience. Il tomba sur le côté, toujours sur branche, les ailes écartées, du sang tâcha le poil de son beau ventre brun.
Serame se leva alors pour chercher son butin. L’appétit lui vint subitement quand elle prit l’oiseau entre ses mains, mais il fallait qu’elle résiste, ce morceau de viande n’était pas pour elle. L’oiseau se fit accrocher une corde autour de la patte. Serame sauta de sa branche et rejoignit le sol. Elle sortit la lame du ventre du piaf, puis lui ouvra le ventre de bas en haut, pour faire sortir le sang. Le tenant du bout de la corde à une main, elle se mit alors à courir dans des directions hasardeuses autour de son arbre, en faisant des cercles de plus en plus grands. Vérifiant que le sang de l’oiseau giclait suffisamment contre le sol et la végétation. Quand elle fut à une centaine de mètres du point de départ, elle s’arrêta et retourna à l’arbre. Elle grimpa rapidement le long du tronc et fit pendre l’oiseau par les pieds, puis, sortit son épée et s’accroupit derrière des feuillages, prête à bondir.
Elle attendait maintenant une autre proie.
Subitement, un engin volant traversa le ciel juste au-dessus d’elle. La surprise lui fit perdre son équilibre et elle faillit tomber de sa branche.
Elle jura intérieurement...
Kosh se penchait sur le bord de la voiture pour chercher un endroit où ils pourraient se garer. Il trouva une clairière pas loin d’une route, la pointa du doigt. La voiture tourna violemment, puis baissa en altitude pour aller se poser dans le champ. Ils le posèrent à un endroit pas trop visible, ils marchèrent ensuite pour rejoindre le village. On voyait déjà les premiers moulins à vent sur les pentes. Des grandes toiles blanches tournaient lentement sur le toit des baraques en briques. Ils longèrent une rivière qui quittait le village.
Les premières habitations se trouvaient au bout du chemin et dans les prairies, de part et d’autre de la route, se trouvait le campement des anciens habitants d’Exyle. Des tentes sobres de toutes tailles, agencées autour d’allées boueuses. Les exyliens exilés de leur village n’avaient pas fière allure. Ils travaillaient tous pour reconstruire leurs maisons, dans la boue et la sueur, Koshy se sentait soudainement à l’écart. En peu de temps, il avait quitté ce petit cercle familial.
Il avança le long des tentes pour chercher ses amis.
Et s’ils étaient partis sans moi ?
Koshy paniquait. Les villageois étaient tous très contents de revoir Koshy, pensant qu’il était enfin venu les rejoindre. Comme ils étaient tous occupés, ils n’avaient pas le temps de lui accorder de longues discussions. Il tomba soudain nez à nez avec...
« Garyle ! »
« Kosh ! Tu viens d’arriver ? On s’inquiétait ! »
Il jeta un œil suspicieux à ses accompagnateurs.
« Qui c’est ? »
« Des amis. Pour dire vrai, je ne vais pas rester très longtemps. C’est un peu compliqué, mais je pense que je vais pas tarder à revenir pour de bon. »
« Comment ça tu ne vas pas rester longtemps, mais tu arrives à peine ! »
« Écoute, c’est une longue histoire, je vais pas pouvoir t’expliquer simplement. Dis-moi juste où sont les autres. J’aimerais bien les revoir aussi. »
« T’as toujours des choses à cacher toi. Je vais les chercher, suis-moi. »
Ils quittèrent le campement et traversèrent un champ de blé pour trouver Fulane et Gérale en train de pêcher dans la rivière. Fulane était allongé dans le sens du courant, la tête reposée sur le bras. Une araignée sur la chaussure gauche, dix brins d’herbes dans les cheveux, le corps fondant dans l’herbe haute et les cheveux coiffés par la brise.
« Content de te voir enfin. On a cru que tu nous avais abandonnés ! » s'écria Fulane en se retournant.
« Comment tu m’as reconnu ? Au son de mes bottes ? » répondit aussitôt Koshy.
« Comment il a fait pour deviner ? » demanda Grule à son grand frère.
« ...mmh... Peut-être qu’il nous a entendus parler ? » répondit Krystyan.
Fulane ignora les questions, préférant sûrement garder le mystère. Il tourna son attention vers les deux frères.
« Salut ! Moi, c’est Fulane. Vous êtes venus comment ? À Pied ? »
« Avec la voiture de mon père. Je l’ai emprunté, mais faut que je le ramène avant qu’il ne finisse le boulot. »
« C’est quoi une voiture ? Un animal ? Comment vous avez fait pour arriver aussi vite ? » demanda Gérale.
Les quatre adolescents et Garyle s’entendirent plutôt bien. Ce qui ravit Koshy. Krystyan venta les merveilles de son véhicule, quand subitement un Troam – fauve solitaire et imposant que l'on peut trouver dans la forêt avoisinante – surgissant de nulle part s’abattit sur le sol juste à côté d’eux, du sang plein la crinière.
« AAAAAHH !! » crièrent-ils tous en même temps.
Krystyan et Grule encore plus fort que les autres.
Peu de temps après, Serame apparue derrière eux.
« Alors c’était vous ! » s’écria-t-elle.
« Aah ! » crièrent-ils à nouveau, sauf Fulane qui avait l’habitude de ce genre de surprises.
Elle s’approcha de Koshy et lui donna une baffe qui lui fit sonner l’oreille gauche pendant au moins une minute.
« J’ai failli mourir à cause de vous ! Voyez comme c’est agréable de se faire surprendre par un monstre. J’étais en pleine chasse au Troam et vous, il a fallu que vous passiez juste au-dessus de moi. J’ai failli tomber de ma branche. »
Ils s’écartèrent de la carcasse sanglante. Koshy se frotta la joue gauche.
« Je vous présente Seram. Mi-animal, mi-humaine. »
Elle lui donna une baffe sur l’autre joue, tellement puissance que Koshy s’écroula parterre sur le cul.
« Salut, vous venez d’où, vous ? » demanda Serame aux deux Empiriens terrifiés.
« De l’ouest... » «
De l’ouest ? Ah oui ? De l’empire quoi, ça ne vous dérange pas de squatter notre village ? »
Ils n’osèrent pas répondre. Ceci mit une ambiance glaciale dans l’atmosphère.
« Ils n’ont rien demandé à personne, laisse-les tranquille » dit Fulane.
« Ouai un peu comme nous, mais eux ils nous ont pas laissé tranquille à ce que je sache. »
Le silence fut Roi. Fulane écoutait attentivement, n’osant pas remplir le vide sonore. Gérale en profita pour parler. C’était le plus énervé de tous, lui qui avait tant de fierté.
« Tu traines avec ceux qui nous ont viré, c’est quoi ce délire ? »
« Arrête je te dis ! Ce n’est pas eux qui ont choisi de venir ici » dit Fulane.
« Ouai mais ça change pas le fait qu’ils sont venus habiter dans nos maisons, prendre notre place et qu’ils n’ont aucun malaise à venir se moquer des ex-exyliens qui vivent dans des tentes à même le sol. »
Les deux Empiriens gardaient les yeux en bas, n’osant pas dire un mot. Les yeux rouges de hontes, prêt à pleurer.
« T’as aucun soucis à amener ces deux connards dans le prochain village qu’ils vont coloniser Koshy, ils t’ont payé pour nous infiltrer ? C’est de la reconnaissance ? »
« Arrête ton délire Gérale, tu racontes n’importe quoi ! Ils ne vont jamais venir jusqu’ici ! » s’écria Fulane, décidé à régler cette situation.
« De ce que j’ai entendu de ton père, ils sont venus pour la source, uniquement pour la source, l’empire avait besoin d’un endroit où installer les soldats et les travailleurs. Ils ont choisi le village le plus proche, en profitant de notre faiblesse pour s’installer. Ils ne viendront pas jusqu’ici. »
« Qu’est-ce que tu en sais toi ? De toute façon, s’ils le font on ne pourra rien y faire. »
Sur ces mots, Gérale quitta ses amis, en prenant le chemin inverse pour retourner au campement. Ils fixèrent son dos pendant qu’il rentrait, puis quand il fut hors de vue, ils tournèrent leur attention vers le cadavre du Troam gisant sur le sol. Sans dire un mot. Grule, qui s’était tu depuis le début de la dispute, se pencha en avant et se mit à vomir brusquement.
« Grule ! Ça va !? » s’écria son frère.
« Serame fait quelque chose du cadavre je t’en prie ! » dit Fulane. Elle s’exécuta, pris l’animal sur ses épaules musclées et rentra au campement.
« Je crois que l’on devrait rentrer » dit Krystyan, « mon frère ne se sent pas bien. »
« Oui tu as peut-être raison » dit Koshy.
Fulane se leva alors, s’approcha de Grule qui s’était remis sur pied, mais qui avait encore les larmes aux yeux.
« Ne t’en fais pas, ça leur passera, ils ne sont pas méchants comme ça d’habitude. Ils sont juste un peu énervés à cause des décisions de ton peuple, mais ce n’est pas de ta faute. Tu es encore un peu jeune pour comprendre ce genre de chose. »
Il retourna à la berge, ramassa son matériel de pêche et se rapprocha des deux empiriens.
« Vous êtes les bienvenues quand vous voulez, on ne va pas vous en vouloir. Ca se passera mieux la prochaine fois, je parlerai à Gérale. »
Il tendit la main à Koshy, lui serra la main, puis le pris dans ces bras.
Il prit le même chemin que les autres et cria :
« Reviens-nous vite Koshy ! »
Ils rentrèrent en trainant des pieds, en échangeant peu de mots. Ils conduisirent la voiture, avec beaucoup moins d’enthousiasme qu’à l’aller.
Le général Reygin et le sergent Fugyster petit-déjeunaient dans le salon de l’Aeronef. Les grandes fenêtres donnaient une vue surplombant la forêt. Le sergent avait un sourire béat depuis un petit moment, ses yeux fixés sur l’horizon de verdure.
« Regarde ce krentulipe Rémi, qui plane au-dessus de la végétation. Tu le vois ? » demanda Fugyster.
« Ouai... » répondit le général, d’un air désintéressé.
« Il se nourrit des gousses qui mûrissent au sommet des bufoles verts. »
Reygin faillit s’étouffer en buvant son verre de nectar. Il reposa son verre et inspira lentement avant de se remettre à parler.
« Des bufoles verts, tu dis ? »
« Oui, c’est le nom des arbres de cette région. Ils fleurissent au sommet du tronc et les krentulipes raffolent de ce genre de friandises. »
« D’accord... »
Il se resservit à boire.
« On devrait en voir plein alors ? »
« Ya peu de chance. Les krentulipes ont une longue espérance de vie et ne se reproduisent qu’une fois tous les trois ans. Pour cette raison, il n’y en a pas beaucoup. »
Il prit une part de tarte à la crème.
« Comment ils ont fait pour survivre aussi longtemps ? »
« Les oiseaux ont peu de prédateurs. Tout particulièrement cette espèce parce qu’elle passe presque tout son temps dans les airs. »
« Oui... mais les autres oiseaux ne sont pas carnivores ? »
Il prit lui aussi une part de tarte à la crème. Le sergent sourit à cette question.
« Bien sûr que si, il a des rapaces carnivores, mais ce qui est magnifique chez cet oiseau, c’est qu’il vole mieux que n’importe quel autre oiseau. C’est le plus intelligent. »
Le général qui était sur le point d’introduire sa fourchette dans le trou béant situé entre sa moustache et sa barbe interrompit son geste.
« Je ne te suis plus... qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Cela veut dire qu’il ne se fait pas attraper ! Il vole très vite et très longtemps, ce sont toujours les autres oiseaux qui se fatiguent les premiers. Je te montre dès qu’il ressort. »
« Mmh... » dit Reygin d’un ton pensif. Ils regardèrent par la fenêtre, scrutant la verdure flamboyante du feuillage.
La voiture avait redécollé et ils étaient en route pour le village.
Cette première rencontre avait plombé les espoirs de Krystyan.
Koshy avait la tête dans les nuages, il était pensif, il regardait les arbres défiler en-dessous d’eux, si vite qu’il ne voyait plus qu’une couleur homogène, le vert. Il eut soudainement une petite idée pour remonter le moral de ses amis.
« On ne va pas se faire roder par ton père si on rentre tout de suite ? »
Les sourcils de Krystyan tressaillirent subitement, surpris de ce rappel à l’ordre.
« Oui, tu as raison. Qu’est-ce qu’on fait, alors ? » répondit-il.
« Et si on faisait un petit détour par la source, pour voir où en sont les travaux ? »
« T’es fou ? Si on se fait repérer, mon père me tuera. »
« On n’est pas obligé de beaucoup s’approcher, si on longe la cime des arbres, on devrait pouvoir avancer sans aucun risque. »
Facilement convaincu, Krystyan fit tourner la voiture de 90 degrés. Ils filèrent en rasant les feuilles au plus bas qu’ils pouvaient se le permettre. Ils arrivèrent rapidement à proximité de leur objectif. En se cachant dans le feuillage et les branches. Ils pouvaient voir. Il y avait des campements à l’intérieur de l’enceinte. Une barrière qui faisait office de porte avait été montée pour bloquer l’accès à l’entrée principale. Un escalier avait été monté entre les parois entourant l’édifice pour faciliter l’accès au site. Des tours étaient construites de part et d’autre de la muraille dentée, on pouvait voir des armes sophistiquées. Le vaisseau avec lequel ils étaient venus se situait à côté de l’édifice, là où ils avaient procédé à la déforestation. Il était si grand qu’il dépassait des arbres.
« J’ai l’impression de l’avoir déjà vu ce vaisseau... » dit Koshy.
« C’est le vaisseau avec lequel on est arrivé, il peut loger trois-cent personnes. »
« Il peut loger notre village entier... » dit-il, abasourdi.
Quelque chose attira l’œil du général, il s’approcha brusquement de la vitre en fronçant nerveusement des sourcils.
« Et ça » demanda-t-il d’une voix rauque, en pointant une tâche distante. « C’est quel type de piaf ? »
« Je saurais pas dire à cette distance, il faut attendre qu’il se rapproche. »
Le général grogna brouillement.
« Ce n’est pas un piaf sergent, imbécile d’ornitho, c’est une voiture... Et il ressemble pas trop à une voiture de notre armée » dit-il d’un ton grave.
Il s’éclaircit alors la gorge et prit une voix sévère et autoritaire.
« Sergent ! Envoyer immédiatement deux éclaireurs furtifs et ramenez-moi cette voiture sur le champ ! »
« OUI MON GÉNÉRAL ! » répondit-il surpris, en se levant d’un bond.
Maintenant bien caché dans les feuillages, ils pouvaient tranquillement observer l’avancement des travaux. Des voitures bien plus massives volaient lentement à l’intérieur de l’enceinte et autour de la muraille. Certains s’acharnaient à découper les arbres, d’autres déplaçaient les arbres, vers des chantiers de constructions. Deux voitures armées se soulevèrent brusquement. Il y avait de l’agitation subitement dans le camp, un homme pointa aux deux voitures de se diriger dans leur direction.
« Merde, il y a des voitures qui viennent dans notre direction ! Vite, fait demi-tour ! » cria Koshy.
Krystyan fit rapidement tourner l’engin sur lui-même et s’enfonça davantage dans les feuillages. Il le dirigea vers un groupe d’arbres qui dominaient les autres. Ils s’enfoncèrent tous droit dans la broussaille en se protégeant derrière le parebrise de l’appareil. Ils espéraient ne pas avoir été suivis par la patrouille volante. Les branches des arbres recouvraient le vaisseau.
« Descend plus bas, ils ne pourront pas nous suivre ! » cria-t-il de nouveau.
Sans réfléchir, Krystyan lui obéit, il baissa le volant pour faire descendre la voiture le long des arbres. Arrivés près du sol, ils filèrent en direction du village en zigzaguant entre les arbres. Ils avancèrent à vive allure en rasant l’écorce des arbres. Grule s’était terré au fond du vaisseau, pétrifié. Koshy guettait derrière, pour voir si personne ne les suivait.
Ils arrivèrent rapidement au village, le contournèrent par le bois et rangèrent la voiture derrière la maison de Krystyan et Grule à l’endroit où ils l’avaient trouvé plus tôt dans la journée. Par chance, ils n'avaient pas été vus. Koshy rentra chez lui, en échangeant peu de mots. Il avait une boule de nervosité dans le ventre.
Plus tard.
Le mercenaire se trouvait comme à son habitude au comptoir de bar. Se lamentant comme tous les soirs depuis leur arrivée de l’ennui perpétuel qu’il endurait.
« Qu’est-ce qu’on s'emmerde dans ce bled » se lamenta Mike. Le petit tabouret couinait sous le poids de sa masse corpulente.
« Arrête, tu devrais être content, on est payé à rien faire du matin au soir. Bois ton fysch et arrête de te plaindre » lui répondit Fred.
« C’est quand même lassant à force. Je comprends pas à quoi on sert ici » ajouta Grab.
« On sert à faire en sorte que les Vézou ne viennent pas nous piquer la source. Voilà à quoi on sert. »
« Le jour où un Vézou viendra foutre les pieds dans un bled aussi paumé, je pense qu’on n'est pas près de le voir. »
« T’as pas tort, c’est pas comme si ils en avaient pas déjà cinq des sources. »
« On va rester ici encore combien de temps ? » demanda ouvertement Mike d’un ton grincheux.
« Le temps que l’armée finisse d’armer la source. Ça avance pas très vite apparemment, à cause de tous ces arbres » répondit Grab.
« Pfff... » conclut Mike en reposant son verre vide sur le comptoir.
Un groupe de soldats entra brusquement dans le bar. Ils se posèrent sur une table au fond. Le barman leur amena des rafraîchissements. »
« À l’empire ! Buvons tant que l’on nous le permet ! » s'exclama un des soldats en levant son verre.
« À l’espoir que ce n’était pas un vaisseau de Vézoule... » dit un autre.
« Ouai tu l’as dit... Putain de merde... » ajouta un troisième.
Le mot "Vézoule" fit tendre l’oreille de Mike, qui se leva alors sous l’œil surpris de ses deux camarades et se dirigea vers la table du fond.
« Vous avez dit Vézoule ? » demanda-t-il.
Surpris de la soudaine entrée de Mike, deux des soldats qui étaient dos à Mike se retournèrent brusquement. Celui qui avait parlé en premier, lui répondit.
« Vézoule en effet, on dit que le général aurait aperçu une voiture qui ne nous appartenait pas tantôt dans l’après-midi. Deux patrouilles sont allées voir, mais ils n’ont rien trouvé. »
« En même temps, comment veux-tu suivre quelqu’un dans une forêt pareille. » dit le troisième soldat.
Ils se turent un moment, le temps de reboire une gorgée. Puis un quatrième soldat ajouta alors :
« À ce que j’ai entendu, il puait la gnôle. Il a rien vu du tout le vieux, il a juste halluciné. »
« Ha ha ha... » rirent en cœur les autres.
Mike en profita pour retourner au comptoir.
Restole
Une semaine plus tard, quand les choses s’étaient calmées un peu, Koshy et ses deux amis Raouliens retournèrent à Restole en voiture.
Des patrouilles de l’empire passaient au-dessus du village plusieurs fois par jour. Ils firent donc cette fois un grand détour, pour éviter de se faire voir par les patrouilles volantes, en restant le plus souvent possible sous le feuillage des arbres. Le trajet fut quatre fois plus long. Cette fois-ci l’accueil fut beaucoup plus chaleureux, Gérale avait été raisonné par Fulane et il s’excusa brièvement de la violence de ses propos. Gérale leur fit visiter le village.
Serame n’était pas avec eux.
Le campement faisait office de rideau noir, cachant la splendeur de Restole. Passé celui-ci, ils marchèrent devant les belles maisons blanches, aux toits en tuiles d’argile.
Ils traversèrent de nombreux ruisseaux scintillants au soleil, suivirent un chemin en pierre qui menait au plus grand des moulins à vent de la vallée et piqueniquèrent sur place.
Les pales faisaient 3 ou 4 mètres de long et leur frôlaient la tête à chaque passage. Krystyan racontait les merveilles de la vie à la capitale et Gérale se trouvait être le plus intéressé de tous.
- C’est dingue de pouvoir construire des maisons aussi hautes ! Comment vous faites pour monter au sommet ?
- Ya des ascenseurs qui fonctionnent grâce à l’énergie puisée des sources, répondit Krystyan.
- Et tout le monde se balade en voiture ?
- Pas en ville non, c’est beaucoup trop dangereux, ya d’autres moyens de transports qui permettent à tout le monde de voyager ensemble. Et puis de toute façon, il n’y aurait pas assez de densité plasmique pour cela.
Fulane écoutait d’une oreille la conversation, il n’était pas sûr de quoi faire de ces informations.
- Vous êtes bien beau monsieur, puis-je vous demander le nom de votre coiffeur ? dit une voix.
- Pardon ? demanda Fulane.
- Hum... on parlait des villes et des voitures, répéta Krystyan.
- Ça, j’avais bien compris, mais c’est quoi cette histoire de coiffeur ? D’ailleurs, c’est quoi un coiffeur ?
Krystyan était perplexe.
- C’est quelqu’un qui te coupe les cheveux, mais je n’en ai jamais parlé. D’où tu sors ça ? dit Krystyan.
- Ba, c’est pas toi qui viens d’en parler ? J’ai pas rêvé quand même.
Tout le monde se tourna vers Fulane, les sourcils levés.
- Tu ne devrais pas rester au soleil trop longtemps, ça te retourne le cerveau commenta Koshy, le sourire aux lèvres.
Fulane se tut pour le reste de la journée tandis que Krystyan se remit à parler.
- Tiens, je pense à un truc, je vais retourner à la capitale dans pas longtemps, on part avec le cargo, si vous voulez, je peux vous inviter chez moi !
- ...
Personne n’osa répondre à cette soudaine proposition. Peut-être hésitaient-ils ou alors, ils n’osaient pas répondre devant les autres.
- C’est quoi le cargo ? demanda Gérale.
- C’est le vaisseau avec lequel on est tous venus. Depuis qu’ils ont vu une voiture de Vézoule, tous les militaires sont sur les nerfs. Le vaisseau fait un aller-retour pour aller chercher des renforts et du matériel.
- Et tu crois qu’ils vont accepter qu’on s’installe tranquillement à l’intérieur ? On se pointe à la source, ils nous laisseront bien sûr entrer, ils nous accompagnent au Cargo, ils nous montrent nos loges, nous servent le repas et le Général en personne nous fait une visite guidée du vaisseau, c’est ça ?
Krystyan rougit à cette réaction.
- Comme mon père voyage souvent, on a un grand appartement. On pourrait sûrement tous vous loger. De toute façon, il repart presque vide là alors...
- ...
Il ne reçut aucune réponse ce jour-là. Mais l’enthousiasme avait immédiatement pris feu dans la tête des camarades subitement silencieux...

Perché en haut de l’arbre le plus élevé au-dessus du village, Serame épiait le paysage de son nouveau chez-elle.
- Paisible, dit-elle d’une voix sifflante.
Le vent caressait délicatement les champs de blés par lentes bourrasques sonores. Un homme travaillait seul en contrebas, aidé par son Karos, un animal velu à bec pointu qui se nourrit principalement d’une quantité impressionnante de vers de terre. Plus loin, du monde s’activait dans la construction de nouvelles maisons. Serame n’avait pas envie de participer aux travaux.
- Je ne vais pas rester longtemps ici, je veux voyager.
Cette information circula au village et plus tard, Krysatune essayerait de l’en dissuader, mais ni lui ni personne ne pouvait influencer ses décisions, car elle ne venait pas du village.
Son arrivée à Exyle, il y a six ans, avait surpris tout le monde.
Elle était apparue de nulle part, les exyliens l’avaient surprise à voler de la nourriture. Elle restait seule et ne parlait pas la même langue. Après Fulane, cela faisait beaucoup pour le petit village d'accueillir un autre orphelin. Ils restèrent bien soudés l'un à l'autre. Avec le temps, elle fut acceptée, elle aussi. Fulane et Koshy étaient les premiers à lui avoir parlé. Serame était plus grande qu’eux alors qu’elle avait à peu près le même âge. Elle était plus forte aussi.
Certains pensaient qu’elle avait été abandonnée par ses parents puis élevée par des bêtes sauvages. Serame n’en avait jamais parlé. Elle avait peur de quelque chose. Koshy lui avait souvent demandé. Mais elle se taisait à chaque fois qu’il lui parlait de son passé.
Des enfants jouaient dans le pré, inconscient des changements qui se produisaient autour d’eux. Gérale était dans la nouvelle maison de sa famille. Il alla s’asseoir à côté de son père pendant qu’il buvait une eau chaude. Ils ne se parlaient plus comme avant. C’étaient toujours des discussions sérieuses maintenant. Gérale était un peu déçu des mensonges de son père alors qu’il l’avait tant admiré. Celui-ci lui donnait beaucoup de responsabilités désormais. Gérale devait toujours être présent pour les opérations importantes : dire à l’éleveur de rentrer ses bêtes plus tôt à cause de l’orage par exemple.
Depuis plusieurs jours, la proposition de Krystyan lui trottait dans la tête. Il avait envie de savoir ce qui se vivait dans le vaste monde à l’extérieur de la forêt. Il avait besoin de satisfaire sa curiosité. En plus, il était certain que les autres allaient le suivre. Il ne voulait pas rester en arrière, mais il avait peur de décevoir son père, lui qui avait tout fait pour protéger le village de cette menace. Il avait échoué et il s’en voulait. Peut-être aurait-il l’impression d’échouer à nouveau en voyant son fils partir avec ces gens.
Krystyan et Grule venaient assez régulièrement au village et ils se faisaient maintenant très bien accueillir. Ils amenaient des plats cuisinés exotiques. Leurs parents avaient accepté qu’ils fassent les trajets à condition qu’ils soient très prudents et qu’ils prennent un trajet autorisé par l’armée. Autour de la table, il y avait tout le monde, excepté Serame. Les deux villages étant regroupés, la nourriture se faisait abondante. L’armée avait offert des vivres au village de Restole pour lui faire part de leurs bonnes intentions et favoriser l’intégration des habitants d’Exyle. Gérale profita d’un temps de silence de son père pour lui parler en intimité.
- P’pa, j’ai une requête, dit-il, d’une voix tremblante.
Son père, méfiant, se tourna vers lui avec un regard sévère.
- Quoi ? dit-il, d’une voix sèche.
- Je veux aller visiter la capitale.
Son père s’emporta aussitôt. - Qu’est-ce que tu racontes ? s'exclama-t-il, d’une voix forte.
- Je veux aller visiter la capitale, répéta Gérale, d’une voix plus assurée.
Il grogna bruyamment.
- Tu ne peux pas, dit-il d’une voix sèche, - On a besoin de toi ici.
Krysatune n’avait jamais imaginé une telle chose se produire.
Je les ai accueillis chez moi, et voilà comment ils me récompensent ? Mais pour qui se prennent-ils ? se dit Krysatune.
Gérale insista longuement en lui disant qu’il voulait suivre ses amis et que ce ne serait pas long. La discussion dura encore un certain temps jusqu’à ce que son père conclue par :
- Demande aux parents de tes amis qu’ils viennent me parler, ici. Autrement, c’est hors de question, pour toi et pour tes amis.
Un deal que Gérale accepta sans hésiter.
Juste après le repas, il relata l’information à ses amis.
- Pff... pour qui il se prend encore, dit la rousse sèchement en se tournant vers Koshy. - Koshy ? Tu vas encore le défendre ?
Celui-ci, surpris de cette soudaine interlocution, ne répondit pas tout de suite.
- J’ai hâte de visiter Raoule, dit Fulane.
Serame tourna son attention vers les poignets de Koshy, qui était assis à côté d’elle.
- Mais qu’est-ce que tu portes là ? C’est quoi ce truc ?
Encore surpris, Koshy se força à parler.
- C’est un cadeau de la famille de Krystyan. C’est vraiment très pratique ! répondit-il.
- Et ça coûte hyper cher ! dit Grule, qui se prit un regard foudroyant de la part de son frère.
- Ah ouuui ? Et ça seert à quoi ? demanda Serame, d’un ton taquin.
Grule pris un grand plaisir à lui expliquer.
Quelques semaines plus tard. Après une visite des parents de Krystyan qui répondirent aux inquiétudes de Krysatune.
Quelques heures avant le lever du soleil, Koshy et sa mère se préparaient pour le départ. Elle l’avait rejoint à Restole pour quelques jours pour lui dire au revoir.
Il avait mis tout ce qu’il pouvait dans un sac. Krystyan lui dit qu’il n’avait pas besoin de grand-chose, ils pourraient lui prêter des affaires là-bas. Eleone avait passé des heures à le préparer à son départ, tout en essayant de l’en dissuader. Elle avait les yeux rouges et fatigués et n’avait sûrement pas dormi de la nuit.
- Tu ne vas pas essayer de retrouver ton père, hein Koshy ?
- Non maman, ne t’inquiète pas.
Mais il était vrai que cette question lui trottait dans la tête.
Quel homme fait un enfant à une femme pour l’abandonner peu de temps après. N’allait-il jamais revenir ?
Sa mère le retint encore un bon moment, lui faisant des bisous par centaines. Il allait encore arriver en retard. Il sortit enfin de la tente. Respira l’air frais du matin. Marcha jusqu’à l’entrée sud du village. Les autres l’attendaient déjà.
- Tu n’as pas vu Serame ? demanda Gérale d’un air suspect avant même de dire bonjour.
- Non, pourquoi je serais avec elle ?
- On s’est dit qu’elle avait peut-être dormi chez toi. Il faisait froid hier.
Koshy rougit à l’idée.
- Peut-être qu’on devrait la chercher, dit-il pour faire passer sa gêne.
Trouver Serame était une tâche difficile, car elle pouvait être n’importe où : au milieu de la forêt, dans un champ, dans un arbre....
Chacun se dispersa, allant dans une direction où il imaginait la trouver. Koshy rentra dans un champ. Celui où ils s’étaient retrouvés quelques semaines auparavant quand Krystyan avait fait sa proposition. Il grimpa la colline, d’un pas léger. Il arriva à l’endroit où ils s’étaient retrouvés.
Elle était là.
Étalée sur le sol, une main sous la tête, l’autre sur son ventre sous sa veste. Le bas des jambes et les avant-bras à l’air libre. La rosée humidifiait sa peau. Des petites gouttes pendaient du bout de ses cheveux et de ses sourcils. Koshy prit peur. Était-elle morte de froid ? Il s’approcha, s’accroupit à côté d’elle et observa le haut de son torse et approcha son oreille de son visage. Elle respirait encore !
Ouf !
Sans qu’il ait le temps de réagir, elle ouvrit soudain les yeux en se relevant et bondit alors sur lui, lui mettant la main au cou. Koshy très surpris cria au début puis la force de sa poigne bloqua son souffle. Il avait les yeux grands ouverts de stupéfaction. La lucidité se refléta à ce moment-là dans les yeux de Serame.
- Ah Koshy ! Mais c’est toi ! Tu m’as fait peur ! lui dit-elle en se relevant en relâchant sa poigne.
Elle fronça les sourcils.
- Ça va pas de m’approcher comme ça !?
Koshy reprenait son souffle.
- Kof kof ! On te cherchait. On avait prévu de partir maintenant. On... kof kof ! ... t’attendait...
Elle s’approcha de lui. Il prit peur. Elle lui tendit la main pour l’aider à se relever et le pris alors dans ses bras.
- Pardon, chuchota-t-elle dans son oreille droite.
- J’ai pas l’habitude qu’on me réveille. Et quand c’est le cas, c’est généralement pour essayer de me manger. Je suis vraiment désolé.
Elle le sera encore plus fort et lui fit un bisou sur la joue et puis dans le cou, puis s’écarta. Ils descendirent la colline en courant.
Le départ
Cela avait surpris tout le monde qu’ils aient subitement décidé de quitter le village. Surtout au moment où le village avait besoin d’un maximum de support. Mais s’était l’occasion où jamais de découvrir le reste de la vie moderne qu’on leur avait cachée.
« Maintenant que tout cela s’impose à nous, je ne vois pas de raison de vous empêcher de partir. Simplement, j’espère que vous ne tarderez pas à nous revenir, le village aura besoin de vous pour se remettre en état. »
Tel fut le discours de Krysatune à leur départ.
« Quel village ? » dit Serame avec sarcasme, laissant une atmosphère froide et tendu autour d'elle.
« À bientôt ! » cria Gérale en agitant le bras en l’air.
Ils marchèrent le long du chemin caillouteux, sans regarder derrière eux. Eleone sanglotait pathétiquement, Koshy n’osait pas se retourner pour la regarder, de peur de changer d’avis.
On ne part que pour quelques semaines pourtant, c’est pas la peine d’en faire un drame.
Krystyan et Grule allaient les attendre devant la source avec leur père. Qui avait été dure à convaincre, mais il avait finalement accepté, poussé par sa femme.
« Tu sais qu’on habite quand même dans leur maison, c’est la moindre des choses que l’on peut faire ! » lui avait-elle dit.
Le vestige avait maintenant un style plus militaire. Il y avait une énorme porte pour entrer, qui passait au-dessus de la barrière existante, il n’y avait plus une pousse d’herbe sur un rayon de 500 mètres autour de la muraille, tout avait été rasé. Un premier périmètre militarisé à 400 mètres en bloquait l’accès. On pouvait marcher sur le sommet des remparts, des passerelles permettaient de faire le tour de la forteresse, où on pouvait voir des soldats armés qui se demandaient sûrement ce que ces adolescents faisaient là-bas.
On les laissa passer et ils purent s’approcher de la grande porte en acier. Des soldats leur ouvrirent la porte sans leur poser de questions et ils purent entrer dans le campement militaire. Des tentes à pertes de vue bloquaient l’accès au Cargo. Koshy tourna son attention vers l’entrée de la source. Deux soldats en armure étaient positionnés à l’entrée, faisant office de portiers...
Ils traversèrent le campement de l’armée colonisatrice, qui donnait a contrario l’impression d’un rassemblement d’expatriés, forcés de quitter leur pays pour aller vivre dans des terres inconnus. Les soldats de l’armée dévisagèrent les jeunes passants, ils avaient tous des réactions très différentes. Certains étaient ravis et avaient des sourires béats, l’expression forcée, non préparée à l’arrivée du genre féminin. D’autres avaient des sourires excités, comme celui d’un enfant prêt à faire une grosse bêtise. Mais la plupart avaient l’expression neutre, de fatigue ou de simple lassitude.
Ils arrivèrent en bas de l’échelle. L’ombre du vaisseau cachait la moitié du site des rayons de soleil. Il faisait au moins dix fois la taille de la maison de Koshy...
Paryane, le père de Grule, leur fit signe de monter. C’était un homme de grande taille. Il avait les habits soignés de la capitale : chemise, pantalon beige lissé, chaussures en cuir modernes. Il avait une fine barbe et portait des lunettes. Il avait le sourire facile.
Le vaisseau était posé au sol sur une dizaine de pieds mécaniques, de 40 centimètres de diamètres. Leur longueur était ajustée pour combler les anomalies du terrain. Tous avaient les yeux grands ouverts de stupeur, en voyant les dimensions extraordinaires du vaisseau. Ils se demandaient tous comment un tel engin pouvait découler du sol.
Ils montèrent par une échelle métallique, qui était fixée à la coque du vaisseau. Paryane les guida vers son appartement dans lequel les attendait Sylile – sa femme – et leurs nouveaux amis.
Sylile était aussi grande et fine que son époux. Elle avait des cheveux châtain clair, mi-long et portait aussi des habits très élégants. Elle força un sourire pour accueillir les nouveaux arrivants.
L'invitation de Paryane avait été une surprise pour elle, et ce fut un sujet régulier de dispute entre eux en ce moment.
Ce n'était pas son idée d'inviter cette bande de sauvage à vivre avec eux pendant quelque temps et ne comptait pas se rajouter des tâches supplémentaires.
Elle était très impliquée dans son travail et avait tendance à laisser Paryane s'occuper de l'éducation des enfants.
L’appartement faisait trente mètres carré, avec deux chambres, une pour les parents et une autre pour leurs enfants. Un petit salon les séparait. Ils avaient prévu de faire dormir les quatre exyliens dans la chambre de Krystyan et les deux autres dans le salon.
Une petite fenêtre ronde dans le salon donnait une vue sur l’ensemble du site. Fulane observait les soldats vivre leur train de vie effréné. Il n’avait jamais vu tant de discipline, c’était fatiguant à regarder. Qu’est-ce qui motivait ces gens à se soumettre volontairement aux ordres d’un autre homme. Quelle joie, y avait-il, à mettre un uniforme et à passer son temps à faire tout ce qu’on leur dit, sans broncher, sans opinion.
Est-ce que c’est ça la vie à l’empire ? La famille de Krystyan est quand même bien différente... se dit Fulane.
Parfois les pensées de Fulane lui venait à l’esprit de façon si juste, qu’il avait du mal à croire que c’étaient ses propres réflexions. Cela lui arrivait que des mots de vocabulaire qu’il entendait pour la première fois lui soient compréhensibles.
Dans la chambre de Krystyan, tout le monde ne se sentait pas à l’aise... Certainement pas Serame qui ne supportait pas d’être enfermée.
Le vaisseau s’envola lentement dans les airs, poussé par les propulseurs situés sous la coque. Des larges hélices sur le côté aidaient à stabiliser le vaisseau. Koshy avait trouvé accès sur une passerelle extérieur et regardait son paysage natal du dessus. À cet instant, les distances qui lui prenaient des heures à parcourir ne semblaient pas si importantes. Les oiseaux fuyaient dans des directions opposées du vaisseau, repoussés par le vacarme des propulseurs. Les arbres s’aplatissaient sur leur passage. Il voyait alors l’horizon se découvrir et devinait des paysages jusqu’alors tout à fait inconnus. Autour de lui, des arbres à pertes de vue, mais loin, très loin, il y avait quelque chose qui ressemblait à une montagne.
Fulane et Serame restèrent proches au côté de la fenêtre, ébloui par les paysages défilant sous leurs yeux. Surpris par ce nouveau départ, pensant à l’avenir et au passé qui semblait prendre subitement des directions bien opposées. Pendant ce temps, Grule et son père étaient allés visiter le sergent Fugyster dans la cabine du commandant.
L’endroit était beaucoup plus spacieux que le reste du vaisseau.
Mais ça n’intéresse personne.
Serena
La sueur coulait le long du cou soyeux de Serame tandis qu'elle observait le décor autour d'elle. Des murs de pierre blanche collés les uns autres comme pour former une seule grande maison. Ils étaient arrivés à Serena, une petite ville densément peuplée.
Les oiseaux avaient des cris originaux ici.
« Krooaaaaaaaalaaaaaann.... »
Le vaisseau était arrêté pour la journée, une partie de l’armée allait fortifier la ville en prévention d’une attaque du nord. Ils allaient descendre du matériel.
Ils étaient posés sur la terrasse d’un café bien exposé aux rayons du soleil. Cela leur changeait du doux climat de Vrole, où le vent toussait presque toute la journée. Ils mangeaient des mets délicatement préparés avec une propreté nouvelle pour les exyliens.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda Gérale intéressé, en pointant le contenu de son bol.
C’était un liquide vert, très visqueux, qui se mangeait avec des cuillères plates en bois. Krystyan esquissa un sourire. Son père répondit à la question.
« C’est fait à partir de plantes. Il y a trois types de feuille d’arbre et deux types d’herbe là-dedans. Mais je ne me souviens jamais des noms » dit-il un peu honteux de son manque de connaissance culinaire, « Il n’y a qu’ici où on trouve ça. »
« Kadhum et Cosola principalement » compléta Sylile.
« Ça manque de viande... » confit Serame à Fulane.
Elle en avait mangé une cuillère puis n’y avait pas retouché.
Après le repas, une balade touristique s’imposa.
La ville était blanche, les maisons avaient des plafonds bas et les insectes grondaient furieusement. La courte balade dans le centre-ville leur donnait mal à la tête. Seul Fulane était intéressé par les détails historiques de la ville.
« Ici, le culte planétaire est très présent et les gens pensent que le paradis se trouve juste au-dessus. C’est dans ce temple que les gens prient pour leur salut. »
Le temple avait des murs bombés vers l’extérieur et des pointes qui montaient vers le ciel.
« Exyle ne possède pas de culte de ce genre » dit Gérale.
Koshy trouvait qu’il y avait une étrange similarité avec le temple dans la forêt de Sabilan.
Leur séjour à Serena ne dura pas longtemps. Les soldats avaient fini de décharger le matériel et ils repartirent dans l'heure qui suivit.
Koshy avait remarqué qu’un des hommes qu’il avait vus dans le bar était descendu, celui qui avait une voix un peu rauque et avait une fine barbe travaillée.
De retour dans le cargo. Il ne restait que huit heures de trajet. Ils arriveraient au milieu de la nuit. Le soleil commençait déjà à sombrer.
Serame s’était posé sur la passerelle à l’avant face au vent. Admirant à nouveau la beauté du paysage défilant. Les autres faisaient la sieste dans la cabine.
De temps en temps, un immense rapace rejoignait le vaisseau pour informer le général des dernières nouvelles.
Cet oiseau avait des ailes de plus d'un mètre d’envergure quand ses ailes étaient déployées et il volait plus vite que le vaisseau.
La Capitale
Il s’était écoulé une demi-journée depuis leur départ et c’était le début de la nuit. Le ciel était noir, mais couvert d’étoiles.
Soudain, une lumière vive apparue au loin sur le sol. En s’approchant, on pouvait discerner un ensemble de lumières. Il y en avait des centaines, non des milliers !
Serame était allongé sur un tas de coussins qui lui servait de lit. Elle regardait le ciel par la fenêtre et remarqua la lumière.
- La capitale ! s’exclama Serame.
Le vaisseau descendait lentement vers la lumière. Serame se leva subitement et elle réveilla Koshy qui dormait non loin, le forçant à se lever.
- Réveille-toi ! On arrive !
Après s’être raclé plusieurs fois la gorge, il s’exclama :
- Enfin !
De petites lampes guidaient leurs descentes sur la zone d’atterrissage. Le père de Krys vint les chercher pour leur dire de le suivre à la cabine.
Koshy observait par la petite fenêtre.
L’aéroport était rempli de vaisseaux, pour la plupart plus petit que celui-ci, mais c’était difficile de voir la nuit.
Cette fois-ci, une passerelle leur faciliterait la descente.
L’arrêt soudain réveilla Fulane.
Quelques minutes plus tard, ils passèrent la passerelle tous ensemble. Le père de Krystyan les guida à travers l’aéroport jusqu’à son logis.
Ils traversèrent de nombreuses ruelles et le trajet ne semblait jamais finir. Des immeubles plus impressionnant que ceux de Serena.
Serame observait les gens qu’ils croisaient. Ils avaient des habits très lisses comme ceux de la famille de Krystyan, et des cheveux souvent courts. Ils portaient tous des chaussures.
Après une bonne demi-heure de marche, ils arrivèrent chez Krystyan.
Derrière la porte, il y avait déjà du monde, ce qui surprit les nouveaux arrivants et les parents également. Une fête de retour avait été organisée par les amis de la famille.
Koshy avait un peu de mal à s’habituer à la foule soudaine qui les attendait. Ils durent se présenter, dire bonjour à tout le monde. Ce n’était pas dans leurs habitudes à tous.
Ils mangèrent autour d’une grande table, buvant des choses au goût étrange. Il y avait des jeunes de leur âge aussi. Malgré la fatigue, ils discutèrent toute la nuit.
Mais Fulane et Serame ne se sentaient pas à l’aise avec ces inconnus.
Une fille qui devait avoir 1 ou 2 ans de plus que Koshy s’assit à côté de lui. Il lui raconta son aventure. Elle était tout de suite absorbée dedans.
Des beaux yeux verts le regardaient fixement.
Le lendemain.
Krystyan et Grule attendaient leurs amis sauvages dans la cuisine. Ils s’étaient réveillés assez tôt pour planifier la journée afin de faire découvrir la ville à leurs amis.
- Bien dormi ? demandait Grule successivement à chaque fois qu’une nouvelle tête arrivait dans la cuisine, ce qu’il transforma rapidement en un comique de répétition.
Fulane se leva le dernier.
- Bien dormi ? demanda-t-il à nouveau.
Les autres ricanèrent. Fulane plutôt vif ce matin, lui répondit aussitôt.
- Comme une lotine.
Grule, pris par surprise, demanda :
- C’est quoi une lotine ?
Ce qui fit rire les autres à nouveau. Fulane expliqua que c’était un animal qui dormait beaucoup.
Peu de temps après, ils sortirent dans les ruelles de la capitale afin de faire découvrir la ville à leurs amis.
Comme ils étaient arrivés la nuit, ils n’avaient pas encore vu grand-chose de la ville.
Krystyan introduisit la visite :
- Hum... Bienvenue à Raoule chers habitants d’Exyle ! Moi et mon frère allons vous faire une visite commentée de la ville. Première étape, la grande place du marché
Les deux frères embrayèrent le pas dans une ruelle pour rejoindre quelques rues plus tard une grande place.
Koshy n’avait jamais vu un sol d'extérieur aussi plat. De grandes dalles beiges et lisses couvraient un terrain aussi grand que son village.
Il y avait des petits arbres bien taillés, sur deux rangés, espacés de quelques mètres.
Ils marchèrent sur quelques dizaines de mètres pour rejoindre un point de vue central.
Il y avait du mouvement perpétuel autour d’eux : des commerçants avec des charrues flottantes, des personnes pressées, d’autres oisifs et des enfants qui jouaient.
- Sur votre droite, le chateau des Gorates surplombe la ville, c'est là qu'habite la Reine Nolem.
N’ayant pas remarqué l’imposante bâtisse, ils tournèrent la tête et furent stupéfaits. Posé sur une colline rocailleuse avec des tours qui dépassaient de quelques mètres au-dessus des remparts. On retrouvait une couleur pâle, un peu orangée, comme beaucoup de pierres dans la ville. Un immense escalier reliait l’extrémité de la place au château. On pouvait imaginer une cérémonie officielle pour laquelle la royauté descendrait dans la ville pour faire une apparition et un discours.
- Et à gauche du château, vous reconnaitrez peut-être l’aéroport par lequel vous êtes arrivés.
- Construit à des époques très différentes ! ajouta brillamment Grule.
- Le château a l’air beaucoup plus ancien, commenta Fulane.
Les deux frères n’avaient pas grand-chose à ajouter à ce propos.
- On peut entrer à l’intérieur ? demanda Serame, curieuse.
- Oulà, non, mais papa y est allé quelques fois pour parler de ses constructions
Serame ne comprenait pas en quoi savoir dessiner des maisons était source de prestige.
Il y avait un promontoire sur la place d’une dizaine de mètres de côté.
Krystyan invita le groupe à monter dessus.
Au moment où ils posèrent le pied sur le promontoire, un tremblement de terre survint.
Koshy perdit son équilibre et mis un genou à terre ce qui fit bien rire Grule et Krystyan.
Les tremblements de terre était une chose commune sur la lune, les gens étaient habitués.
Tous les gens sur la place s'étaient arrêté de marcher, mais ils continuaient de discuter comme si de rien n'était.
- D’ici, on peut prendre un peu de hauteur, annonça Krystyan, tandis que la lune tremblait sous ses pieds. - Regardez autour de vous.
Sa voix avec un léger vibrato à cause des vibrations.
Il tourna sur lui-même en montrant du doigt l’horizon.
- Le mur de protection entour Raoule.
- Il fait quinze fois ma hauteur, compléta Grule. - À l’intérieur, un train circule et fait le tour de la ville.
- Un quoi ? demanda Koshy.
- Ils ne connaissent pas les trains, Grule, laisse-moi leur expliquer.
- Les trains relient les grandes villes du monde et peuvent se déplacer vraiment très rapidement
- Ça vole ? demande Fulane.
- Ils ont des roues posées sur des barres de métal
Grule enchaine.
- Et maintenant, au sud de la ville...
- C’est l’EST, corrigea Krystyan.
- À l’est de la ville, rectifia-t-il en pointant du doigt. - Vous verrez le sommet du temple de Raoule qui dépasse un peu au-dessus des maisons.
- Il y a un temple ici ? s’intéressa subitement Serame.
Le tremblement de terre s'arrêta. Leurs regards scrutèrent les toits des immeubles et se posèrent sur une pointe qui dépassait de peu entre deux toits dont ils reconnaissaient immédiatement le design.
- On peut y accéder ? demanda Fulane.
- Mmh...
Krystyan réfléchit à la réponse de peur de décevoir ses amis.
- Il n’y a que les sourciers qui peuvent entrer.
Krystyan s’arrêta et Fulane le regardait attentivement, attendant une suite à l’explication.
Krystyan fut ravi lorsque Grule passa sur la suite de la visite.
- Au nord, dit-il en regardant son frère pour validation.
- Il y a le centre de l’invention, compléta Krystyan.
- C’est le toit arrondi qui dépasse au-dessus du mur, repris Grule.
- C’est là où ils construisent des nouvelles choses qui marchent à l’aide du plasma, tenta-t-il de vulgariser.
Et avant qu’ils ne posent la question, il ajouta :
- C’est pas possible d’y aller sans autorisation, mais papa nous a fait visiter une fois !
La journée continua sur ce rythme avec des haltes sur tous les lieux emblématiques.
Quelques jours plus tard, dans les ruelles de la capitale.
Fulane et Serame traversèrent les nombreuses rues piétonnes et les carrefours pour arriver devant un énorme portail. Derrière celui-ci se trouvait un bâtiment vitré d’une taille surréaliste. Ils pouvaient voir des pointes noires qui dépassaient du toit du bâtiment qui n’étaient pas du tout en harmonie avec le reste de l’architecture.
Une usine avait été construite au-dessus de la source.
Un groupe d’enfants et de jeunes adultes arrivèrent par la rue principale. Serame et Fulane attendaient un peu plus haut.
Ils purent mettre en application un plan qu'ils avaient élaboré la veille.
Ils se mixèrent furtivement au groupe et marchèrent avec eux. Ils avaient mis des habits sobres que Krystyan leur avait prêté afin de ne pas se faire remarquer.
Le groupe entra alors au travers d’une porte incluse dans l’armature du grand portail. Après cela, le groupe se tue subitement. On pouvait entendre un vrombissement provenant de l’intérieur de l’usine. Le bruit s’arrêta net quand ils atteignirent une porte en bois soigneusement décorée. Un homme à la tête du groupe sortit une clef de sa poche et ouvrit la porte qui donnait sur un hall modestement illuminé de petites lampes murales.
Au bout du couloir, ils prirent un tournant, qui donnait sur une grande porte métallique avec des décorations élaborées et des gravures. La porte était déjà ouverte. Ils entrèrent. Ils reconnurent immédiatement les lieux. Les salles du temple était de même dimension, sauf qu'elles étaient ici remplies de machines. Les adeptes marchèrent en silence à côté des machines endormies.
Au même moment, autre part dans la ville. Koshy était assis avec Paryane, Gérale, Krystyan et Grule sur la terrasse d’un café. Il regardait les gens passer.
Des gens discutaient à côté de Koshy. Ils avaient un accent rendant leur discours à peine compréhensible. Quand il ne se concentrait plus sur les discours, il pouvait penser sans interférences.
C'est donc ça la vie à la capitale. Beaucoup de gens, mais peu de véritables connaissances
Les gens parlaient tout le temps et il ne leur prêtait plus vraiment d’attention. Il y avait beaucoup d’étranger dans la ville. Lui, était étranger de ce mode de vie.
- Où sont Serame et Fulane ? demanda Paryane, soucieux.
- Ils sont partis discuter avec les jeunes religieux. Ils voulaient leur poser des questions sur la source, lui répondit-il.
- Je n’aime pas trop qu’ils partent sans me prévenir.
Sortant de ces pensées, Koshy bu une gorgée d’eau de son verre et ouvrit grand la bouche.
- À quoi ça sert la religion ?
Un air dérangé apparu sur le visage de Paryane.
- Mmh.. Vous n’avez pas de religion à Restole ?
- Pas vraiment.
- Chaque religion est différente, dit-il sans grande conviction.
Lui aussi bu une gorgée d’eau avant de se remettre à parler.
- La religion est très présente à Raoule. Les habitants croient fortement en la présence d’une divinité qui loge très loin sous leurs pieds et qui leur offrent cette énergie par simple générosité. Les adeptes de la source vont prier devant la bouche divine. Toutes les religions ne sont pas de cet avis-là, certaines personnes pensent que c’est la source de toute vie sur la lune et qu’il ne faut surtout pas en abuser, car cela pourrait mettre le monde en péril.
- Ah oui ? Et toi, tu penses quoi ?
- J’essaie de ne pas me poser trop de question.
La réponse déçue Koshy.
Au bout d’un certain temps, Fulane et Serame retrouvèrent le même type de couloir ou Serame avait massacré les Fekornes. Un frisson remonta le long de l’échine de Fulane. La lumière était visible au bout du couloir.
Éblouie par la soudaine luminosité, Serame ne pouvait discerner toutes les constructions autour de la source. Elle suivit ainsi le groupe. Fulane s’était distancé d’elle par mesure de précaution.
Pour s’habituer à l’obscurité du reste de la salle, elle regarda vers le haut. Il y avait là un objet immense. Elle avait trainé un peu et se retrouvait en bout de file et remarqua à ce moment-là qu’il y avait des hommes qui ne faisaient pas partie du groupe, ils étaient lourdement armés et regardaient dans sa direction avec intérêt.
Serame s’inséra avec maladresse dans le groupe qui avait pris position tout autour du puits. Ils s’assirent.
Ses yeux s'étaient habitués à l'obscurité et elle distinguait maintenant mieux le décor.
Au-dessus d’eux, il y avait un disque métallique du même diamètre que le puits qui devait servir de couvercle. Des tuyaux métalliques en sortaient.
Ses voisins de droite et de gauche avait les yeux fermés. Elle croisa le regard d’un des hommes gardiens qui était resté debout et ferma alors les yeux elle aussi.
Le lendemain, Koshy se leva très tôt, son instinct d’explorateur le motivant.
Il traversait rapidement la ville. Il était surpris du manque de végétation qu’il y avait ici. Tout était sec et poussiéreux. Il s’arrêta un instant et regarda en direction du ciel. Les immeubles faisaient bien 40 mètres de hauteurs. Entre ceux-ci apparurent au-dessus de lui un flot de voitures. Ils allaient tous dans la même direction.
On aurait dit un essaim d’insectes.
Il se remit à marcher d’un bon train dans la même direction que les voitures. Il se faufila dans une petite ruelle à gauche et continua entre les immeubles. Il prit des détours pour éviter les ruelles les plus bondés.
À un moment donné, entre des immeubles, il aperçut une colline qui lui donnerait une bonne vue sur la cité. Il se la fixa comme objectif.
Après avoir marché longtemps, il avait trouvé un spot idéal. Isolé dans la forêt au-dessus de la ville, Koshy pourrait y admirer les merveilles de l’architecture moderne.
Il se posa sur un petit gazon, qui entourait ce qui semblait être une des extensions de la source de la capitale. La ville réfléchissait le soleil. Une légère brise le rafraîchissait.
Il voyait en contrebas les usines de fabrications accolées au temple. Des cheminées fumaient des vapeurs blanches ou noires. Il y avait de grands toits qui devaient être des entrepôts. Un vrombissement faible, mais audible, arrivait aux oreilles de Koshy.
Des voitures en sortaient de temps en temps.
Il y avait beaucoup de choses à voir. Koshy passa une bonne partie de la journée assis à contempler pour appréhender ce nouveau monde.
Le surlendemain.
Koshy avait gardé son rythme et s’était levé à nouveau en avance sur ses amis.
Il se leva tranquillement, mais toujours excité à l’idée d’aller s’aventurer dans une autre aile de la ville.
Il alla dans la cuisine pour manger quelque chose et fut surpris de croiser la fille du premier soir où il était venu. Elle était sur la terrasse qui était reliée à la cuisine.
Elle sourit en le voyant arriver.
- Debout de bonne heure ? lui dit-elle, assise sur un transat, les jambes dénudés qui bronzaient au soleil.
- Salut ! Qu’est-ce que tu fais ici ?
- Mes parents m’ont dit qu’ils seraient très occupés les prochains jours. Alors, ils m’ont posé ici.
- Ah oui, trop bien.
Paryane entra brusquement dans la salle. Il alla se servir un quelque chose dans un placard. Il s’assit à la table et regarda par la fenêtre.
La fille et Koshy se trouvaient d’un côté et l’autre de son champ de vision, mais il faisait mine de ne pas les voir. Puis, il regarda en direction de Koshy. Il avait un regard apeuré et Koshy se sentait déstabilisé. Il murmura quelque chose, puis sortit de la salle.
- Qu’est-ce qu’il a ? demanda Bel.
Koshy haussa les sourcils et les épaules en même temps.
Paryane réapparu, se rassit, et repris son verre. Il l’examina attentivement. Ses cheveux châtain clair étaient tout ébouriffés, il suait abondamment du front, ses gestes étaient imprécis.
- Bonjour Paryane ! dit Bel, d’un ton enjoué.
Celui-ci se tourna vers Bel.
- Bonjour Bel, souffla-t-il.
Il sortit à nouveau de la cuisine.
Fulane et Serame apparurent alors, les yeux fatigués.
- Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Fulane, la voix cassée.
Koshy les regarda d’un air ahuri.
- Bah... rien à ce que je sache. Pourquoi vous vous levez aussi tôt ?
- Quoi ? dit Serame en sortant sur la terrasse.
- Paryane nous a réveillé.
Koshy commençait à avoir un mauvais pressentiment.
- Où est Gérale ? dit-il, d’un ton un peu inquiet.
- Il arrive, répondit Fulane.
Paryane réapparu à nouveau.
- Tout le monde est là ? Bien. Asseyez-vous, prenez du jus de fruit.
Personne n’en fit.
- Il se passe quoi ? demanda Serame, le ton sérieux.
- Où est Gérale ? demanda Paryane.
- Il arrive, répondit Koshy.
Gérale arriva, suivit de près par Sylile. Gérale avait l’air fatigué. Sylile avait la mine sombre. Elle s’assit à côté de Koshy.
- Ok, tout le monde est là.
Tous les regards se tournèrent vers Paryane.
- J’ai une mauvaise nouvelle les enfants. La source d’Exyle a été pris d’assaut par l’armée de Vézoule.
Personne ne dit rien. Sa voix tremblait.
- On n'a pas de nouvelle. On ne peut supposer que le pire, elle est aux mains de l’ennemie et le village d’Exyle a sûrement été détruit.
- Et Restole ??? demanda Gérale, très soucieux.
- Je ne pense pas que le village ait été attaqué. Mais à vrai dire, je n’en sais rien...
Les Exyliens se regardèrent, le regard inquiet.
Une heure plus tard.
Gérale n’ouvrait plus la bouche. Depuis la nouvelle, il s’était excité sur Paryane en insistant pour qu’on le ramène tout de suite chez lui. Mais c’était impossible. La zone était maintenant aux mains de l’ennemie. Un territoire de guerre. Personne n’avait de nouvelle. Paryane avait les yeux sombres. Il avait des amis là-bas. Ils étaient sûrement morts ou prisonniers à vie.
Quelques jours plus tard.
Ce soir, Bel les emmena boire des canons. Gérale buvait lentement ses verres d’alcools, il n’aimait pas ça, mais il se forçait.
Il reconnut les soldats qu’il avait croisés à Exyle. Il se força à boire son verre d’un trait et alla rejoindre leur table. Il en manquait un. Celui qui avait un air charmant. Heureusement que le plus bavard se trouvait là.
Koshy qui avait bu suffisamment pour avoir un drôle de mal de crâne le lendemain et fut surpris de voir Gérale se déplacer vers les deux grands hommes. C’est à ce moment-là que Bel le pris par le bras et le tira vers une alcôve du bar, vide et un peu à l’écart du reste des soulards. Elle avait les yeux bien trop ouverts et le sourire un peu béat, gourmand.
- C’est incroyable, ya des gens qui étaient dans mon village au fond du bar ! Ils étaient sur le même navire que nous ! Il faut que je rejoigne Gérale, il est allé leur parler.
- T’es venu en bateau ? demanda-t-elle, plus intéressé par sa bouche que de ce qui en sortait. Ses yeux clignèrent lentement et sa tête hocha légèrement tandis qu’elle le regardait au fond des yeux. Il s’apprêta à partir quand elle le retint par la main, mis son autre main sur le cou et colla doucement ses lèvres contre les siennes.
Le lendemain.
Gérale se leva plus tôt que Koshy, il sortit rapidement de l’appartement. Koshy se demanda ce que les deux hommes de la veille avaient bien pu lui raconter. Il était coincé sous les draps lisses avec Bel. Au chaud. Quand il arriva finalement à s’extirper des bras de Bel, il alla dans la cuisine, puis dans le salon, ensuite dans la chambre et alla finalement s’asseoir sur la petite terrasse qui donnait la vue sur la cité. Il y avait aujourd'hui un énorme marché sur la place en dessous.
Où étaient partis les autres ce matin ? se demanda-t-il, le dos de la main sur le bas du front. Le soleil lui brulait les yeux.
Fulane se réveilla doucement, surpris de reconnaître les alentours et de sentir la tête de Serame blotti contre son épaule. Elle qui dormait toujours seule habituellement — personne ne savait trop où, dans la forêt, dans un arbre ou une cabane qu’elle avait construite elle-même. Le retour à la réalité lui donnait toujours la migraine, mais ce matin, c'était particulièrement douloureux pour lui. Ses rêves étaient toujours intenses, détaillés et parfois inexplicable. Il se demandait si les autres rêvaient comme lui, de choses qu’il n’avait jamais vu et dont il ne pensait pas pouvoir imaginer tellement qu’elles étaient différentes et précises. Cette nuit, il avait rêvé d’une horde d’Arames, des animaux à six pattes vivants l'essentielle de leur vie dans les arbres sauf pour migrer. Dans son rêve, ils se déplaçaient justement au sol, dans une savane peuplée de Lapres, des prédateurs à quatre pattes. Ils se faisaient exterminer sanguinairement, les uns après les autres, car ils ne pouvaient se défendre. Ils fuyaient en se déplaçant très lentement, mais aussi vite que leurs fines jambes pouvaient le leur permettre.

Deux semaines plus tard.
Encore reposé au fond d’un canapé à écouter des enregistrements de musique populaire chantée. Son corps se ramollissait de jour en jour et il devenait dépendant de cette tranquillité pleinement reposante, mais pas du tout épanouissante...
Une angoisse s’accentuait au profond de son torse. Il se sentait peu à peu perdu dans la forte poitrine de Bel. Ce soir encore, il allait sortir au bar dépenser les sous de sa riche compagne, pour se perdre encore dans de l’hilarité insensée.
Dans quoi je me suis embarqué ?
Le lendemain.
Le matin, Gérale se leva de nouveau très tôt. La gueule de bois lui fendait le crâne comme une hache. Son corps ne voulait plus lui répondre, mais il lui força de se déplacer. Il marcha longtemps jusqu’à ce point isolé de la forêt, à l'extérieur de la ville. Il se posa sur un rocher, sortit son épée, le pris dans les mains, sentit l’énergie lui monter dans le corps. Gérale avait déjà des frissons pour ce qui allait bientôt lui arriver, chaque fin de semaine, c'était pareil, il était obligé de venir dans de piteux état pour étouffer son angoisse. Grabe était atroce avec lui. À chaque fois, il se dit qu’il ne s’en sortirait pas vivant. Ils cherchaient à pousser ses réflexes à leurs limites, sans minimiser les risques.
Au même moment.
Fulane patientait sur le bord de l’eau, regardant les gens qui marchaient de l’autre côté du canal. Ils étaient habillés d’étranges tenues beiges uniformes, qui leur couvraient la peau en même temps qu’elle se confondait avec elle. Pendant une minute, il n’aperçut plus personne et puis alors une vieille dame et un immense chien aux longs poils gris firent leurs apparitions devant ses yeux. Tous les deux marchaient à la même vitesse, lentement, le long du canal. Son regard neutre suivit ce drôle de couple traverser son champ de vision.
Plus tard.
Les gens pressés marchaient d’un bon pas dans la rue pour se joindre à la foule qui encerclait le grand marché. Il y avait beaucoup de choses appétissantes. L’estomac de Koshy gargouillait d’appétit. Bel le regardait avec beaucoup d’amusement s’intéresser à toutes les choses qui se vendaient sur le marché. Il s’était arrêté devant un étrange morceau de viande fumée.
- Je pourrais vous prendre ce morceau-là ?
Elle pointa le bout de viande du doigt. Après transaction, Koshy laissa le morceau fondre dans sa bouche, en regardant Bel d’un air satisfait.
Il se faisait vraiment gâter.
Il y avait des gens dans le parc aussi. Ils mangeaient par deux ou pas trois. Des familles. Koshy regardait les gens qu’il ne connaissait pas.
- Tiens, goûtes ça !
Elle lui força un légume rond dans la bouche.
- Tu vas voir, c’est délicieux !
Il le mit dans sa bouche et mâcha avec précaution. Quand le goût lui parvint aux papilles et qu’il avait jugé ça comestible, il l’avala.
- C’est spécial.
- Tu veux dire c’est trop bon !
Elle lui en força un autre dans la bouche.
- Allez, manges, faut que tu prennes des forces !
Elle lui en mit encore un, le poussa parterre pour le nourrir encore et réussi à lui en introduire un de plus. Koshy ria en mâchant difficilement.
- Arrrrêtte ! Haha !
Elle abandonna les légumes et lui grimpa dessus. Ses cheveux tombant au tour de son visage. Le haut de la poitrine très visible par son décolleté léger.
- Partages, un peu !
Elle l'embrassa sur la bouche.
Un autre jour.
Fulane et Serame voulaient retourner à la source de manière moins visible. Le problème était que la journée la source était bouchée par les conduits et qu’en plus, en s’introduisant avec les religieux, ils étaient beaucoup trop surveillés.
II n’y avait que deux instants où la source était accessible, avant ou après la messe.
Ils retournèrent à la messe la semaine suivante et cette fois-ci scrutèrent les lieux pour trouver des endroits où se cacher, s’était dure de trouver des accès, car il n’y avait qu’une entrée au temple et ils ne pouvaient se faufiler devant les travailleurs et les gardes. Fulane avait bien étudié le fonctionnement de la source pendant la semaine. II était possible de profiter des canaux pour rejoindre la source avant qu’ils ne remettent les machines en routes. Ils pourraient alors rattraper les autres en passant par les canaux. Mais il faudrait qu’ils retrouvent la sortie, s’il y en a une. Il y avait une vanne qui permettait d’avoir accès aux canalisations afin de vérifier leurs états. Comment l’ouvrir sans alerter tout le monde. Finalement, Fulane trouva une solution beaucoup plus simple. Les canaux étaient encore pleins de plasma, ils leur suffiraient d’ouvrir un robinet.
Chez Bel, au même moment.
Les gens d’en face le regardait, se demandant sûrement ce qu’il faisait de ses journées. Quand elle n’était pas là, il tournait dans l’appartement, découvrait cette nouvelle culture et cette histoire qu’on lui avait cachée. Il n’y avait pas beaucoup de livres à Exyle. Les quelques livres parlaient un peu du vaste monde qui se trouvait autour d’eux.
Un peu de géographie maintenant...
Il lisait lentement, sa mère ne lui avait pas beaucoup fait travailler la lecture, juste ce qu’il fallait pour comprendre, il ne pourrait jamais écrire des choses aussi longues.
Parfois, il se donnait à de la musique.
Après avoir inspiré un grand bol de plasma, ils coururent en direction de la sortie. Se cachèrent entre deux tuyaux le temps de la cérémonie. Ils attendirent que les autres les rejoignent avant de s’immiscer à nouveau dans le groupe. À peine sortie du bâtiment, ils tournèrent subitement pour quitter le groupement et marchèrent de plus en plus vite. Ils prirent une petite ruelle qui passait entre les ailées, coururent sur le pont au-dessus de la rivière. Serame l’attrapa par le bras, stoppant soudainement la course. Elle le prit entre ses mains par les épaules.
- Mais Fulane, qu’est-ce qu’il m’arrive ? Le monde va au ralenti. Je me sens bizarre.
Fulane avait les pupilles complètement dilatées. II ne dit rien, lui prit la main et l’entraîna de l’autre côté d’un petit pont ombragé jusqu’à une petite place déserte. Il s’assit sur le sol un peu humide puis s’allongea en regardant Serame dans les yeux. Serame ne savait pas quoi faire, elle avait envie de bouger et à la fois, elle profitait de son état d’ébriété incontrôlable. Elle fit comme Fulane et regarda le ciel. Fulane se dispersa mentalement dans un mélange de sensations extracorporelles. Découvrant l’univers ambiant sans l’usage de son corps. Il arrivait à voir autour de lui, les yeux fermés et à entendre les discussions qui se passaient plus loin. Dans d’autres quartiers. Il voyait plusieurs choses en même temps. Il comprenait rapidement ce qu’il se passait. Analysant les situations et les comparants pour les mettre en relation.
Il rouvrit les yeux.
Il contrôlait à nouveau son corps. Pouvait se concentrer. Serame n’était plus là. Il aurait aimé échanger avec elle sur cette experience. Il se sentait faible. Soudainement moins lucide. Il se redressa lentement. Puis resta là immobile pour chercher à comprendre ce qu’il venait de se passer.
Plus tard.
Koshy, les yeux fermés à côté de Serame.
Allongé au bord de l’eau tiède du canal. Il se rappela les moments passés avec ses amis. À découvrir les secrets de la forêt. Les arbres les plus hauts, les grottes, les cascades. Il se rappela l’arrivée de Fulane, puis l’arrivée de Serame. Il était le premier à lui avoir parlé. Elle avait dormi chez lui quelques fois. Une fois, il se souvient, elle dormait à côté de lui sur le sol de sa chambre. Ensuite, elle s’était mise à parler dans son sommeil et à pleurer. Lui ne dormait pas. Elle s’était levée et l’avait rejoint dans son lit, en sanglot, plein de transpiration. Il avait fait semblant de rien.
Serame était aussi dans ses pensées.
Que suis-je devenu ?
L’expérience de l’autre jour à la source l’avait changé. Elle ne ressentait plus la matière de la même manière. Il y avait quelque chose en plus. Mais elle ne savait pas encore quoi.
La nuit, après une soirée arrosée dans un appartement.
Les pensées se mélangeaient dans la tête de Koshy qui avait du mal à enchainer les pas sur les dalles de la rue pavé. Il perdit de vue les amis de Bel et continua le long d’un petit chemin de pierre pas trop entretenu qui menait au canal.
Le lendemain.
Serame partit ce matin-là très tôt, pour aller chasser. Il fallait aller très loin pour chasser ici.
Quelque chose se produisit quand elle se laissa guider par son instinct. Tout doucement, elle prit contrôle sur cette matière qui existait autour d’elle, mais dont elle n’avait jamais eu conscience auparavant.
Fulane, Gérale et Koshy au même moment, posé quelque part dans la ville.
Ils observent le train circuler. Passant devant eux à pleine vitesse. Il fait le tour de la ville. En rond. S’arrêtant de temps en temps pour prendre des passagers selon son humeur.
Le soir.
Koshy, encore imbibé d’alcool, se rentre lentement par la rue en admirant le paisible nocturne citadin. Des lumières illuminaient la ville, se reflétaient dans l’eau des fontaines. C’est dans ce bistrot-là qu’il lui avait fait ses premiers baisers. Où étaient les autres ce soir ? Et lui, où était-il ? Sa marche était bancale, il tanguait de gauche à droite, de bas en haut, devant, derrière. Cela ne le faisait pas avancer plus vite. Il vit des hommes accrocher des pancartes publicitaires dans la ville. Ils en mettaient sur tous les murs. Koshy s’y intéressa, il s’approcha d’une des affiches. L’armée invitait les hommes habitants la ville à venir s’inscrire aux séances d’entrainements de la base militaire. Il prit le temps de lire les détails puis se mit en route vers son lit douillet, qui l’attendait depuis un moment.
Le lendemain, au réveil, il vit les deux parents se chamailler dans la cuisine. Il ne prit pas le temps de dire bonjour. Il alla directement dans le salon rejoindre Krystyan.
Comme les exyliens n’avaient pas de passeports et il était possible qu’ils se fassent engager d’office dans l’armée des mercenaires si l’autorité venait à se rendre compte de leur présence.
Deux jours plus tard.
Serame, à cinq kilomètres à l’est de la ville.
Elle s’approcha d’une grotte dont elle savait pertinemment qu’il ne fallait pas s’approcher. Elle avait reconnu les traces d’un jolyver. Une espèce de gros rat qui vivait en grande communauté sous terre et qui sortait quand une proie s’approchait du nid. Elles les entendirent faire leurs chemins depuis leur chambre, comme un essaim de fourmis. Le premier sortit son museau d’un pan de la grotte, reniflant l’atmosphère. Il connaissait maintenant son odeur, elle aurait du mal à s’enfuir, ils étaient très rapides. Elle courut vers la clairière en contrebas pour avoir plus d’espace pour se battre. Elle s’arrêta au milieu du champ. Des buissons tremblaient par à-coups. Les jolyvers grattaient le sol en se déplaçant. Subitement et furtivement, l’un d’eux sprinta vers elle, puis un deuxième et très vite le champ était couvert de ces bestioles.
Je vais mourir ici !
Elle était soudainement prise de panique. Une chose surprenante se produisit alors. Des aiguilles étincelantes sortirent de nulle part au-dessus de Serame, éblouissant temporairement les jolyvers. Sans bouger les bras, elle commanda à une lame de s’enfoncer dans le corps d’une des bêtes. La lame s’exécuta avec précision, immobilisant aussitôt l’animal. Une cruelle forme d'éminçage spectaculaire se produisit. Elle fit jaillir du sang de toutes les bestioles.
Un soir.
Gérale était revenu en avance de son entrainement. Il avait gagné en carrure ces derniers temps. Il avait d’épaisses cernes pour son âge et l'air usé. Toutefois, il arborait un sourire aujourd'hui, radieux, que l’on n’avait pas vu depuis longtemps. Il attendit que tout le monde soit rentré pour faire une annonce collective.
- J’ai trouvé comment rentrer au village !
Koshy sursauta, Serame se leva brusquement, Fulane sorti de ses songes et ils fixèrent tous Gérale avec intérêt.
- On va y aller avec le vaisseau de l'armée.
Il laissa une pause et reprit son souffle.
- Si on rejoint l’armée, on pourra voyager jusqu’à Serena et même peut-être Exyle
Krystyan réagit aussitôt.
- Tu es au courant que c’est la guerre là-bas ??
Le visage de Gérale se renfrogna un peu, faisant réapparaître l’expression sérieuse qui lui collait à la peau depuis quelque temps.
- Oui, je suis au courant. Il faudra descendre à Serena et ne pas remonter avec les autres quand le cargo redécollera. Ça peut marcher !
La discussion continua pendant des heures.
Après quelques jours de réflexion collective, ils se laissèrent convaincre par le plan de Gérale, aussi ambitieux et risqué qu’il fut et malgré les réticences de la famille d’accueil et de Bel.
En forte demande de nouvelles recrues, l’armée accepta de les recruter, et ce, malgré leurs jeunes âges. Ils durent cependant commencer un entrainement intensif.
L’empire avait prévu une attaque soudaine et forte pour reprendre cette nouvelle source, avant qu’elle ne soit fortifiée par Vézoule. Une partie de l’armée se trouvait déjà à Serena et il était prévu un arrêt pour les récupérer sur le cargo.
Un dernier rendez-vous avant de partir à la guerre.
Bel avait réussi à lui faire oublier ses inquiétudes. La boisson chaude, la plus amère qu’il n'ait jamais goutée, coulait dans sa gorge. Des dépôts restaient collés en bas de son palais. Il se força à boire cette boisson pour ne pas se dissocier des habitudes sociales des gens de la ville. Il tirait un peu la grimace. Bel l'observa avec un petit rictus, les yeux rouges. Ils n’osaient pas se parler. Les émotions fusaient dans leurs corps respectifs.
Un silence symbiotique. Les lèvres de Bel s’ouvrirent.
- Tu vas tuer des gens Koshy ? demanda-t-elle, la voix tremblante.
Il dit non de la tête.
Bel s’en alla, de nombreuses larmes lui coulait des yeux.
Tout se passa très vite.
Koshy, Fulane, Gérale et Serame se firent recruter par l’armée sans problème et durent, en conséquence, faire quelques jours d’entrainement.
Ils avaient été dirigés dans un camp à l'est de la ville.
À leur arrivée, Serame les avaient quittés pour rejoindre le camp féminin. Il était plus petit en taille, mais comptait dans ces rangs une dizaine de personnes avec des capacités hors du commun.
Contre son gré, Gérale s'était retrouvé dans un autre régiment.
Koshy et Fulane avaient un tuteur personnel pour les premiers pas, ils avaient le droit à une armure et un casque pour se protéger.
Fulane avait offert son pistolet à Koshy, lui disant qu'il n'en aurait plus besoin.
Ils apprirent à viser correctement, à se protéger des attaques aériennes, à courir en groupe.
Ils purent voir les points faibles des adversaires et apprendre à les exploiter.
Les hommes qu'ils côtoyaient avaient pour la plupart au moins dix ans de plus qu'eux. Il y en avait un qui s'était intéressé aux adolescents. Il n'était pas très grand et légèrement grassouillet. Il se demandait ce qui les poussait à rejoindre l'armée à un si jeune âge. Il s'appelait Grezzo et venait des champs. Il racontait que son père possédait un abattoir important. Grezzo fut forcé de rejoindre l'armée par son père qui lui dit qu'il ne lui lèguerait rien s'il ne revenait pas ayant servi l'empire. Un discours surprenant qui ne coïncidait pas avec leur relation. Il refusa au départ, mais avec le climat de guerre qui arriva, ses amis s'engagèrent les uns après les autres et il se sentit obligé de faire pareil.
Rejoindre l'armée de son propre gré offrait de nombreux avantages et en particulier une plus longue espérance de vie.
Grezzo leur expliquait tout cela.
- On envoie au premier rang les derniers enrôlés, sachez-le !
Cela mettait la boule au ventre à Koshy. Toute cette histoire lui mettait un stress énorme.
Grezzo aussi avait peur de la guerre et il espérait que celle-ci se termine au plus vite. Il filait souvent des coups de mains en cuisine pour s'approcher de cette équipe chanceuse qui ne partait pas sur le champ de bataille.
Les soirs, Gérale faisait en sorte de les retrouver pour savoir comment se passait leur entraînement.
Ils ne revirent pas Serame avant d'arriver sur le champ de bataille.
La guerre
Le vaisseau de l'armée arriva à Serena.
La stratégie était de se synchroniser avec le reste de l’armée déjà en place à Serena pour réaliser une attaque des airs et de la terre en même temps et récupérer la source.
L’équipage commença à descendre du vaisseau, Gérale et ses compagnons étaient en tête de file.
Mais soudainement, de nulle part, des vaisseaux de l'armée de Vézoule apparue au loin au-dessus de la forêt, ils se dirigeaient vers le vaisseau.
L’ambiance s’excita à bord du vaisseau. Tout le monde se ruait vers les échelles pour descendre. Le Cargo était une cible trop facile. Il fallait qu’il redécolle au plus vite.
Quelques secondes après que Koshy mit un pied sur la terre ferme, le vaisseau redécolla en vitesse. Trois courageux soldats sautèrent du navire en plein air, à un ou deux mètres de hauteur.
Koshy observa le vaisseau s’élever au-dessus de lui.
Des canons étaient déployés sur les côtés. Le cargo grimpa se positionner au-dessus de la ville à côté de la forteresse de Serena. Celle-ci avait installé des puissantes artilleries qui commencèrent aussitôt à tirer des jets d’énergie. La forêt fumait au loin.
Koshy sursautait à chaque tir.
Il suivait Gérale qui avait l’air de savoir ce qu’il fallait faire.
Les autres soldats faisaient deux fois sa taille en hauteur et épaisseur. Leurs armures étaient énormes. Une force surhumaine devait permettre cet exploit, car leurs armes étaient du même gabarit. Ils joggaient dans les larges ruelles de la ville.
Les villageois déboussolés et terrifiés ajoutaient au désordre et encombraient la circulation.
Un commandant dit au groupe de le suivre et ils rejoignirent l’armée pour se trouver au bord de la ville, dans une clairière immense.
Koshy perdu un instant ses amis des yeux, ils étaient sûrement quelque part au milieu de la foule de soldats, eux aussi. Il se retrouva en arrière.
Il avait une arme et un bouclier, mais ne savait pas vraiment s’en servir.
Il fit une prière mentale.
Pourvu qu’il ne leur arrive rien... En pensant à ses amis.
Le sol se mit à vibrer doucement.
Les vibrations faisaient cliqueter les armures.
Koshy observa la forêt d’en face entre les épaules des autres.
Il ne voyait que le haut des arbres. Soudain des vaisseaux apparurent au-dessus de leurs têtes en filant à pleine vitesse.
Des tirs partirent du sol pour essayer de les abattre sur leur passage.
Au même moment, des soldats lourdement armés firent leur apparition des sous-bois. La rencontre fut instantanée.
Des cris et des craquements intempestifs echo-èrent comme un chant de folie.
L’adrénaline circulait à la place du sang.
Les éléments du décor se muaient en un tourbillon de pleurs et de clameurs.
Quelle folie avait rendu cela possible ? Se disait Koshy dans son subconscient.
Perdu au milieu de la foule enragée, il essayait de reculer le plus possible pour fuir cette scène de massacre.
Il avalait sa salive sans cesse et ses jambes tremblaient ridiculement.
Il pourrait se cacher dans les arbres ? Ou alors feindre l’inconscience. Comment survivre à cette situation...
Le temps accéléra autour de lui, trop de soldats ennemies s’approchaient en courant, trop de choix s’imposait à lui.
Où aller ? Qui attaquer ? Devrait-il viser la tête ou le torse ? Pourrait-il tirer ? Était-ce justifier ?
Un peu plus loin devant, il y avait Mike, un des mercenaires.
Quand il lançait son pieu, celui-ci s’enfonçait dans la foule de soldats sans résistance aucune. Il transperçait les corps, causant à tous des dommages irréversibles. Quand le pieu s’arrêta, il le ramena à lui en quelques mouvements brusques, abîmant à nouveau les corps souvent inerte, fauchant quelques autres malheureux au passage. Un brave soldat osa l’affronter. Il courut vers lui, une épée courte à la main mais il n’eut pas le temps de l’atteindre, le pieu était reparti et il fut sa première victime.
Après la bataille.
Un battement d’aile frénétique propulsait les oiseaux sur un parcours au-dessus du post-vacarme. Des corps gisaient par milliers dans la clairière accolée à la ville.
Cela faisait maintenant une heure que Koshy s’était adossé à un arbre sur le côté de la clairière et qu’il regardait les dernières activités des soldats encore debout. Il ne restait pas grand monde. Koshy ne voyait pas ses amis. Il n’osait pas se lever pour aller identifier les cadavres gisant au sol. On entendait des cris de douleurs. Il observa au loin une forme se soulever un peu. Son cœur s’était arrêté de battre. Était-ce la mort qu’il venait de vivre ? Il était arrivé à la fin de son histoire ? Il avait eu de bons amis.
Il avait vécu une histoire d’amour. Il avait tout perdu à l’instant. Ses membres lui faisaient mal. À quelques mètres de lui, un autre corps revenait à la vie, se leva doucement. D’abord sur les genoux, puis sur un pied et enfin sur le deuxième. Ce mort maintenant vivant avait les cheveux froissés sur la tête, les bras battants et son corps était immobile et raide. Il regardait le plateau de cadavres qui l’entourait, cherchant à comprendre ce qu’il s’était passé, ce qu’il faisait là, lui, encore vivant. Il observa son corps, pour vérifier qu’il ne manquait rien. Il regarda à nouveau le champ de bataille. Il devait se demander qui avait gagné. Il commença à identifier les survivants qui erraient entre les corps.
Quand il comprit qu’il ne pouvait rester de l’espoir, il observa les corps autour de lui, le cœur palpitant maintenant, le battement accélérant.
Il fit un tour sur lui-même et remarqua Koshy adossé à l’arbre qui le regardait. Ils s’observèrent mutuellement.
Koshy esquissa un léger sourire nerveux. Il revint à la vie lui aussi.
Le lendemain, il pleuvait sur la ville de Serena, lavant les rues des cendres et évacuant entre les pavés des petites ruelles le sang coulé la veille. Une victoire pour la ville, mais une catastrophe humaine. L’armée fut sacrifiée au service du peuple. À nouveau, Fulane se trouvait assis sur une berge d’un canal à regarder les gens passer au loin. Mais cette fois-ci, ils ne riaient pas. Des cadavres flottaient à la surface de l’eau, le sang venait s’échouer sur la rive, colorant les cailloux et les crustacés. La guerre avait été affreuse. Un des corps le fixait du regard, il avait une drôle d’expression, un peu comme après un orgasme, celui qui arrive après beaucoup d’effort et qui fait plus de bien que les autres. Il se pencha en avant et dégobilla sur le béton...
En même temps, non loin de là.
Les terribles actions de Gérale transparaissaient sur son visage. Il avait tué, des dizaines d’hommes et des femmes. Des jeunes gens de son âge pour la plupart. Peut-être des gens comme lui, avec qui il n’aurait eu aucun mal à s’entendre.
Ils pleuraient de toutes ses larmes. Le long de ses joues encore rouge de chaleur, de sueur et de sang. Un mélange intense d’émotion fusionnait sur sa peau.
La séparation
Ils se retrouvèrent enfin tous de nouveau ensemble, en vie, dans une auberge centrale avec d’autres soldats épuisés. Le reste de l'armée étaient agglutiné dans un camp militaire sous le cargo.
L’auberge était ancrée dans la falaise. Les murs étaient creusés dans la roche. D’épaisses tables en pierre étaient collées aux murs et plusieurs tables en bois étaient situées au centre.
Par une chance incompréhensible, aucun d'eux n'avait de blessure importante à déclarer.
Chacun raconta sa version des faits.
Gérale était au cœur du champ de bataille. Pris d’affection pour lui, les trois mercenaires lui avait à plusieurs reprises sauvé la mise. Son entrainement lui avait permis d’être efficace et d’essuyer de nombreux coups mortels.
Serame avec plongée vers l’ennemie et s’était rapidement retrouvé derrière leur ligne dans les bois. Elle avait observé la scène de loin, ne sachant pas vraiment si un camp en valait davantage la peine plus que l’autre.
Elle s’était défendu d’une horde qui l’avait toutefois identifié comme ne faisant pas partie de l’armée Vézoulienne.
Tout le monde se posa des questions sans vraiment savoir par où commencer après qu’elle finit son discours.
Fulane narra d’une manière très distraite qu’il n’a aucun souvenir de ce qu’il a fait pendant toute la bataille.
« Comment ça tu ne te souviens de rien ?? » éclata Koshy.
« C’est très flou, j’ai observé un peu tout ce qu’il se passait sans vraiment être dans la capacité d’agir, je ne sais pas où j’étais exactement ».
Koshy soupira lourdement.
« Mais je sais que tu as réussi à t’extirper progressivement du champ de bataille Koshy » continua Fulane.
Koshy n’en dit pas plus sur son expérience. Après un court instant de silence. ll dit simplement : « je vais retourner à la Capitale. »
Il se leva.
« Bonne nuit » ajouta-t-il en se dirigeant vers le dortoir.
Les autres restèrent autour de la table en bois qu’ils occupaient.
« Je vais rester ici, pas question de retourner en arrière maintenant » annonca Gérale.
« Et comment comptes-tu aller à Exyle ? » demanda Seram.
« Je rejoindrais l’armée à nouveau s’il le faut. »
« Cela ne t’as pas suffit ? » s'écria-t-elle.
Gérale haussa le ton.
« Tu crois que je vais laisser mon village se faire envahir, une deuxième fois ! »
« Et puis tu en es une pour parler, tu es un monstre Serame ! Je t’ai vu cisailler à travers l’ennemie, comme si c’était des Gremolos – espèce proche du lapin. D’où tu viens exactement pour savoir faire des choses pareil, j’ai bien compris que tu n’étais pas du tout comme nous autres. »
Sans ajouter un mot, Serame lui lança un regard foudroyant et sorti brusquement de l’auberge.
« Bien joué » complémenta sarcastiquement Fulane.
Gérale soupira.
« Je suis fatigué, je vais dormir aussi » dit-il.
« Bonne nuit alors, je vais rester debout encore quelque temps, mes rêves m’effraient en ce moment. »
Le lendemain.
Seram, Gérale et Fulane s’étaient rassemblés à l’auberge le lendemain. Koshy avait disparu sans un mot. Le traumatisme de l’expérience le poussait à l’isolement, il avait du mal à digérer les horreurs qu’il avait vécues. Serame avait un sentiment similaire.
« Il aurait pu nous dire au revoir ! » dit-elle, les larmes aux yeux.
« J’ai entendu l’hôtelier parler d’un convoi de soldats qui partait ce matin à la première heure. » dit Fulane.
« ... »
Ils buvaient une eau chaude, qu’ils avaient dû négocier à prix réduit.
« Cette nuit, j'ai rêvé de ma famille » dit Seram.
Les deux autres la regardèrent fixement. Cela faisait si longtemps qu’ils se connaissaient et pourtant, elle n’avait jamais raconté ses origines.
Ils écoutèrent attentivement, n’osant pas la dissuader.
« Mon père est mort. Et ma mère est peut-être encore en vie. J’aimerais bien la revoir. Le village aussi. Mais c’est loin »
« Hum... » dit Fulane. « Mais tu sais où c’est ? »
« Pas vraiment, juste que c’est à l’est du village. Je me rappelle avoir marché en direction du soleil. »
Le lendemain.
Serame dit brièvement au revoir aux deux autres, choqués de sa résolution.
Elle traversa le centre-ville en se dirigeant vers l’est. À la sortie du village, elle repassa par le terrain de guerre qui avait été débarrassé des cadavres. Elle se mit à courir subitement pour passer cette étape désagréable de son existence et retrouver la solitude et la liberté de la forêt.
Un train liait la ville et la capitale et il était lent. Il n’était pas conçu pour transporter des passagers.
Koshy était serré avec d’autres soldats en mauvais états, qui rentraient pour raison médicale. La chaleur et la sueur pesaient lourdement, leurs peaux humides brillaient aux moments d’éclaircies à travers les arbres.
L’odeur se répandait dans les wagons quand le train décélérait.
« Combien d’heures avant l’arrivée ? » demanda un homme. Ces yeux étaient rouges, gorgés de sang. Il était face à un mur.
Personne ne lui répondit.
Le train s’arrêta à un petit village pour y déposer des stocks. Les blessés pouvaient bien attendre, le commerce passait avant.
Koshy cru reconnaitre un des mercenaires qui avait aidé Gérale pendant la bataille. Il était descendu du train.
Après une bonne heure, le train reparti de la gare. Koshy en avait profité pour changer de wagon afin de quitter l’atmosphère pesante de celui-ci.
Il regardait à présent défiler lentement la végétation. Son cerveau se vida de toute pensée et il essayait de faire abstraction des autres hommes fatigués autour de lui.
À l’auberge de Serena.
Gérale rentrait retrouver Fulane après avoir passé la matinée au camp militaire. Il entra dans leur chambre commune et trouva Fulane qui l'attendait sur une chaise, l'air parfaitement inactif. Il regarda Gérale avec un air interrogateur.
« Il y a une nouvelle opération de prévue. » dit Gérale.
Fuhan ne lui répondit pas. L'information n'avait pas l'air de l'étonner.
« Tu viens avec moi ? » ajouta-t-il.
« Tu ne préfères pas attendre encore que la situation se stabilise ? » dit Fuhan, évitant de répondre à la question.
« Je veux revoir ma famille, Fulane. Je ne peux pas rester dans cette auberge indéfiniment »
« J'ai besoin de temps pour comprendre ce qu'il m'arrive. » dit Fulane.
Sans se dire un mot de plus, Gérale pris son vieil ami dans ses bras et puis sorti pour rejoindre de nouveau le campement.
Les atrocités de la guerre avaient poussé chaque membre du groupe à l’isolement.
Arrivé au campement, Gérale commença par chercher ses trois camarades vétérans, mais il ne trouva aucun signe d’eux sur le campement. Ce n’était pas sûr qu’ils fassent partie de la suite de la mission.
Après avoir parcouru de long en large le campement, il se dirigea vers le cargo. Il arriva juste à temps, le cargo n’allait pas tarder à partir. Il monta à bord.
On l’invite rapidement à un briefing de préparation, il reconnut le sergent Fugyster qui s’était montré plusieurs fois à Exyle.
Celui-ci s’éclaircit la gorge et commença un discours.
« Dans quatre heures, nous arriverons à la source. Il faudra être prêt. Pour ceux qui débarquent, je vais répéter le plan de l’opération. »
« Nous allons commencer par attaquer frontalement la défense, en prenant un maximum de hauteur pour éviter les tirs de canons et pendant ce temps, vous irez attaquer du même côté. »
« Du renfort arrivera de l’autre côté pour profiter de la baisse de défense du côté Ouest. »
Les soldats s’exclamèrent après ces mots.
« On va les défoncer ! » dit un homme près de Gérale.
« RAOULE RAOULE RAOULE !! » crièrent-ils tous en cœur.
Fugyster patienta le temps que l’excitation redescendait.
« Cette source est pour l’empire une priorité absolue. Alors, écoutez bien ce que je vais vous dire. »
« Tout le monde doit quitter ce vaisseau avant d’atteindre la source. Il ne devrait rester que le général et moi-même. »
« Car si le premier cargo n’arrive pas à percer les défenses, nous allons sacrifier ce vaisseau pour faire un maximum de dégâts »
« Donc, préparez vos équipements à bord de vos voitures, car dans trois heures, vous êtes dehors. »
« Vous m’avez bien compris ?! »
« OUI CHEF ! » crièrent les soldats en cœur.
Il détailla ensuite les opérations pendant une heure tandis que Gérale mijotait un plan de son côté.
Trois heures plus tard.
Comme Gérale ne savait pas conduire, il avait dû se combiner avec un autre soldat plus aguerri à la conduite. Il était allé voir le plus gringalet qu’il avait trouvé et ils choisirent ensemble un biplace.
Le cargo se mit à ralentir et commença une descente douce vers la canopée.
Il s’immobilisa.
Une voix retentit.
« C’est l’heure ! Restez à courte distance du cargo et dès qu’on se fait canarder, vous attaquez ! »
« Pour Raoule ! »
« POUR RAOULE !! » crièrent les soldats.
Dans un bourdonnement puissant, les véhicules sortirent en trombe.
Gérale traînait le pas intentionnellement.
Ils furent parmi les derniers à sortir. Ils plongèrent à pleine vitesse dans la verdure. Son pilote, par excitation, avait bu toute la bouteille de Rype – un excitant concentré en plasma. Des points lumineux étaient visibles sur sa peau, signe d’un excès.
Toutes les unités mobiles avançaient ensemble à quelques mètres à peine du sol, dans l’ombre des arbres, slalomant entre les troncs.
Il était difficile de savoir où en était le cargo. De temps en temps, une voiture grimpait à la surface pour se renseigner. Quand elle redescendait, le pilote donnait des consignes pour ajuster la direction et la vitesse.
Le pilote de Gérale était motivé de se retrouver en tête du régiment. Il dépassait les autres voitures l’un après l’autre.
« Hey, c’est pas une course ! » cria Gérale à travers le vent. Le pilote se retourna en grimaçant. Il avait un sourire crispé.
« Allons voir où en est le cargo » ajouta-t-il. Le pilote acquiesça du visage et grimpa à toute vitesse à travers les branches et le feuillage qui fouettaient violemment les bras de Gérale.
Arrivé à la surface, ils virent le vaisseau un peu plus loin au-dessus d’eux et il commençait à grimper en altitude, signe que l’on s’approchait de la destination.
C’est maintenant ou jamais
Hors du champ de vision des autres, il était temps pour Gérale de passer à l’acte.
Quand la voiture commença sa descente, il sortit un couteau de son armure et le mis sous la gorge du pilote.
« Reste au-dessus des arbres et fait demi-tour » dit-il d’une voix froide.
Surpris le pilote perdu le contrôle de la voiture qui se mit à descendre en chute libre.
« Remonte !! » hurla Gérale en appuyant sur le couteau.
Le pilote s’exécuta et leur voiture remonta à la surface.
Ils prirent la direction de Restole, il était temps pour Gérale de rentrer chez lui.
Il indiqua au pilote de le poser à quelques kilomètres de Restole en lui indiquant la direction pour retourner à son régiment.
"Raksajar !" cria-t-il en partant dans un dialecte inconnu de Gérale.
Il se dit que cela devait signifier "traître".
Gérale espérait fortement que cet individu périrait dans la bataille.
Quand il se dit qu'il devait être loin à présent, il pouvait enfin marcher sans regarder constamment derrière son épaule.
Ses poumons respiraient pleinement, de l'air qu'on ne trouvait pas du côté de Raoule.
Il pouvait se détendre, enfin.
Serena, à l’auberge, un mois après.
Suite au traumatisme de la bataille, Fulane s’était déconnecté de la réalité.
Il était resté à l'auberge et passait ses journées dans sa chambre.
Il avait découvert une nouvelle forme de réalité. Il avait appris à se connecter au plasma ambiant.
Depuis son expérience à la capitale. Il sentait qu'il était doté d'une sensibilité particulière au plasma et se retrouvait plongé dans un monde extra-corporelle.
Cela lui permet de s’immiscer dans la vie des habitants de Serena. Il entendait les discussions, les cris, la respiration et ressentait les mouvements. Toute cette expérience était dure à emmagasiner.
L’énergie externe invisible l’aidait à digérer l’information.
Un nuage de plasma entourait son corps, comme un fin nuage de poussière.
En se concentrant ainsi, il concentrait le plasma autour de lui, et même dans toute l'auberge.
L’hôtelier était surpris de voir que l’auberge était moins lumineuse que d’habitude qu’il croyait dû à son four qui émet de l’épaisse fumée également. Il avait pris la journée pour nettoyer les canalisations d’aérations.
Il apprenait à filtrer l’information reçue et à connecter sa pensée au plasma comme s’il réfléchissait en dehors de sa propre tête. Expérience très angoissante pour lui.
Il filtrait les moments intimes. Il arrivait à voir tout ce qui se passait en même temps et cela lui permettait d’être informés des actualités.
Tous les jours, il étendait son territoire mental pour tester ses capacités et mieux les comprendre. Il y avait des canaux par lesquels il était plus facile de s’étendre alors que certaines zones étaient difficiles d’accès.
Il trouva un passage qui lui permit d’explorer assez loin dans le nord. Il traversa un long désert vallonné et rocailleux, remplis d’espèces sauvages, inconscient qu’ils étaient observés.
En pleine exploration mentale, il s’arrêta dans une clairière pour observer la nature. Un animal qu’il n’avait jamais vu auparavant : un galora. Celui-ci se tenait au centre de la clairière et semblait l’observer. L’animal tenait adroitement sur une patte, l’autre patte était tendue à l’horizontale et contenait des fruits.
Il avait une peau écaillée semblable à de l’écorce. Une gueule fine et les paupières fermées.
Par curiosité, Fulane attendit patiemment que quelque chose se passe.
Après deux heures d’attente, il vit un oiseau se poser sur la patte horizontale du galora. Avec peu de méfiance, mais l’œil observateur de ses alentours, l’oiseau s’approcha par petits bonds du fruit posé sur l’extrémité de sa "branche".
Il faisait quatre petits bonds et attendait de nouveau quelques secondes en regardant autour de lui, refit quatre petits bonds et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il atteigne le fruit. À peine eut-il posé son bec sur sa friandise que les orteils du galora se refermèrent violemment sur lui !
Avec des grincements mécaniques, la longue patte se plia ensuite doucement vers sa gueule. On entendait l’oiseau couiner.
Fulane regarda l’animal se faire dévorer avec une fascination, mais aussi du dégoût.
Subitement, contre son gré, comme téléporté, il se trouvait maintenant au temple d’Exyle.
Et puis de nouveau, il était près du galora.
Son immersion alterna entre le galora et Exyle, il ne comprenait pas d’où lui venait cette perte de contrôle. Cela lui donnait la migraine.
Il arrête son immersion pour ouvrir de nouveaux les yeux sur son environnement corporel.
Désolation
Quelques jours après son retour, Koshy était posé près l'eau.
« Je commence déjà à être saoul » se dit Koshy à une certaine heure de l’après-midi. La solitude qu’il s'était imposé à lui-même le motivait à boire beaucoup plus fréquemment qu’avant. Bel était très heureuse de retrouver son amour, mais elle n’aimait pas ce nouveau comportement destructif qui était apparu chez lui. Chaque fois qu’il buvait, il se retrouvait à un moment donné au bord de l’eau du canal.
« Est-ce que c’est le remous des vagues qui m’enivrent ? » pensa-t-il à voix haute.
Un oiseau le regarda fixement dans les yeux. Celui-ci ne dit rien.
Un autre jour.
L’après-midi est long.
Allongé sur un transat, le soleil tapant son visage, réchauffant violemment la surface de sa peau. Un léger vent abaissait la température. Un homme vint lui servir un jus exquis. Bel faisait la sieste. Il en fit de même.
Quelques minutes plus tard, Bel se leva pour travailler ses cours.
Elle étudiait beaucoup ces temps-ci, car même si ses parents lui avaient laissé une pause pour s’occuper de Koshy, elle avait pris trop de retard.
Dans la forêt, au même moment.
Serame traînait aujourd'hui du pas.
Pourquoi suis-je aussi fatiguée ?
Elle ne se sentait pourtant pas mal. C'était peut-être juste la solitude. Combien de temps cela faisait-il qu’elle n’avait rencontré une personne humaine ?
Habituellement, elle pouvait marcher très vite et faire des bonds spectaculaire, mais pour une raison inconnue, elle devenait de plus en plus fragile en ce moment. Rien n’y faisait. Elle se décida à prendre une pause pour retrouver du calme et se mettre en sécurité. Elle grimpa un arbre, le longea jusqu’à la cime. Les autres arbres étaient proches et lui permettraient d’aller plus haut. Elle choisit le plus proche et le plus adapté. Elle descendit d’une branche pour en longer une plus épaisse en contrebas et ,arrivée au bout de celle-ci, bondit jusqu’à la suivante. Elle était agile comme un chat sauvage. Elle grimpa jusqu’au sommet de l’arbre. Arrivée en haut, elle sortit la tête des feuilles pour respirer un air plus pur.
« Hhhhhh.... hhhhhhHHH. »
Elle avait les yeux à moitiés fermés, la soudaine luminosité était aveuglante. Il n’y avait pas trop de vent aujourd'hui sur le plateau végétal, les oiseaux pouvaient voler plus librement au-dessus du feuillage.
À Serena.
Suite au parasitage que Fulane avait subi pendant son dernier voyage, il décida de sortir de son réseau pour se retrouver lui-même, dans son corps.
Il quitta l’auberge et sortit pour déjeuner dehors sur une place surélevée qui donnait une vue dégagée sur le bourg et la végétation qui l’entourait. Cela faisait quelques jours qu’il n’était pas sorti et ça se voyait sur son visage. Les passants le dévisageaient du regard.
Il pouvait admirer la vue de ses propres yeux, elle était plus précise qu’à travers le réseau. En particulier les couleurs qui étaient plus contrastées.
Quelques jours plus tard.
Bel l’emmena à un rituel religieux pour fêter l’existence de la puissance divine qui leur offrait la vie. Cela se passait dans le parc aménagé au centre de la capitale. Il y avait tous les amis de Bel avec elle. Koshy s’était habitué aux différences de dialecte et aux expressions de la capitale.
Pourtant, aujourd'hui, il n’y arrivait pas. Il ne voulait pas faire d’effort de compréhension. La guerre l’avait rendu moins aimable et il n’avait rien à échanger avec eux à l'instant. Il s’assit sur un banc et les regarda commencer le rituel. C’était très étrange. Il y avait des prêtres couverts avec de la peau d’animal. Des femmes habillées en tenues légères leur enlevèrent leurs peaux puis s’en couvrirent à leur tour et dansèrent avec. La danse terminée, elles se jetèrent dans le bassin au centre du park pour humidifier la peau. D’autres femmes les rejoignirent et les aidèrent à coller davantage la peau d’animal à leurs corps de danseuses. Quand la peau avait pris la forme des corps, de nombreux prêtres asséchèrent les peaux avec des bâtons enflammés. La peau prie alors la forme des corps. Après un long moment, la peau fut découpée pour libérer les femmes et elles furent reconstituées sur des statues.
La cérémonie ranima un peu d’émerveillement chez Koshy.
Pendant ce temps.
La pluie ne s’arrêtait plus. Serame avait passé la journée à marcher dans la boue. Ses os étaient mouillés. Elle tremblait vigoureusement, toussait de plus en plus fort. Elle avait rapidement attrapé froid. Il était temps que cela cesse. Elle atteint un peu plus tard une falaise dans laquelle elle pouvait s’abriter. Elle s’assit sur le rocher et regarda les gouttes d’eau tomber violemment sur la végétation.
Les yeux fatigués, elle se demanda ce que faisaient les autres en ce moment.
Fallait-il être ivre pour apprécier la vie citadine ?
Il avait une envie de boire quelque chose pour lui remettre la tête sur les épaules. Les choses étaient plus simples avec de l’alcool dans le sang. Il s’arrêta au premier bistro de la rue qu’il croisa. Les personnes présentent au bar étaient un peu surpris de voir un jeune homme s’arrêter tout seul. Il n’avait pas pris un sou sur lui et ne s’en cacha pas. On lui offrit tout de même un verre.
À Serena, de retour dans le réseau.
Fulane, curieux de comprendre l’origine du parasitage, retourna voir la galora, du moins là où il l’avait vu la dernière fois, car il s’était déplacé depuis. Il attendit plusieurs minutes.
Soudain, des images lui apparurent, différentes des précédentes. Il se trouvait maintenant dans un paysage qu’il ne connaissait pas, sur une grande place. Il regarda autour de lui. Il y avait du monde sur cette place et il faisait grand soleil. Le sol était sec et il y avait peu de végétation.
Soudain l’environnement changea, comme s’il reculait en volant dans l’espace. Il se déplaçait dans des ruelles en traversant les foules comme un fantôme. Cela se passait rapidement, il essayait de suivre les changements de paysage pour chercher à reconnaitre le lieu. Il était maintenant à l’extérieur, voyait d’imposants remparts et reconnu un drapeau au-dessus de l’entrée : l’empire vézoulien.
Le paysage ne bougea plus un instant, comme pour lui laisser comprendre ce qu’il voyait.
Et puis, tout se remit en mouvement et il voyageait de nouveau à reculons en s’éloignant de cette ville pour s’enfoncer dans la nature. Le sol s’enfonça sous lui de plusieurs mètres et il planait au-dessus des arbres. Regardant la ville s’éloigner progressivement.
Il prit de la vitesse, vit défiler des collines, des montages, des déserts et des forêts pendant un court instant jusqu’à ce qu’il se retrouvee au point de départ.
Il rouvrit ses yeux, la boule au ventre.
Fulane dormit peu de la nuit. Il se sentait observé. Il sortit de l’auberge, s’était la tombée de la nuit. Il traversa les rues silencieuses en faisant un effort pour ne pas se connecter au réseau.
Quelqu’un qui avait les mêmes capacités que lui, où plutôt plus de capacités, essayait de le contacter.
Ça pourrait être l’empire de Vézoule ?
Mais pourquoi m’inviter à Vézoule ?
Il pouvait y penser autant qu’il voulait, il aurait du mal à deviner qui était à l’origine de cette invitation. Effrayé, mais curieux, il songea à accepter l’invitation.
Quand il rentra plus tard à sa chambre, Fulane tomba de fatigue sur le sol et s'endormit aussitôt.
Il grimpait à présent le long d’une branche, avec tous ses camarades calasses à poils longs. Ils y en avaient d’autres sur les branches des arbres aux alentours. Ils formèrent une escouade de prédateurs. Sans faire un bruit, chacun se positionna au bout de sa branche respective.
La proie dormait, ne se doutant de rien. Le chef du groupe – ou le plus entrepreneur – sauta de sa branche. Tous les autres le suivirent aussitôt. Et ils enfoncèrent leurs griffes et surtout les crocs massifs dans la chaire de la bête. Celle-ci se réveilla et bondit aussitôt, criant un son pathétique, affolant et terrifiant. Elle perdait déjà énormément de sang. Elle était couverte de plaies. D’autres calasses plus confiant qu’avant se jetèrent sur la bête. Le spectacle était horrifiant. Fulane se réveilla en tremblant.
Qu’est-ce qu’il m’arrive !? pensa-t-il. Il se mit à sangloter.
Allongée dans l’herbe, les bras écartés, la chemise ouverte et le souffle lent et fort. Serame ronflait paisiblement d’épuisement à côté de la carcasse du petit lapin sauvage qu’elle avait eu autant de peine à attraper. La chaleur avait ralenti sa course, mais ce fut le lapin qui fatigua le plus tôt. Juste après lui avoir craqué les vertèbres, elle s’était assoupie à l’ombre d’un nuage.
Le surlendemain, Fulane s'était décidé à rencontrer la personne qui l'avait contacté. Il vola quelques affaires en faisant bon usage de ces nouvelles capacités et pris la route vers le nord.
Il n'avait pas l'habitude de voyager seul et il avait constamment l'impression d'être suivi.
Ses nuits étaient très courtes. Il enchaînait des cauchemars. Il regardait régulièrement derrière lui, inquiet de ce qui pouvait le suivre, humain ou animal.
Après quelques jours, il avait enfin quitté la forêt et marchait dans une grande prairie. Mais un autre ennui l'attendait.
Il avait besoin de sommeil. Sans quoi il ne pouvait pas retrouver ses esprits parmi le réseau hyper complexe du plasma.
Le son d'oiseaux à grands becs qui jacassaient autour de lui depuis quelques heures le rendait fou. Il y en avait des milliers à perte de vue dans cette prairie. Aucun prédateur en vue pour les faire partir.
Le pire, c'est qu’il avait perdu sa direction et il avait dû rebrousser chemin à plusieurs reprises. Les oiseaux le regardaient et avaient l’air de rigoler.
La nuit tombée, il s’écroula de fatigue au pied d’un arbre sec et essaya difficilement de fermer les yeux. Il avait choisi un endroit isolé des oiseaux où il pourrait être tranquille.
En quelques minutes, un flot de jacasseurs se posa non loin de lui. On aurait dit des jeunes ivres qui s’amusaient. Ils se becquetaient, se croissaient dessus, se jetaient des branches avec des mouvements maladroits, tellement spécifiques aux grands oiseaux migrateurs.
Fulane devint rageur mentalement, il se tapa doucement la tête contre le tronc d’arbre, puis, sentant la douleur arriver, se calma aussitôt.
Enfin, une idée saugrenue lui vint en tête. La force plasmique aux alentours était faible, mais elle pourrait servir pour de la détection et des actions ciblées. L’excitation de la réussite de son action le motiva à se concentrer.
Il trouva tous les oiseaux autour de lui dans son esprit connecté. Et les pris en ligne de mir d’un fusil plasmique immatériel. Quelque chose en lui, lui disait que c’était possible.
Il tira sur tous les piafs simultanément avec un bruit violent et bref. Le silence fut immédiat. Fulane arbora un sourire satisfait.
La haine ne l’avait pas rendu barbare. Il avait visé les becs pour être sûr de les leur clouer sans mettre fin à leur vie.
Enfin le silence.
Il s’endormit aussitôt.
La capitale, si folle au début, était devenue froide pour Koshy. Tous ces gens rassemblés qui ne se regardaient pas, ne s’adressaient pas la parole. Des rencontres brèves et insensés à longueur de journée. Son village lui manquait terriblement, mais il n’était pas près d’y retourner. Aujourd’hui, ils étaient tous séparés, sans aucun moyen de se retrouver. Il posa sa tête sur ses bras croisés. Bel vient le prendre dans ses bras, toujours ce maigre réconfort qui le faisait s’enliser dans la vie citadine. Il lui faudrait bientôt partir.
Il marchait dans la rue principale qui amenait au chateau de l’impératrice et s’arrêta dans un bar de la place principale qui donnait sur l’entrée et commanda un verre. Il observa les habitués.
Koshy sentait des regards médisants se tourner vers lui. Il n’appartenait pas ici. Seuls les vieux buvaient ainsi. Seuls les vieux avaient le droit d’oublier leurs histoires. Les jeunes devaient vivre avec, s’adapter. Ce qui l’embêtait énormément dans la capitale était qu’il y avait trop de personnes. Ils commençaient à se ressembler. Peut-être même à se dédoubler. Koshy ne savait pas quoi en penser. Depuis son enfance, il avait vécu avec les mêmes personnes, à l’exception des rares nouveau-nées ou des voyageurs qui apparaissaient dans le village. Ici, c’était tous les jours, tous les coins de rue quand il se baladait.
Il rejoignit enfin Célénite. La capitale du peuple de Vézoule. C’était une immense forteresse, coincé entre deux collines. Le climat était plus sec dans cette région et il y avait une vaste plaine devant des remparts.
Étrangement, la ville était facilement pénétrable. Il put entrer sans avoir à justifier sa présence. Un univers étrange l’attendait.
Il se rappela la vision qu’il avait eue. Il traversa les ruelles lentement pour ne pas se tromper. Les rues étaient plus étroites qu'à Raoule. Sûrement pour préserver la fraicheur.
Les habitants semblaient plus accessibles que dans les autres villes qu'il avait visitées. Ils étaient plus souriants. Il vit quelqu'un déplacer un chariot de marchandises avec une force surhumaine. Il se demanda s'il utilisait le plasma.
Une femme l’attendait exactement comme dans sa vision, sur un banc au milieu de la place centrale du village.
Fulane observa la femme de loin, se demanda bien ce qu’elle pourrait lui raconter.
Il la voyait de profil. Elle était brune avec quelques cheveux blancs, une quarantaine d’années, vêtue d’habits noirs.
Tandis qu’il l’observait à distance, la femme tourna son attention vers lui, le fixant du regard. Puis, elle détourna l’attention.
Cela lui fit froid dans le dos. Il prit son courage à deux mains et s’avança pour vivre cette rencontre inattendue.
Il s’approcha du banc jusqu’à se trouver presque en face d'elle.
Celle-ci l'observa à nouveau.
« Bonjour Fulane, ça fait longtemps » dit l’individu. Elle avait une voix maitrisée.
« Bonjour » dit simplement Fulane, intimidé.
« Tu dois être un peu perdu, je suis désolé d’avoir utilisé ce stratagème énigmatique. »
« Qui êtes-vous ? »
« Hum... » dit-elle, puis elle prit le temps de reprendre sa respiration.
« Je pensais que tu l’aurais deviné. »
En dévisageant la femme du regard, il se posait sérieusement la question.
« Je suis ta mère, Fulane. »
Fulane resta bouche béé. Fixant dorénavant le banc du regard.
« Je m'appelle Zelbute. » ajouta-t-elle.
Il s’assit à côté d'elle.
Celle-ci se remit à parler.
« Bienvenue dans ta ville Natale, tu es né ici. Et moi, j’ai grandi ici »
Fulane écouta sans parler.
« Vézoule est plus ouvert aux magiciens que Raoule, le plasma est disponible pour tous dans la ville comme tu as dû t’en apercevoir. »
« J’ai vu ça » osa dire Fulane.
Zelbute regarda son fils.
« Suis-moi, j’aimerais te montrer quelque chose »
Ils se levèrent et quittèrent la place pour rejoindre une ruelle. Ils marchèrent trente minutes silencieusement.
Ils croisèrent un groupe d’enfants qui jouaient au bout d’une ruelle. Soudain, un jet de lumière éclata au-dessus d’eux. Des passants adultes les grondèrent violemment et le groupe d’enfant se dispersa en ricanant. Fulane émerveillé par ce qui venait de se passer, observait avec intérêt les comportements des personnes qu’ils croisaient tandis que sa mère marchait silencieusement d’un pas déterminé.
« C’est merveilleux cette liberté d’accès au plasma, comme tu peux le voir, il y a beaucoup de personnes talentueuses, mais ça peut être dangereux un tel pouvoir dans les mains d’enfants. Je parle par expérience. »
À cet instant, une structure lointaine apparaissait dans leurs champs de vision. Une longue tige noire qui se séparait en plusieurs branches pointant vers le ciel comme un arbre sans feuille. Ça devait faire des centaines de mètres de haut.
« Qu’est-ce que c’est ? » s’interrogea Fulane.
« L’œuvre de quelqu’un qui avait envie de prouver sa puissance. »
Fulane n’était pas sûr de comprendre.
« L’oeuvre d’une seule personne ? Avec du plasma ?? »
« C’est ça. »
Au bout d’une heure de marche, ils arrivèrent à la source. L’accès était très protégé. Toutefois, Zelbute connaissait un accès moins protégé. Étrangement, les portent s’ouvraient toutes seules et il n’y avait aucun gardien en vue.
Ils purent s’infiltrer ainsi aisément.
Arrivée à la source, Fulane constata qu’elle n’était pas fermée comme à la Capitale de Raoule, il pouvait sentir l’accès au réseau qui était facilité. Ses pensées se brouillaient très vite.
« Reste concentré sur tes pensées Fulane, sinon tu vas être envahi par des informations. »
Tous les deux s’approchèrent du bord du précipice.
« Qu’est-ce que tu vois, Fulane, quand tu regardes dans ce puits ? »
Il regarda.
« Que penses-tu qu’il y a tout en bas ? Tu es déjà allé voir ? »
Fulane se connecta avec précaution au réseau et alla explorer le fond du puits, avec une certaine excitation.
Via le réseau, il descendit la canalisation, mais c’était compliqué d’avancer, car il avançait à l’inverse du flux. Il descendit progressivement dans le fond, continua pendant plusieurs minutes. Le paysage était toujours le même et lui demandait beaucoup d’effort de concentration. Difficile de savoir à quelle profondeur il était à présent et s’il se déconcentrait un instant, il revenait en arrière.
Quand il s’éloignait beaucoup de son corps, cela l’angoissait, il avait toujours peur de ne pas pouvoir revenir en arrière, mais s’il retournait à son corps maintenant, il faudrait recommencer l’opération.
Fulane perdit la notion du temps, cette impression de tomber dans un puits infini le fatiguait. Il n'avait aucune idée de la distance parcourue, mais il faisait en sorte d'aller de plus en plus vite.
Après ce qui devait être une vingtaine de minutes, il abandonna et coupa la connexion pour revenir instantanément à son corps. Il ouvrit les yeux pour voir à nouveau la sortie du tunnel.
Des étincelles jaillissaient comme à Exyle. Sa mère était toujours à côté de lui.
« Alors ? »
« C’est profond » marmonna Fulane en retrouvant ses esprits.
« Tu n’es pas arrivée au bout ? »
« Pas le courage. Alors, qu’est-ce qu'il y a tout en bas ? »
« Dommage. »
Sa mère semblait déçu.
« D’autres tuyaux qui se regroupent et qui sont emmêlés entre eux. C’est difficile de calculer combien. »
Elle s’activa tout à coup.
« Ne trainons pas ici, je n’aimerais pas qu’on se fasse voir »
Ils quittèrent le temple pour rejoindre à nouveau les ruelles animées.
« Pourquoi tu m’as fait entrer là-dedans ? »
« Je voulais que tu vois ce sur quoi je passe le clair de mon temps. Je cherche à comprendre comment tout ceci a été mis en place. »
« C’est la nature ! Qu’est-ce qu’il y a à comprendre ?? »
« Tu vois beaucoup de tuyaux rectilignes dans la nature ? »
Fulane réfléchit à cette remarque.
« Je vais devoir y aller Fulane, ce n’est pas bon qu’on traine ensemble, ici »
« Quoi ? »
« Je te propose qu’on se recontacte au niveau du Galora »
Et il partit aussitôt en faisant un bref signe de la main, avec un sourire franc et ému.
Fulane resta quelques jours à Vézoule. Profita de l’abondance du plasma pour exercer ses capacités, notamment pour rechercher ses amis.
Il prit aussi le temps de se faire couper les cheveux.
Après quelques jours, il se décida d’aller à la capitale retrouver Koshy.
Raoule.
Le son. Le son tapait contre ses tempes, contre son torse. Ses poils frémissaient. Son corps tremblait de haut en bas. Il dansait avec Bel quand elle venait le voir avec des verres remplis. Tout le monde était ivre, fou, dans la nuit tumultueuse. Les gestes étaient répétitifs et sexuellement ostentatoires. Il pensait à présent à Serame et sa danse hypnotique, ses gestes agiles, ses mouvements attrayants. Qu’est-ce qu’il donnerait pour la revoir à présent... Qu’était-elle devenue ? Un animal sauvage perdu dans la jungle, chassant pour le plaisir, mangeant de la viande crue à pleine bouche, ayant perdu l’usage de la parole.
Son attention se tourna alors vers le bar, la danse le lassa subitement. Il trouva une place à côté d’un homme à l’épaisse crinière. Celui-ci tourna son attention vers lui, le dévisageant étrangement du regard. Le reste de la soirée resta flou dans sa tête....
Une semaine plus tard.
L’homme de l'autre soir le regardait fixement depuis un petit moment. Il avait un drôle de regard, inexpressif. Koshy n’osait pas le regarder dans les yeux. Il était évident que cet homme voulait lui parler, mais Koshy n’était pas intéressé aujourd'hui.
Il avait mis de la distance avec Bel pour se focaliser sur la recherche de ses amis. Il songeait à terminer leur relation. Il avait besoin de se retrouver des objectifs.
Il buvait une boisson rafraîchissante, accoudé au bar, la dernière qu’il pourrait s’offrir avant un bon moment.
Devrais-je chercher un travail ?
C’était Bel qui s’occupait de tout. Elle payait sa nourriture, ses vêtements, ses boissons. Il faudrait qu'il devienne indépendant s'il se séparait.
Serame se sentait de plus en plus désespérée alors qu'elle errait presque sans but dans les bois. Elle n'était pas sûre de ce qu'elle espérait trouver dans sa ville natale. Elle suivait l'étoile de l'est chaque nuit. Ses capacités revenaient peu à peu, ce dont elle était très reconnaissante. Cela la rendait plus forte et beaucoup plus rapide.
À un moment donné, elle traversa une route allant vers le nord-est. Ses vêtements étaient troués et tenaient à peine.
Ce serait bien d'avoir un peu plus de confort pour une nuit.
Il faut admettre qu'elle avait fini par s'habituer à la vie citadine. Elle suivit le chemin.
Après quelques jours, la route mena à Vinage, une petite ville marchande avec beaucoup d'activité. On y vendait des herbes permettant de concentrer le plasma. Utiles pour les armes et les transports. Serame déambulait dans les rues tandis que les gens la regardaient avec des yeux intrigués et prudents. Il lui restait un peu d'argent. Des gens vendaient des choses dans les rues. Elle trouva des indications en interrogeant quelques personnes au hasard, ce qui la conduisit à un homme travaillant dans le commerce des herbes. Il lui parla d'une tribu sauvage avec laquelle il faisait du commerce. Assez loin dans les bois. Une tribu dangereuse, insista-t-il. Ce n'était pas un endroit pour une jeune femme fragile.
« Comment puis-je m'y rendre ? » demanda-t-elle, imperturbable.
« Il y a un chemin qui commence juste à la sortie du village. » ajouta-t-il en pointant dans une direction.
« Ne dites pas que je ne vous ai pas prévenue. »
« Merci. »
Elle ne se sentait pas la bienvenue ici et décida de continuer immédiatement vers l'est.
Raoule, de nouveau au comptoir.
L’homme se leva subitement, fit le tour du comptoir et pris une place vacante à deux mètres de Koshy. Il avait des vêtements très élégants en cuir blanc et un bracelet en métal brillant.
« T’appelles-tu Koshy Rane ? » demanda-t-il.
Koshy, un peu surpris, tourna la tête à soixante degrés vers l’homme.
« Oui, en effet, qu’est-ce qui ya ? »
« Vous êtes bien un ami de Fulane Dégeister ? »
Ses sourcils se levèrent subitement. Il ne savait pas que Fulane avec un second nom.
« Oui » dit-il à nouveau.
« Où est-il en ce moment ? »
Il ne l’avait pas vu depuis des mois.
« Il voudrait vous voir. Suivez-moi et je vous mènerai à lui. »
Koshy fronça les sourcils.
« Là, maintenant ? Qui êtes-vous au juste ? »
« Allons-y. »
Il se leva aussitôt.
« Vous venez ? »
Il n’avait pas le choix. Évidemment qu’il venait.
L’homme ne dit pas un mot de plus pendant le trajet. Ils marchaient ensemble à pas vif à travers les ruelles de la ville, dans des quartiers peu familiers par Koshy, très éloignés du centre.
« Depuis combien de temps connaissez-vous Fulane ? »
« Une semaine » répondit simplement l’homme.
« Pourquoi n’est-il pas venu en personne ? »
« Vous n’avez qu’à lui demander ! »
Koshy n’aimait pas trop cet homme. Ils marchaient encore trente minutes jusqu’à arriver à un hameau en bordure de la ville. À l’extérieur de la muraille. L’homme pointa du doigt une auberge. Koshy dit au revoir à l’homme et pressa le pas pour trouver son ami.
L’auberge était presque vide, la déco était très simpliste. Il n’y a pas de mal à trouver Fulane assis près d’un mur. Koshy le rejoignit.
« Salut !! » s’exclama-t-il. « J’ai du mal à y croire ! »
Fulane avait un drôle d’air, plus profond et évasif que d’habitude.
« Salut » dit-il sobrement.
« Que fais-tu ici ? Et comment es-tu venu ? »
« J’ai mes ressources » fit-il, laissant planer le mystère.
« Aha... et c’est qui ce type ?? »
« Je l’ai payé pour venir te chercher, c’est un peu compliqué. Je t’expliquerai en route. »
« En route... en route vers où ? »
« Je pense pouvoir retrouver Seram. »
Koshy leva les sourcils, et puis se leva lui-même.
« Je vais chercher des verres, tu vas me raconter tout ça. »
Les jours passaient maintenant au même rythme que les nuits. Elle avait entièrement changé son cycle du sommeil pour ne plus être surprise par un de ces animaux étranges. Ils la suivaient depuis plusieurs jours, attendant qu’elle se fatigue pour l’attaquer en même temps.
Qu’est-ce qui leur prend de s’acharner sur moi !
Il y avait plein d’autres animaux à chasser dans la forêt !
Avant son départ, il était venu s’asseoir au bar où il avait embrassé Bel pour la première fois. Il y avait toujours des jeunes dans ce bar, plus âgé que lui pour la plupart. Il commença à boire seul. Il n’y avait pas beaucoup de monde à cette heure-ci, la plupart des gens travaillaient encore. Personne ne lui prêtait attention. Bel devrait normalement le rejoindre à un moment donné. Il attendit. Longtemps. Jusqu’à ce que les dernières pièces qu’elle lui avait données furent consommées. Il attendit encore, un vieil homme commençait à lui raconter l’histoire de sa vie. La perspective de lui ressembler un jour effrayait Koshy. Il se mit à boire plus vite. Elle ne vint pas. Une amie qu’il s’était fait en errant solitairement dans la ville le rejoint au bar. Elle lui paya son dernier verre.
Fulane et Koshy, de retour à l’auberge.
« C’était pas trop dur de dire à nouveau au revoir ? » demanda Fulane.
« Il était temps que je bouge, je ne crois pas que la ville est faite pour moi »
Pour changer de sujet, il enchaina : « Alors, c’est quoi ton plan ? Déjà, comment on fait pour se déplacer ? »
« J’ai une voiture, planqué dans la forêt. »
Cela suprit Koshy. « Vraiment ? D’où elle sort ta voiture ? »
« Un cadeau de ma mère. »
Koshy regarda Fulane d’un air dubitatif.
« Ta mère, mais quelle mère ? Je ne comprends pas, je croyais que tu ne le connaissais pas ? »
Fulane n’était pas pressé de répondre à cette question.
« Ne trainons pas, je commence à perdre sa position. »
Encore une phrase énigmatique.
Koshy, contrarié pas les non-réponses de son ami, il arrêta de poser des questions pendant qu’ils marchèrent en direction de leur voiture.
Quelques heures plus tard.
Ils volaient dans le ciel, au-dessus des arbres. Koshy retente de poser des questions.
« Alors, comment tu sais où est Serame ? »
« Je peux voir des endroits éloignés avec le plasma. »
« Vraiment ? » dit Koshy, impressionné. « J'ai entendu dire que c'était un talent très rare ! Peux-tu la voir maintenant ? »
« J'ai besoin de me concentrer pour pouvoir le faire. Et je ne peux certainement pas conduire en même temps ! »
« Alors, tu es sûr qu'on va dans la bonne direction ? »
« Approximativement. »
« Tu veux que je conduise ? »
« D'accord, peut-être plus tard. »
Plus tard.
Koshy conduisait.
« Alors, t'as trouvé quelque chose ? »
Dans l'esprit de Fulane, la voix de Koshy était très lointaine. Presque imperceptible.
Il lui a fallu un certain temps pour revenir à la voiture.
« T'as dit quelque chose ? »
« Oui, mais c'était il y a environ cinq minutes ! »
« Désolé, j'étais concentré sur la recherche de notre amie », dit Fulane, frustré, « C'est vraiment difficile à faire en voyageant, la connexion n'est pas toujours bonne. »
« D'accord, alors tu l'as trouvée ? »
« Non, il y a une zone vide devant. Je ne pouvais pas voir après, Serame doit être soit à l'intérieur, soit après. »
« Très bien, traversons la zone vide ! »
« Les voitures ne peuvent pas traverser les zones vides, ça nécessite une grande quantité de plasma pour supporter le poids du véhicule. »
Koshy se sentait vraiment stupide depuis le retour de Fulane.
« Alors, on fait le tour ! »
« Oui. »
Et Koshy tourna vers le nord. Il y avait une chaîne de montagnes au loin, qui semblait être la frontière de la zone morte.
Serame est exténuée de la poursuite des chasseurs. Elle est allongée au bord d’un lac, respirant fortement. Ses habits, encore plus troués, sèchent sur une branche. Ses cheveux sont ébouriffés et emmêlés.
Cela faisait plus d'un mois qu'elle était perdue dans la jungle.
Au même moment.
La voiture descendit doucement du sommet des arbres pour survoler statiquement la surface de l’eau, qui remuait dans tous les sens sous l’effet du jet de plasma.
Quelle fut sa surprise de voir ce vaisseau apparaitre de nulle part. Par instinct, elle fit apparaître d’impressionnantes lames des airs, prête à les jeter en direction de la voiture.
Koshy prit peur à la vue de cette impressionnante démonstration de force. Il se mit debout sur le vaisseau et cria :
« SERAAMM !! C’est nous !! »
Quand le son arriva à ses oreilles par-dessus le vrombissement du moteur en se répercutant à la surface de l’eau, elle baissa sa garde, les lames tombèrent.
Par excès d’enthousiasme, elle courut dans l’eau en faisant des bons impressionnants sur une plage rocailleuse et fit un saut puissant pour atterrir dans la voiture qui le fit presque chavirer.
De stupeur, Koshy et Fulane restèrent figés. Elle les prit tous deux dans les bras et les serra comme jamais.
« Sortez-moi de cet endroit infernal, je vous en supplie ! » dit-elle, le ton fatigué et plein d’émotion.
Après ce petit moment de tendresse amicale, Koshy fit remonter la voiture pour aller l’atterrir sur une plaine quelques kilomètres plus loin pour y passer la nuit.
Le soir.
Ils dinaient quelques réserves que Fulane avait prévues et celui-ci leur annonça la bonne nouvelle.
« On va manquer de plasma pour continuer à utiliser la voiture. »
Serame le regarda, inquiet.
« Et Seram, je pense avoir trouvé ton village. Ce n’est pas loin d’ici. »
Elle écarquilla les yeux, ses sourcils fins se levèrent.
« Je veux retrouver mon village, vous voulez bien m’accompagner ? »
« Comment fera-t-on pour revenir en arrière ? » demanda Koshy, un peu brusquement.
« Je peux essayer de recréer du carburant, mais ça me prendrait pas mal de temps »
Koshy secoua la tête, perplexe et un peu exaspéré.
« Alors, si tu peux recréer du carburant, tout va bien ! Allons-y ! »
« Tu es sûr ? »
« Tant qu’on a Fulane avec nous, j’ai l’impression qu’on a réponse à tout, alors pas d’inquiétude ! »
« Ça me dépasse aussi, tu sais » dit Fulane.
« Ensemble, on est invincible » dit Serame en baisant Fulane sur la joue.
Ils dormirent ensemble ce soir-là.
Deux jours plus tard.
Enfin en panne, ils garèrent la voiture au pied d'un arbre. Ils firent le tri dans leurs ressources et s’enfoncèrent dans la forêt avec Fulane comme boussole.
La forêt et Seram
Dans la forêt épuisante, ils marchaient depuis plusieurs jours. L’odeur des parfums amers qui émanaient de certaines fleurs leur fatiguait le cerveau. Les pensées se mélangeaient et rendaient leurs marches bancales et maladroites. La plus résistante d’entre eux, Seram, avait tout de même le regard un peu livide. Quelques gros insectes leur bloquaient la voie à plusieurs reprises. Elle les tranchait en deux avec sa fine lame, par amusement plus que par nécessité.
Koshy se posait des questions.
Combien de temps encore allaient-ils devoir marcher avant de trouver une zone habitée ? Marchaient-ils seulement dans la bonne direction ? Le soleil retombait lentement à nouveau, il leur faudrait trouver un nouvel abri pour la nuit.
Trois jours plus tard.
Serame se plaignait souvent. Fulane ne répondait plus aux questions et il ne dormait plus, personne ne comprend. Koshy avait bien préservé ses forces.
Soudain, une douleur audiblement douloureuse se fit sentir par Seram. Puis une deuxième. Koshy voit seulement une ombre filer à toute vitesse la lacérant profondément. Il pense au départ à des flèches. Il comprend vite que c’est autre chose. Seram, affolée et énervée, déclenche ses capacités. Des lames apparaissent et elle les agite aléatoirement autour d’elle, espérant toucher les créatures. Il en arrive de plus en plus, ils se faufilent à travers les lames. Serame commence à saigner abondamment.
Mais Fulane restait immobile alors que les lames de Serame ne faisaient aucun effet contre ses agiles rapaces. Koshy se sentait désarmé par la situation. Il restait scotché à l’arbre, observant ou plutôt tentant de décrypter les mouvements de l’ennemie. Ses yeux suivaient les raies noires qui fendaient l’air et sciaient le corps de Seram. Fulane pas loin derrière n’était pas attaqué. Ils le frôlaient parfois sans même le toucher.
Koshy regardait Seram. Elle était rouge de fureur et des jets de sang impressionnant partaient d’elle pour jaillir le long des raies. Une des rares fois où Koshy avait peur pour son amie.
Sa méthode n’était pas efficace, elle était trop lente pour ces choses.
« Fulane ! », cria Koshy, « Fulane, Fulane !! »
Koshy ne savait pas s’il pouvait faire quelque chose, mais il se disait qu’il devrait surement comprendre la situation.
Koshy sauta sur Fulane, une des bestioles le frôla de près, il le sentit lui passer dans les cheveux.
Il attrapa Fulane par la tête et lui cria encore à la figure : « Fulane ! »
Celui-ci le regardait béatement du regard.
Et puis, quelques instants plus tard, il revint à lui.
« Koshy ? Désolé j’étais perdu dans mes ... pensées. »
« Ouvre les yeux Fulane, Serame est en train de se faire dévorer !! »
Surpris, il regarda autour de lui et vit Serame qui se débattait vigoureusement avec des ennemies à peine visibles. Quelques cadavres de ses bestioles étaient posés autour d’elle.
Fulane, l’air sévère, ferma les yeux. Un nuage de poussière apparu ensuite autour d’eux.
« Qu’est-ce que ?? » balbutie Koshy.
Le nuage se déplaça pour entourer Serame et celle-ci arrêta de se débattre. Ses lames tombèrent au sol en même temps que les oiseaux.
Le nuage se désépaissit et Fulane ouvrit les yeux.
Serame fixa celui-ci avec un air affolé qui se transforma progressivement en un regard foudroyant.
« C’est maintenant que tu te réveilles ?! »
Des épaisses gouttes de sang coulaient le long de ses bras.
Deux jours plus tard.
Perdu au beau milieu de nulle part, Koshy s’était fait semer par les autres membres du groupe. Sa route fut subitement bloquée par un énorme mur de pierre qu’il ne s’attendait certainement pas à croiser ici. Il en fit le tour et trouva une épaisse porte encore intacte et ouverte. Il entra. Une salle voutée, avec quelques éclaircissements par des pans du mur endommagés. De la mousse sur le sol qui laissait deviner des anciennes dalles d’un demi-mètre de côté. Il avança, scrutant les salles, les unes après les autres. Il trouva un escalier en pierre montant. Il le prit, celui-ci l’emmena au-dessus des toits. Il découvrit un point d’observation très singulier, au-dessus des arbres.
Il s’assit et contempla la vue.
« Fulane finira bien par me retrouver » se dit-il avec un petit rictus.
À suivre...
Tome 2 - Les entrailles de la lune
Manela
Koshy buvait l’eau de la rivière. Le corps sale et les vêtements usés. L’eau étincelait avec les premières lueurs du jour, la mousse sous ses pieds lui rappelait la fourrure chaude posée devant le lit de Bel. Ses pieds étaient blanc comme la pierre. Les arbres étaient silencieux. Les oiseaux étaient les seuls maitres du son. Il se tint droit, l’ouïe affinée. Il écouta. Il entendit des croassements.
- Crooouuh Croouuuh... croouuuUUUAAAH !
Des petits cris provenant d’un peu plus loin. Il vit des petits broals rouges, une espèce aquatique. Elles le fuirent à son approche. Il les suivit pendant qu’ils se déplaçaient furtivement sur la surface des pierres. Il se retrouva subitement à monter un drôle d’escalier en pierre qui était étonnamment bien agencé. Il continua de grimper jusqu’à son sommet. On entendait un bruit d’eau qui coule un peu plus bas. Arrivé au sommet, il se pencha doucement pour voir qu’il y avait un dénivelé glissant juste après. Le recula prudemment, afin d’éviter toute maladresse. La forêt choisie ce moment pour se réveiller, on entendait le bruit des feuilles qui se frottaient les unes aux autres. Une petite bourrasque du vent l’obligea à déplacer brusquement la position de son pied qui le fit tomber à la renverse sur un terrain glissant. Les feuilles humides et la pente le firent descendre la côte de plus en plus rapidement.
- AAAAAaahhaAAAh ! criait-il. En vain.
Il essayait de stopper sa chute avec ses mains. Mais la surface était beaucoup trop lisse. Après avoir parcouru une trentaine de mètres, il ne glissait subitement plus, il volait. Vers le bas. Il vit un bassin d’eau en-dessous de lui, qui se rapprochait dangereusement.
Splashhh.
Dans l’eau. Il ne pouvait pas respirer. Il voyait la lumière au-dessus de lui. Il nageait très mal. Remuant les bras et les jambes dans toutes les directions. Après beaucoup d’effort, il rejoint la surface momentanément. Respira à grande bouffée d’air. Il entendit quelqu’un ricaner au loin. Ces mouvements maladroits ne lui permettaient pas de rester à la surface de l’eau très longtemps. Il coula à nouveau. Quand il sortit à nouveau la tête de l’eau une main l’aidait à rejoindre un rocher qui lui permettrait de grimper sur la terre ferme. Il respira lourdement sur le dos, le corps trempé. Fulane était assis à côté de lui. Le sourire aux lèvres.
- Eh ben, qu’est-ce qu’il t’a pris Koshy ? T’as fait un sacré plongeons là !
Quelques jours plus tard, leur long périple sauvage aboutissait enfin.
Ils arrivèrent à proximité du village natal de Serame. Celle-ci reconnue la forêt. On devinait au loin, derrière les arbres, un pied de falaise avec des grottes qui avait l’air bien aménagés. Cela devait être leurs habitations.
Serame leur avait raconté le peu dont elle se souvenait. Elle avait grandi dans la tribu Sarlo, peuple indépendant et isolée des deux empires. Son père, avait été tué par Solora dans un match à mort, une coutume qui permettait de préserver la force de la tribu et élisait leur représentant. Et Serame avait été banni par peur qu'elle n'amène un mouvement de vengeance dans la communauté.
Son retour risquait de ne pas être apprécié si jamais elle se faisait reconnaître.
Ils marchèrent en direction de la falaise.
Ils pouvaient admirer la finesse des tailleurs de pierre de Sarlo. Les entrées étaient couvertes d'ornements en relief. Il y avait des entrées à plusieurs niveaux avec des escaliers en pierre pour les rejoindre.
Ils croisèrent des habitants et ceux-ci les dévisagèrent longuement tout en traçant leur route.
Leurs vêtements étaient légers, peut-être qu'ils ne subissaient pas autant le froid ? Des couleurs vives décoraient les tissus ce qui mettaient en avant leurs chevelures souvent longues et tressées.
L’accueil d’étrangers n'était pas une coutume chez les Sarlos.
Serame ne pouvait pas communiquer avec les gens et cela allait compliquer leur recherche. Heureusement, les habitants ne se montraient pas agressifs. Ils s'arrêtèrent non loin d'une entrée et faisaient en sorte de faire semblant d'être à leur place. Serame était aux aguets et Fulane était un peu plus présent que d'habitude.
- À quoi ressemble ta mère, Serame ? Je peux peut-être la retrouver, dit Fulane.
Serame décrit ce dont elle se souvenait de son visage.
Fulane dessina son visage dans l’espace et en couleur, impressionnant ses amis et 2 sarloties qui regardaient de loin.
L’image se clarifia au fûr et à mesure des descriptions jusqu’à ce qu’une image très réelle de son visage apparue dans l’air. Serame l’a reconnue. Fulane leur indiqua la direction, c’était une des grottes.
Serame pris les devants et avança vers une des grottes. Koshy remarqua que des regards s'étaient portés vers elle.
Ils marchèrent dans un tunnel bien aménagé et éclairé par quelques bougies. Personne ne semblait motivé à les empêcher d’avancer. Fulane les guidaient. Ils bifurquèrent sur la droite.
Les murs étaient lisses et droits et par endroit des sculptures décoraient la paroi.
En s’enfonçant, ils croisèrent des habitants qui s’arrêtaient à leur rencontre et leur disaient quelques mots qu’ils ne comprenaient évidemment pas.
- C’est encore un peu plus loin, annonça Fulane.
Le couloir tourna vers la droite, ils se retrouvèrent dans une chambre faiblement éclairée par des puits de lumière naturelle creusés dans la roche.
Une femme était allongée sur un lit. Elle s’appelait Fiona.
L’arrivée des intrus la fit quitter son somme. Elle se réveilla doucement et ouvrit les yeux. Elle regarda avec étonnement les visages des étrangers.
Elle dit alors quelques mots dans le langage local.
Serame avait gardé quelques notions. Certains mots lui revenaient.
- Manela ?
Il était difficile de voir l’expression du visage de la femme dans l’obscurité. Celle-ci pris un objet sur la table de chevet et le mit dans un moule en pierre
Pris une pierre de la taille d’un poing dans sa main et le frappa contre le moule. Des étincelles jaillirent et une flamme apparue.
Une lumière tamisée éclaira la pièce. On pouvait voir les yeux de Fiona, scruter le visage de Serame avec attention.
Des larmes se mirent à couler le long de ses joues. Elle se mit à respirer fortement.
- Serama ? souffla-t-elle.
Elle lui prit la main, l’approcha de la source de lumière pour l’observer.
Fiona lui posa des questions en langue de Niames que Serame peinat à décrypter.
Pendant ce temps, Fulane analysait la discussion et le langage. Il captait aussi en parallèle des phrases dites par d’autres membres de la tribu et essayait de comprendre la logique de la grammaire.
Ils restèrent longtemps dans la chambre. Fiona se demande quoi faire pour la suite. Elle est inquiète, car la présence de sa fille les mettaient en danger tous les 2.
Fiona cache les cheveux roux et identifiant de sa fille sous une toile pour cacher son identité.
Serame se laisse faire. Quelque chose au fond d'elle apprécie de se faire manipuler par sa mère. Un sentiment d’affection qu’elle n’a pas trouvé avec d’autres personnes.
Fiona leur demande de les suivre à travers les ruelles jusqu’à une sortie des galleries qui donne sur un petit amphithéâtre avec une cheminée centrale qui servait à faire des grillades.
Elle leur demanda d’attendre ici.
Ils étaient affamés, cela devait se voir dans leurs yeux.
La cheminée était allumée. Serame regarda avec un air pensif les braises du feu.
- Tu te sens comment ? demanda Koshy.
- Mmmh... dit-elle. - Je ne sais pas trop ce qu’il se passe. Dans mes souvenirs ma mère ne ressemblait pas beaucoup à cette femme. Ça fait tellement longtemps.
Une larme tombe de son œil gauche.
- Mais je crois reconnaître un peu ses yeux.
À côté d’eux, Fulane sortit de ses propres songes perpetuels et dit :
- J’ai pris le temps d’écouter les conversations.
Sa voix monotone qu’il avait en ce moment et le manque de considération pour ses sentiments énerva Serame.
- Je commence à comprendre la langue des tiers et j’ai l’impression que ta présence s’est fait remarquer.
Serame tourna son regard vers Fulane et lança :
- Merci pour ton soutien Fulane, tu peux retourner sur ta planète qui a l’air beaucoup plus intéressante que la vie autour de toi.
Aussitôt dit, elle porta son attention de nouveau sur la cheminée.
Fulane semblait un peu décontenancé par son ardeur.
- Tu saurais dire ce qu’ils nous veulent ? demanda Koshy.
- Ce n’est pas à moi de répondre à cette question, dit simplement Fulane qui retourna en état végétatif. La réaction de Serame semblait l’avoir atteint.
Koshy expira lourdement en examinant les gens aux alentours.
Il y avait du monde qui habitait ici ce qui leur permettait de ne pas être remarqué trop facilement.
Fiona les rejoignit avec des légumes et de la viande à faire griller. Elle posa des tranches sur un grill au-dessus des braises.
Koshy interrompit leurs échanges :
- Il y a des gens qui marchent vers nous !
De nombreux habitants du village s’étaient rassemblés autour de l’air du pic nic, gardant leur distance.
Fiona se leva subitement pour aller dialoguer avec un homme, qui semblait être une personne importante pour les Niames.
Les légumes grillaient et commençaient à sentir le brulé.
- Solora se demande si tu es venu pour le challenger, annonça Fulane.
Une aura imposante émanait de cet homme. Il avait une carrure légère, mais des muscles fermes. Les cheveux bruns et détachés.
Il regardait fixement Serame, en attente d’une action de sa part.
- Ga na meto vine ?? cria-t-il.
Cela jeta un froid dans le dos de Koshy et imposa un silence autour d’eux.
- Que fais-tu ici, traduisit Fulane.
- Manela, répondit Serame.
Elle se leva ensuite et resta debout, à distance, face à cet homme. Elle le reconnaissait très vaguement de son passé.
À une dizaine de mètres l’un de l’autre, ils se posaient des questions similaires.
Est-ce que j’ai envie de le tuer, est-ce qu’il a envie de me tuer.
La mère de Serame était effrayée. Ses jambes tremblotaient.
L’atmosphère resta ainsi tendue, en silence.
Il semblait manquer une étincelle pour qu’une action se passe.
Depuis qu’il avait pris la place du chef, du temps s’était écoulé et Solora n’avait pas la fureur qui l’avait porté au départ.
De par la violence de son action, il avait imposé une grande frayeur à des potentiels rivaux. Mais avec le retour de la fille de Vanare, tout cela pouvait être remis en question. Il allait devoir montrer sa supériorité à cette adolescente pour valider à nouveau sa place de chef au groupe.
Il fit apparaître un géant pic nuageux au-dessus de lui, de 3 mètres de long. Serame à son tour fit apparaître des lames autour d’elle.
Par habitude, aussitôt que les armes apparurent, une grille se construisit devant le public afin de rester à l’abri. Ils ne firent pas l’effort de protéger Fulane et Koshy.
On entendait le public ricaner bêtement en pointant du doigt les petites lames qui planaient sur leur nuage noir au-dessus de la tête de Serame.
Tout ceci s’était passé très vite et la situation était maintenant hors de contrôle de Koshy et Fulane. Toujours assis sur un banc en pierre, Koshy observait avec le même état de perdre de contrôle qu’il avait eu avec les Rastokes.
Enervée par la clameur, elle envoya sans hésiter ses lames en direction de son adversaire.
Les lames traversèrent l’espace qui les séparait comme des flèches et furent stoppés net par un filet généré instantanément par Solora. Il jeta un regard froid et dénué d’empathie à Serame, signe qu’il avait pris lui aussi sa décision. Sa lance fila droit sur elle.
Agile, elle réussit à quitter sa trajectoire à temps, mais de peu. Aussitôt replacé, son regard s’orienta vers son adversaire. Trois autres projectiles, de la même taille que le premier, planaient au-dessus de sa tête.
Caché derrière Serame, il y avait également un petit projectile.
Sans attendre, elle se mise à courir dans sa direction. En peu de temps, elle parcourut la distance qui les séparait.
Tout en avançant, elle fit apparaître autant de lames qu'elle le pouvait autour d'elle, soit neuf, dont une toujours soigneusement installée hors du champ de vision de son adversaire.
Il fit apparaître un large filet de protection devant lui pour se protéger des projectiles.
Elle envoya quatre des projectiles en hauteur au-dessus du filet et fit faire un arc de cercle autour du filet à quatre autres.
Sans hésiter, Solora fit disparaître le filet qu'il avait conçu et envoya ses trois pieux sur Serame, qui n'était dorénavant qu'à quelques mètres.
Il bloqua les pieux avec de nouveaux filets, de manière assez aisée.
De justesse, elle évite les projectiles qui vont se planter à quelques mètres derrière elle.
Solora fit apparaître soudainement un nouveau filet à quelques centimètres de sa tête dans lequel la dernière lame de Serame vint se planter.
Le chef du village prenait maintenant la situation au sérieux. Il fit apparaître un nombre incalculable de javelots autour de lui, avec des tailles et des formes différentes.
Elle regarda, stupéfaite. Elle n'avait pas la capacité de se défendre fasse à cela.
Fulane était concerné par la situation, il était prêt à agir.
Soudain, un nuage sombre et étincelant surgit par dela les arbres pour se poser au-dessus de l'arène.
Les javelots et les grilles tombèrent brusquement. Tout le monde regardait en l'air vers cette étrange entité.
Une nouvelle grille tomba du ciel pour séparer Serame et les deux autres des Sarlotis. Un escalier de plasma apparu près d'eux et montait jusqu'au nuage.
Fulane les incita à monter.
Serame regarde en direction de sa mère, qui s'avança jusqu'à la grille.
Elles se regardèrent. Fiona dit dans sa langue :
- Je suis désolé de t'avoir abandonnée.
Ce à quoi Serame répondu :
- Manela, je reviendrais quand je serai devenue plus forte !
Sa mère la regarda avec un air triste.
Fulane et Koshy montèrent l'escalier qui leur semblait destiné suivi de loin par Serame, que tout le village suivait du regard.
Au sommet du nuage, il y avait un vaisseau, noir, comme ils n'en avaient jamais vu. La surface était lisse et faisait penser aux mures d'un temple.
Une ouverture rectangulaire permettait d'y entrer.
- Tu es sûr qu'on devrait rentrer là-dedans ? demanda Koshy.
- C'est ma mère, répondit Fulane.
Koshy le regarda avec un air de doute.
Les entrailles de la lune
Ils rentrèrent dans une salle assez vide et éclairée sans fenêtres. La lumière émanait des murs.
Dès que Serame les rejoignît, le vaisseau se déplaça et l'ouverture se referma.
Serame se mit aussitôt à explorer les lieux.
- Fulane ! Tu vas nous expliquer ce qu'il se passe ? s'exclama Serame.
- C'est quand même pas toi qui fais ça ?
- Non, bien sûr que non. C'est ma mère, elle est venue nous chercher. Je lui ai dit qu'on était en panne.
Le vaisseau s'arrêta alors et une porte s'ouvrit aussitôt par laquelle Zelute sortie en marchant et s'arrêta pour les observer.
- Bonjour Koshy et Serame, j'ai beaucoup entendu parler de vous.
- Bonjour, dit-il timidement en l'observant. Elle avait de longs cheveux noirs, des habits qui avaient l'air confortables d'un gris sombre qui suivait bien les formes de son corps. Elle était grande et de corpulence moyenne.
Il y avait quelque chose dans son regard qui ne les mettaient pas à l'aise.
- Je suis resté en contact à distance avec Fulane et j'ai pu suivre vos péripéties. Je ne suis pas étonné de l'accueil que les Niames vous ont donné. Ils ne sont pas réputé pour leur hospitalité.
Se remettant de leurs émotions, Koshy et Serame n'avaient pas grand-chose à dire.
- Vous avec sûrement beaucoup de questions, mais je vous propose de commencer par une visite.
Elle les invita à la suivre. Les trois invités furent surpris de voir que les portes s'ouvraient et se fermaient toutes seules à leur passage.
- Vous avez des chambres dans chaque bout du vaisseau. Vous pouvez vous y installer.
Serame et Koshy, les vôtres sont par là, dit-elle en pointant derrière eux.
Ils montèrent ensuite un escalier qui amenait à une autre salle, de nouveau absolument vide.
- Si vous avez besoin de vous assoir, il faut demander à moi ou Fulane de vous rendre le mobilier disponible, mais je vous laisse déjà un meuble ou deux.
Une partie du mur se mit à se déplier comme une plante et une table et une chaise apparurent, dont les côtés étaient encore fusionnés avec la paroi du mur.
Fatigué de sa journée, Serame n'était pas intéressé par la suite de la visite.
- Je vais dans ma chambre, dit-elle.
- Si tu as besoin de moi, tu peux dire Zelute et je t'entendrai.
Koshy angoissa de cette information.
Il suivit les deux êtres spéciaux pour la suite de la visite tandis que Serame les abandonnaient.
Ils arrivèrent ensuite à un cockpit qui permettait de voir l'avant du vaisseau, de nouveau vide.
- Il n'y a personne d'autre ? demanda Koshy par curiosité.
- Je préfère voyager seule, répondit Zelute, visiblement embarrassée par la question.
- Mais cela me fait plaisir d'avoir Fulane et ses amis dans ma maison, dit-elle avec un sourire qui semblait forcé.
Le lendemain, dans sa nouvelle chambre.
Après une longue nuit, d'un sommeil profond, Serame se réveilla en pensant à sa mère qu'elle n'avait pas pu voir longtemps. C'était dur d'accepter qu'elle du partir aussi vite.
Comme c'était le matin et qu'elle n'avait rien mangé depuis les grillades de sa mère, elle se força hors du lit étrangement douillet et inodore pour voir où étaient les autres.
Elle traversa le couloir pour aller voir la chambre de Koshy mais celle-ci était vide. Elle traversa le couloir pour aller voir les autres chambres, mais elles étaient vide aussi.
Elle descendit dans la salle de réunion centrale. Toujours vide. Elle remarqua toutefois qu'une porte s'était ouverte au fond.
Cette porte était ouverte sur l'extérieur et donnait sur l'arrière du vaisseau.
Dehors, Koshy l'attendait, assit sur une table en matière noire, qui détonnaient avec le paysage ambiant. Il faisait un grand soleil et ils étaient posés en haut d'une colline dans une prairie qui donnait sur un massif rocheux.
Devant lui, il y avait un petit déjeuner qui avait l'air gourmand.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? On est où là ?, demanda Serame, désorientée.
Attiré par la nourriture, elle s'assit à la table et commença à se servir en pain et en miel. Elle s'enfonça un premier morceau dans la bouche.
Koshy l'observa faire.
- On est loin au sud de la forêt de Sabilan. Plus loin que n'importe qui d'Exyle n'est jamais allé.
Serame observa le décor. Il y avait une plaine devant eux. Ils étaient un peu en altitude et on devinait une vallée en contrebas.
- Fulane et sa mère sont sorti explorer un temple apparemment.
- Tu n'es pas partie avec eux ?
- Je n'allais pas te laisser toute seul. Mais par contre, je ne pourrais pas te dire où est le temple exactement.
Serame but une gorgée de café.
- Pouah, c'est quoi ça ? s'écria-t-elle en crachant le liquide.
Koshy s'esclaffa.
- Je n'ai pas confiance en Zelute, ajouta-t-elle sérieusement, changeant l'atmosphère. - Je ne sais pas trop dans quoi Fulane se fait embobiner, mais on ne va pas le laisser se faire utiliser. Elle en a peut-être après son pouvoir."
- C'est sa mère, répondit Koshy.
Serame le regarda dans les yeux, l'air sévère.
- Oui, la famille, c'est important pour elle, c'est pour ça que ma mère n'est pas avec nous."
Koshy porta son attention vers un bout de pain qu'il rapprocha de sa bouche.
- Alors, on va voir ce qu'ils manigancent ? Ils sont partis par où ? demanda Serame de manière insistante.
Koshy soupira. Il avait eu assez d'aventures ces dernières semaines, un peu de repos lui faisait du bien.
- Ok, allons-y, dit-il en se levant.
Koshy alla chercher son sac, le rempli avec les provisions du petit déjeuner et ils se mirent en marche en direction de la vallée en contrebas.
La météo était clémente, il y avait un quart de planète au-dessus de leurs têtes.
Ils descendaient la pente, légèrement rocailleuse.
Arrivé en bas de la vallée, ils pouvaient reconnaître les extensions d'une source qui dépassait des arbres et leur orientation permettait de déduire où serait l'entrée du temple.
Après une bonne demi-heure de marche, ils arrivèrent à l'entrée du temple.
Elle était similaire à celle d'Exyle, mais encore plus recouverte de végétation.
On voyait clairement que les deux autres s'étaient frayés un chemin en découpant les arbres et arbustes qui bloquait leur route.
Sans hésiter, ils rentrèrent et traversèrent le temple, sans se perdre.
Ils remarquèrent une petite différence avec les autres temples. Il faisait un petit peu plus sombre ce qui rendait l'espace encore moins accueillant que les autres fois.
- Toujours ces salles vides qui ne servent à rien, marmonna Koshy.
- Tu sais Koshy, on ne serait pas là aujourd'hui si on n'avait pas exploré le temple d'Exyle.
Koshy n'en dit rien. Mais médita sa remarque.
- Tu ne trouves pas que la surface ressemble à celle du vaisseau de Zelute ? dit-il après un certain temps.
- Ouai, c'est vrai, qu'est-ce que ça veut dire ?"
Ils passèrent enfin le couloir qui amenait au trou béant pour retrouver Zelute et Fulane en pleine concentration à un mètre du précipice.
- Tu crois qu'ils peuvent nous entendre ? demanda Koshy.
- Je sais pas.
- Fulane, fils de Fekorne, t'es là ?? demanda Koshy à haute voix.
Le concerné ne réagit pas.
- On dirait bien que non.
Chacun de leur côté, à des vitesses différentes, ils descendaient virtuellement dans les canalisations.
Fulane était moins stressé cette fois-ci et il se précipitait. Il avait une image abstraite de son entourage.
Il ne savait pas où sa mère en était, ce n'était pas évident de communiquer dans cet état.
À pleine vitesse, il arriva à une intersection et s'arrêta net.
Contrairement au monde physique, il pouvait changer de vitesse instantanément.
Sa mère lui avait demandé d'explorer vers le sud ou l'ouest. Mais, il avait perdu tout repère spatial. Alors, d'instinct, il alla à droite. Résolu à aller plus loin que la dernière fois.
Il avançait à l'horizontal à présent. Les tuyaux étaient plus étroits. Il arriva en peu de temps à une autre intersection.
Il choisit de bifurquer, mais il ne savait pas s'il allait vers le centre de la terre ou vers la surface.
C'était angoissant. Mais il avançait quand même à toute vitesse.
La vue de son environnement devenait de moins en moins précise et de plus en plus abstraite. Il ne distinguait presque plus les étincelles créées par le flux de plasma, il voyait seulement que les plus proches qui perdaient en contraste et il ne voyait plus les parois.
Fulane avançait maintenant de manière rectiligne dans une quasi-obscurité.
Après ce qui fut un long moment, il était devenu convaincu qu'il devait se diriger vers la surface. Il avait très envie de se déconnecter de cette vue sans intérêt.
Il avait également cette peur, infondé, de ne pas retrouver son corps.
Soudain, de nulle part, un ciel bleu éblouissant.
Ses yeux physiques se plissèrent d'instinct alors qu'ils étaient fermés.
Il était ressorti quelque part à la surface. Il observa les environs.
Il distingua vaguement des arbres et reconnut derrière lui l'entrée d'un temple. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il l'avait traversé.
L'endroit lui était inconnu.
Il commença à avancer et puis sa vision s'estompa de nouveau le noir absolu.
Dépareillé, il se déconnecta du réseau et ouvrit les yeux. Son cœur battait fort de stress et il transpirait.
Koshy et Serame le regardait avec de grand yeux.
C'était devenu une habitude maintenant, il le regardait comme une créature venue d'ailleurs qu'ils n'arrivaient pas à comprendre.
Koshy lui apporta de l'eau, en gardant ses distances du rebord.
- T'as vu quoi ? demanda-t-il.
- Il y a quoi en bas ? surenchéri Serame, resté quelques mètres derrière eux.
Fulane retrouvait ses esprits.
- On peut sortir ? J'ai besoin de voir la lumière du jour.
Ils l'accompagnèrent jusqu'à la sortie. Sa respiration était haletante.
Arrivé à l'extérieur, Fulane se posa dans l'herbe et pris de profondes inspiration.
Pendant ce temps, les deux autres affrontaient patiemment une intervention.
- Je n'ai pas vu grand-chose
- Mo catal ! jura instinctivement Serame. La seule expression qu'elle connaissait dans sa langue natale.
- Mais, je sais que tous les temples sont reliés. Je suis allé au centre du monde et je suis ressorti ailleurs. Mais une fois arrivé là-bas, je ne voyais presque plus rien. C'est la limite de mes capacités.
- Et tu es sorti où ? demanda Koshy.
- Je ne sais pas, j'ai perdu tout repère.
- Où est Zelute ?
Il venait juste de se rendre compte de son absence.
- Elle est partie il y a un moment déjà, elle est retourné au vaisseau.
- D'accord, allons-y, j'ai pleins de questions à lui poser.
Retour à la maison
- Et nous revoilà à Exyle ! déclara Frody, en mettant le premier pied dans le village, il venait de la source, via un nouveau sentier qui la reliait à Exyle.
- Ça a bien changé, on se croirait dans un quartier de Larosia, ajouta Mike. Il mentionnait un quartier de la capitale, habité par des personnes fortuné.
- Je préférais avant.
- Tu penses qu'ils ont encore cette fameuse taverne ?
- J'espère bien Frody, j'ai très soif là.
- C'est un bien bon spot pour discuter avec des locaux. Il faut qu'on se trouve un moyen d'aller à Restole, je suis sûr qu'il y a des marchands qui vont régulièrement par là-bas.
Après des bons moments d'isolation, Serame avait retrouvé du poil de la bête, et ne comptait plus se faire balader éternellement par cette famille étrangement soudée.
Elle se dirige vers la salle de réunion pour retrouver Fulane et Koshy.
Une mouche l'avait piqué ce matin.
- C'est quoi le plan Fulane ? Tu vas rester avec ta mère pour explorer toute la lune ? Nous, on aimerait bien rentrer à Restole, là maintenant, retrouver la famille !
Serame pensait surtout à Myrte, dont elle aimerait recevoir la sagesse actuellement.
Fulane ne répondit pas tout de suite, il avait retrouvé son comportement rêveur et robotique. Il passait son temps à réfléchir au mystère des sources depuis son exploration. Le virus de sa mère semblait s'être bien introduit dans son système. En revanche, prendre du recul sur cette situation qui le dépassait pourrait lui faire du bien.
- Rentrons à Restole, je vais en parler à ma mère, répondit finalement Fulane.
La réflexion qui l'avait mené à sortir ses mots resta caché dans son esprit.
- Il est de plus en plus étrange... dit Koshy, une fois que Fulane était sorti de la pièce.
- Moi je n'y comprends rien, l'important, c'est qu'on rentre chez nous !
Fulane réapparu peu de temps après, suivi de Zelute.
- Mon fils m'a dit que vous vouliez rentrer à Restole ?
- Oui
- Je pourrais vous poser à proximité, comme il y a beaucoup de rondes, je ne voudrais pas être repérée.
Pendant qu'elle parlait, le vaisseau se mis à décoller, comme s'ils exécutaient ses paroles.
- Merci !! s'exclama Koshy, excité.
Il avait tellement hâte de revoir sa mère et retrouver l'ambiance du village. Cela faisait maintenant 15 mois qu'ils étaient partis d'Exyle.
<?-- Ici on parle de Frody et Grabe car Mike est trop facilement identifiable. -->
Les 2 hommes avait trouvé à se loger dans une maison qui n'avait pas encore trouvé repreneur. Elle était planquée derrière la falaise. Cela leur convenait bien.
Elle commençait à être un peu insalubre, l'humidité avait trouvé sa place dans les recoins et les insectes se sentaient chez eux.
- B'jour ! dit Mike, assit dans la salle principale. - B'jouuuur - répéta-t-il. - "B'Joouuuuuer"
- Nan ça vient plus du fond de la gorge. B'jouuur. Tu vois ?
- B'jouuuur.
- Oui, c'est mieux !
Ils jouaient à imiter l'accent de Restole, pensant qu'ils attireraient moins l'attention avec un accent plus familier.
Un matin, à Restole.
Le village était aussi paisible que d'habitude. Les conflits qui avaient eu lieu non loin ne l'avait pas atteint, à l'exception de tour de gardes, construites en haut des collines, ce qui changeait tout de même le paysage.
De nombreuses nouvelles maisons avaient étaient construites, doublant ainsi la taille du village.
Des stands se montaient au sud du village. Des vendeurs préparaient leur tables, montaient des tentes en prévision de la pluie et installaient leurs articles avec adresse.
C'était le jour du marché. I était à l'origine à destination des Exiliens mais leurs remplaçants venaient encore plus souvent. Les moyens de locomotions de Raoule facilitaient les déplacements.
L'ambiance était chaleureuse.
Gérale ne participait pas au commerce. Il restait à distance et observait de loin. Depuis son arrivé, il était resté discret de peur d'être arrêté pour desertage.
Son frère aimait faire le vendeur, il négociait les peaux de mouton avec passion.
Une première voiture arriva par le chemin qui reliait les 2 villages.
Des enfants attendaient près de la sortie des bois et criaient quand une voiture sortait de la forêt, émerveillé par la vitesse des machines. Ce qui surprenait ceux qui faisaient le trajet pour la première fois.
Une fois une voiture passée, ils se jetaient dans la limaille résiduelle ce qui produisait des nuages de poussières.
D'autres voitures, plus grandes, passaient au-dessus de la forêt pour éviter d'être coincé par la végétation.
Elle se garèrent près du marché.
Gérale reconnu une voiture qui sortait tout juste des bois. Il sorti de sa cachette et alla aussitôt à la rencontre des occupants.
<?-- Il manque un bout ici ? -->
Au l'autre bout du marché, au même instant.
Frody et Grab s'étaient dispersés. Il n'y avait pas une quantité astronomique de stands, mais il y avait du choix. Les céréales composaient l'essentiel des stands, mais il y avait aussi de la viande, du poisson, des tissus et fourrures et même un stand de jouet.
Grab se positionna au stand de viande, il raffolait du steak de loutre palmée pendant que Frody regardait les jeux en bois pour enfants tout en scrutant les villageois. Il tournait la tête quand il reconnaissait un ancien habitant d'Exyle. Il s'intéressa à une voiture en bois, un objet nouveau dans cette communauté. Elle avait une forme singulière, preuve que le créateur n'avait pas beaucoup observé ces véhicules de près. Il posait sur 6 pieds contrairement aux quatre pieds habituels. Il y avait un mécanisme qui permettait de coincer les pieds pour que la voiture puisse prendre son envol.
Il leva le nez et cru reconnaître un adolescent qu'il avait déjà vu à Exyle. Il le suivit du regard, l'observa rejoindre un ami et reconnu tout de suite Gérale, positionné en haut du marché.
Tandis que Kristian et Grule suivaient Gérale qui s'enfonçait dans le village, une voix se fit entendre derrière.
- Gérale !
Il s'immobilisa subitement et fut pris de frissons. Il reconnut cette voix immédiatement. Il se retourna lentement.
Krys et Grule furent surpris de revoir ces soldats ici, ils ne les avaient pas vu depuis Exyle.
- Frody ? Que fais-tu ici ?
Frody remarque la méfiance qui transparaissait de son ton.
- L'air de Sabilan nous manquait !
- Et on a une mission qui nous a amené ici, compléta Grab qui venait de les rejoindre furtivement, sa voix était rauque et sérieuse.
Ils ne sont pas au courant que j'ai déserté ?
Il était envisageable que son covoitureur fou n'ait pas survécu la bataille.
- On est content de voir que tu as survécu l'assaut de la source d'Exyle ! Comme tu n'apparaissais pas dans le registre, on s'est inquiété !
Il fit un clin d'oeil. Gérale se raidit.
- Ne t'inquiètes pas Gérale, on n'est pas là pour toi, l'empire à d'autres chats à fouetter que de réprimander des déserteurs.
- Je pense que j'ai assez donné pour l'empire, dit Gérale, l'air sombre.
- Je suis surtout rassuré de te voir en vie. Buvons à cela ! Et racontes nous ton histoire !
- J'ai du Landra chez moi, asseyez-vous, je vous amène ça, dit-il en pointant du doigt une table en pierre. - Krystyan, Grule, ça c'est les hommes dont je vous parlais, ajouta-t-il pour faire les présentations succinctement.
L'après-midi fut bien arrosée, la méfiance de départ s'effaça pendant la soirée et Gérale fut finalement agréablement surpris de revoir ses étranges camarades. Les mercenaires purent également rencontrer la famille de Gérale avec lesquels ils eurent des échanges cordiaux.
La journée se transforma en soirée et Frody posait des questions.
- Gérale, je ne vois pas tes amis dont tu me parlais tant, ils vont bien ?
Sous entendu, ils sont encore en vie.
Gérale fronça les sourcils, la joie subitement disparue.
- Je n'en sais rien. Koshy et Fulane sont parties à la recherche de Serame, il y a... ça fait combien de temps Krystyan ?
- Euh... ça doit faire deux mois maintenant.
- Ils vont revenir bientôt, j'en suis sûr, de ce que tu m'as raconté, ils sont coriaces ceux-là !
- Surtout Serame ! dit Grule.
Gérale et Krystyan rigolèrent, ils se souvenaient de leur première fois à Restole.
Après quelques derniers échanges, les 2 soldats furent prêt à rentrer chez eux.
Leur retour fut chaotique, ils peinaient à faire avancer leur voiture.
La famille Daris ria allègrement en les regardant partir.
Les aller-retours de Mercenaires furent réguliers, avec toujours l'excuse du marché. Il fallait croire que la nourriture de l'empire n'était pas à leur goût. Gérale avait tendance à les éviter, voir à éviter entièrement d'aller au marché.
Ils remarquèrent l'apparition soudaine des amis de Gérale.
C'était un après-midi et ils restèrent dans leur logis pour en discuter sereinement.
- J'ai demandé autour de moi, il y a pas eu d'arrivages récemment. Comment tu penses qu'ils sont arrivés jusqu'ici ? demanda Grabe.
- En voiture ?
- D'où ils auraient le pognon pour ça ?
- Ils sont pleins de ressources ces gamins.
- Il va falloir y aller un peu plus souvent si on ne veut pas louper leur départ...
- Je suis bien d'accord. Je t'ai parlé de ma passion pour la chasse ? C'est la saison des Ylystes en ce moment !
L'Ylyste est un oiseau qui pèse une vingtaine de kilo, qui vit essentiellement dans les arbres et ne peut pas voler très loin du fait de sa corpulence. Les plumes sont particulièrement chatoyantes.
Grabe esquisa un sourire. Il adorait chasser l'Ylyste.
- T'es le roi des bonnes idées, toi !
<?-- Un moment de tranquilité -->
<?-- Fulane essaye de voler ! -->
<?-- Serame observe les mercenaires en train de chasser ? -->
<?-- Le nouveau départ -->
L'exploration continue
Koshy, Fulane et Serame remonte non sans apprehension dans le vaisseau de Zelute.
Fulane fronçait les sourcils.
Il était resté déconnecté pendant des mois. La sensation de contrôle que lui apportait de nouveau la connexion le perturbait. Il essayait de ne pas de laisser absorber par toutes les possibilités qu'offrait le plasma. I
Les trois amis retrouvèrent leurs habitudes dans le vaisseau. Ils s'assirent dans la salle de réunion sur des chaises fraichement dépliées par le pouvoir de Fulane.
Zelute les attendaient assises sur un grand fauteuil qui avait l'air confortable malgré sa matière austère. Elle avai sa tenue habituelle : des habits simples, proche du corps, noir.
Un léger haut le cœur leur fit comprendre qu'ils venaient de décoller.
- Bienvenue ! dit Zelute, avec le sourire, vraisemblablement heureuse de les revoir.
- Salut ! dirent Koshy et Serame en coeur.
- Salut Zelute, dit Fulane, il n'osait pas l'appeler "Maman".
Zelute les observa un instant.
- Asseyez-vous !
Des cafés chauds étaient posés sur une table.
Serame fit la grimace en reconnaissant l'odeur du café.
- Je suis heureuse de vous revoir ici tous les trois ! Ma vie est très solitaire quand vous n'êtes pas là.
Elle but une gorgée.
- Est-ce que vous êtes prêt à nous accompagner sur la quête des mystères de la lune.
Koshy et Serame se regardèrent.
- On veut bien accompagner Fulane mais on a quelques questions, répondit Serame.
- D'accord, dit Zelute, dubitative.
- Pourquoi est-ce que Vézoule vous cherche ?
- Koshy a vu des affiches vous mentionnant à Raoule.
Zelute baissa les yeux.
- J'ai fait des erreurs par le passé. Grandir avec des capacités comme les miennes n'est pas simple. J'étais curieuse de voir ce que je pouvais faire. À 16 ans, je me donne comme objectif d'atteindre Nesse. Je construis, à l'aide du plasma, une tour qui me permettrait de l'atteindre. Mais en prenant tout le plasma environnant, il n'y en avait plus de disponible pour le reste des habitants. Cela a généré de nombreux accidents, on ne se rend pas compte à quel point les capitales dépendent de cette force : les voitures, les vaisseaux, les hôpitaux. La royauté a pris peur, j'ai dû quitter la ville pour ne pas me faire enfermer.
Elle but une gorgée de café tandis que les trois autres l'écoutait attentivement.
- Depuis, je voyage ! Vous ne pouvez pas imaginer la quantité de territoire inhabitée.
- Wow, je ne savais pas, interragit Fulane.
Et pourquoi tu as abandonné Fulane ? pensa très fort Serame, mais elle n'osa pas le dire à haute voix.
- C'est la tour que l'on voit dans toute la ville ? s'exclama Fulane.
- Oui
- Je crois que j'en ai entendu parler, dit Koshy.
- Bon, assez parlé de moi, dit-elle en posant sa tasse de café. - Je pense que la prochaine destination devrait vous plaire.
Les yeux des adolescents se rivèrent sur elle, attendant la suite. Ces trois mois de calme au village avaient réanimé leur soif de voyage. La curiosité de Koshy était à son apogée.
- On va à la mer ?
- Haha, bien deviné !
Le sourire leur monta aux lèvres.
- On arrive quand ? demanda Serame.
- Demain matin, d'ici là, reposez-vous bien !
Elle sortit de la salle sur ces mots.
Le lendemain matin.
Un paysage désertique les attendait en sortant du vaisseau. Ils avaient atteint le continent du sud dont ils ne soupçonnaient pas l’existence. Une chaleur suffocante leur frappa le visage. La terre sèche reflétait la lumière et les éblouissait.
Koshy et Serame, les premiers sortis, commencèrent à marcher dans le sable chaud parsemé de coquillages. Il y avait devant eux, une dune et derrière eux, une étendue de sable puis de terre rocailleuse qui amenaient plus loin sur des massifs.
Ils se mirent à gravir la petite dune. À ce moment-là les Dégeyster sortirent du vaisseau en même temps.
/- ... les dernières bouches de sorti ont les mêmes latitudes et ont une distance à peu près équivalente entre elles. S’il y en a une ici, on peut supposer que l’entrée se trouvera dans une des bouches centrales, dit Zelute.
Fulane hocha la tête.
Zelute bondit subitement par-dessus la dune pour arriver quelques mètres devant koshy.
Celui-ci ayant stoppé sa marche et admirait le paysage. De longues traînées blanches avançaient vers lui provenant d’un horizon de bleu grimpant le sable lisse et mouillé pour arriver presque aussi loin que ces pieds.
La frontière entre la terre et la mer s’étendait hors de vue à droite et à gauche de lui.
Sans crier gare, la mère de Fulane s’enfonça dans la mer, l’eau se dégageant autour d'elle avant qu’elle n’entre en contact avec elle, délimitant au fur et à mesure de son entrée une sphère invisible qui l’englobait. En quelques secondes la mer l’avala tout entier.
Fulane avait observé la technique du haut de la dune juste derrière Koshy et Serame qui s’étaient assis l’un à côté de l’autre pour admirer la vue. Il rejoignit la mer pour la suivre.
La technique n’était pas difficile à reproduire, l’expérience, en revanche, était intense. Il s’apprêtait à plonger dans le monde marin sans prévenir, un monde dont il n’avait aucune connaissance.
Son pas se posa sur le sable humide et l’eau s’écarta à son passage, sans éclaboussure. Il avança, tranquillement.
La mer lui arrivait maintenant au niveau des genoux, les vagues se dispersaient de part et d’autres d’une demi-sphère invisible. Il marchait sur des coquillages, certains pointus lui traversaient la chaussure allant jusqu’à lui entailler le pied.
Se rappelant que sa mère devait déjà être loin devant, il s’enfonça davantage dans l’eau. Il ne lui restait que la tête qui dépassait. Il se tourna pour regarder la plage où se trouvait les deux autres qui le regardaient. Il leur fit signe de la main.
Ils avaient un air ébahi, décontenancé de voir les lois naturelles auxquelles ils étaient habitués, de nouveaux bafoués. Ils virent sa tête disparaître sous l’eau.
Arrivé sous l’eau, Fulane prit une pause pour admirer. Sa mère attendra. La végétation marine était trop belle. Les rayons du soleil ondulaient dans l’espace sous-marin, balayant les coquillages, les poissons, les algues et les cailloux. Ses pieds écrasaient des plantes assoiffées. Il reconnaissait les mêmes en dehors de sa bulle, grandiose et coloré.
Des dizaines de poissons lui tournaient autour, ils changeaient de taille en se déplaçant à cause de la courbe de la sphère. Ils lui paraissaient énormes, mais et il les savait petits.
À cause de l’air présent dans la bulle ça allait être difficile de descendre plus bas. Il intégra dans la surface de celles-ci des petits cailloux multiples et sur le sol de plus gros cailloux. Il en profita aussi pour se construire un siège.
Ainsi, il avait assez de poids pour compenser la flottaison de la bulle.
Il put commencer sa descente. La lumière diminua rapidement, ce qui allait rendre difficile la tâche de retrouver sa mère.
Sans prévenir, un banc de longs poissons aux allures d'anguilles firent leur apparition et tournèrent autour de sa bulle. Leurs passages déformaient la bulle et formaient des ondulations. Elles tournaient ainsi, se nouant et se démêlant sans arrêt ce qui donnait un énorme nœud de corde en mouvement.
Fulane observa, émerveillé. Un bruit sec retenti alors, à peine audible à l'intérieur de la bulle et les anguilles disparurent aussi soudainement qu'elles étaient apparues.
Le champ de vision dorénavant dégagée, il vit une lumière au loin qui le guida dans l'obscurité.
Pendant ce temps, Koshy et Serame regardaient encore à l’endroit où les deux magiciens avaient disparu dans la mer infinie, stupéfaits de leurs capacités à s’adapter à tous les environnements.
Ils s'assirent dans le sable, résigné à devoir attendre leur retour. Les yeux perdus dans le paysage lointain, ils ne pouvaient que s’imaginer l’expérience que vivaient Fulane dans le monde aquatique. Ils se sentirent petit face à cette étendue d’eau infinie. Chacun se demandait quand et s’ils allaient revenir.
Les fines vagues remontaient la plage jusqu’à la base de leurs pieds, les coquillages étincelaient après chaque passage.
- Eeeet, on fait quoi maintenant ? demanda mollement Serame.
Ses mots furent aspirés par le vent.
Koshy ne répondit pas, il était perdu dans ses pensées.
Elle se leva, énervée, pour marcher le long de la plage.
Fulane reconnut sa mère, déformé par la forme de la bulle d'air géante qu'elle avait créée. Elle a aussi créé une source de lumière, un secret qu'il n'avait pas encore percé.
Il rentra dans la bulle de sa mère.
Elle ne se retourna pas à son arrivée.
- Intéressant... dit-elle, comme si elle se parlait à elle-même.
- Qu'est-ce qui est intéressant ? Tu n'as pas trouvé l'entrée ?
Elle se tourna vers lui avec un air malicieux.
- C'est l'entrée, mon cher Fulane.
Il fit mine de comprendre.
- Ah oui.
- Si tu ne me crois pas, tu n'as qu'à faire le tour toi-même. Comme ça, tu me diras si tu vois une entrée potentielle.
- D'accord, et toi, tu fais quoi ?
- Je vais réfléchir.
Elle se posa sur le sol marin.
Fulane obtempéra. Il redivisa la bulle en s'éloignant et marcha sur les algues aplaties et les rochers couverts de crustacés. Le mur, totalement lisse, détonait de la pierre rugueuse et pleine de vie à proximité. Pour une raison inconnue les mollusques ne se plaisaient pas sur cette matière. Il marcha lentement en s'arrêtant régulièrement pour observer un animal ou une plante.
Il était émerveillé par le changement d'état des plantes entre l'air et l'eau. L'absence d'eau provoquait comme un effet de gravité intense les plaquant au sol et, à peine dans l'eau de nouveau, elles reprenaient leur forme habituelle.
De temps en temps, des poissons se faisaient prendre au piège et il se dépêchait de les remettre à l'eau. Non sans les observer de près avant de le faire.
Sans voir le temps passé, il se retrouvait de nouveau du même côté que Zelute. Sa lumière brillait plus faiblement, preuve que le plasma était moins énergisé.
Il rejoignit sa bulle de nouveau.
- Tu as pris ton temps !
Elle avait le sourire aux lèvres.
- Je n'ai pas trouvé d'entrée.
- Remontons, on va bientôt manquer d'air.
Ce problème n'avait même pas effleuré l'esprit de Fulane.
Le lendemain matin.
Posé sur un rocher, Serame apprécie le paysage désertique de la côté. Elle sort tout juste d'une baignade en eau salée. Element dont elle a eu du mal à prendre l’habitude. Fulane a essayé de lui apprendre à faire des cloches d’airs, mais elle n’a décidément pas le même niveau de connexion au plasma. Elle arrive cependant à nager suffisamment pour pêcher des poissons de grande taille en créant des harpons.
Comme un personnage mythologique, Zelute sort subitement de l'eau, complètement sèche, au niveau de la plage où se prélassent les trois jeunes.
- J'ai compris ! s'écria-t-elle aussitôt.
Serame sursauta, peu habitué à entendre Zelute parler aussi fort.
- Il faut enlever l'eau ! La porte s'ouvre quand on enlève la mer !
- Malin, répondit Fulane.
- Facile, commenta Koshy narcissiquement. Ce qui fit rire Serame.
- On y retourne à marée basse ! Je suis crevé !
Elle retourna au vaisseau sans s'arrêter. Il était fatiguant pour les magiciens de réussir à gérer à la fois l'environnement de la mer et l'exploration de la source.
Quelques heures après, la mer était loin à l'horizon, il fallait bien une heure de marche pour y arriver.
- Je vous le rends dans deux heures ! dit-elle, de bonne humeur.
A marée basse, il était plus simple de retrouver le temple. La partie supérieure était à un mètre sous l'eau seulement.
Il se posèrent sur le toit.
- Je vais dégager l'eau d'ici. Je te laisse explorer ?
Il acquiessa de la tête.
Le temple s'assècha rapidement et un mur d'eau l'entourait désormais. Fulane se posa devant la porte fermée et attendit.
- Il se passe rien.
- Ca prend quelques minutes !
- Tu as assez de plasma ?
- Oui, tout juste, ça ira mieux quand ce sera ouvert. Ne reste pas devant, c'est sous pression là dedans, tu vas te prendre une bourrasque !
Il mis sur le côté. La porte s'ouvrit alors, doucement en grinçant très bruyemment. Un son aigu et perçant, de metal, contre la pierre lisse.
En s'ouvrant, un puisant jet de poussière s'échappait en dessous de la porte et remplit l'espace entre le temple et le mur d'eau.
Pendant un bref instant, Fulane ne vit plus rien et puis il revoyait autrement, grâce au réseau.
Sans plus attendre, il entra dans le temple qui était semblable à tous les autres.
Mike, au bar de son enfance avec ses deux acolytes.
- Tu es sûr qu'ils vont venir ici, ça fait deux jours qu'on attend ?
- Il y a de fortes chances qu'ils fassent une escale. Ils visitent tous les bleds qu'ils croisent apparemment, répondit Grabe.
- C'est qu'il faut les occuper ses enfants ! ajouta Frody.
- Ils ne pouvaient pas juste rester chez leurs parents ! s'écria Grabe, plutôt éméché, une bière à la main.
- Ce bar, ça me rappelle la fois où Mike a dormi sur le port ! dit subitement Frody.
- Mmmh... grogna Mike. Il n'aimait pas qu'on lui rappelle cette anecdote.
- Aller Mike ! Il faut la raconter cette histoire, t'étais exceptionnel !
- Fais-toi plaisir, répondit Mike avec le ton qu'il réservait habituellement à ses adversaires sur le champ de bataille.
Cela n'empêcha pas son vieil ami de continuer.
- On était tout jeune, la quinzaine. J'avais reçu quelques pièces pour un taf chez le cordonnier et j'avais décidé de tout claquer au bar !
Il rebut une gorgée de bière.
- On prend direct trois shots, cinq pintes et un litre de frish.
- En une heure, on avait tout bu, compléta Mike, fière de lui.
Ils burent encore un gorgé, comme pour se remettre dans le bain.
- Mike, qui avait bu l'essentiel du frish tout seul, se leva subitement, sort sur le port et s'allonge n'importe où et s'endort aussitôt. Moi, je le regarde faire, ahuri. Il s'endort comme une masse au bord de l'eau, ce con ! J'essaye de le tirer, impossible de le faire bouger, il pesait déjà son poids à l'époque, le bonhomme ! Alors, par précaution, je reste avec lui et fini par m'endormir aussi.
- C'est une belle histoire d'amour, commenta Grabe, le sourire en coin.
- L'histoire aurait pu s'arrêter là, reprit Frody.
Il reprit une gorgée, Mike en bu deux.
- Et alors, il se passe quoi ? insista Grabe, lassé du suspense.
- Et ben, on avait pas regardé le calendrier, c'était les grandes marées !
- Oh merde...
- Ya une vague énorme qui est arrivée, qui nous a bouffée la tronche.
- Réveil brutal.
- J'ouvre les yeux, je m'agrippe au sol, pur ne pas me faire attirer, et à côté de moi, plus de Mike. Et j'entends : FREEDDDYYYY !
Il éclata de rire.
- FREDDDYYY ! répéta-t-il. - Il criait come un Barony ! Je regarde en contrebas, je le vois galérer à nager. Par chance, y avait un filet de pêche qui trainait pas loin et je l'ai repêché le Mike. Ha ha ha, ria-t-il de pleines dents. Ma plus belle pêche de l'année !
Grabe explosa de rire. Mike but son verre, silencieusement.
Le prochain temple était de nouveau en pleine mer. Zelute proposa cette fois-ci à Serame et Koshy d'explorer la ville portuaire de Basto en les attendant. Ce qui leur convient.
C'était un port de pêche, comme ils n'en avaient entendu que sous la forme de récit. Les habitants avaient des accents comme ils n'en avaient jamais entendu.
Ils voyaient d'imposants bateaux qui flottaient sur la côte, cela les attira à aller inspecter cela de plus près.
Tout en marchant, ils écoutèrent les marins se donner des ordres pour organiser la prochaine expédition.
Certains se jetaient des regards curieux. Les deux jeunes ne pouvaient pas passer inaperçus dans un bourg dans lequel tout le monde se connaissait.
Il y avait un ponton en bois d'un kilomètre de long, distance nécessaire à cause des hauteurs des marées, Serame le pointa du doigt, ils l'empruntèrent ensemble pour aller se poser au bout de celui-ci pour éviter d'attirer l'attention.
La marée était basse, mais montante. Devant eux, il y avait l'horizon de la mer parsemé de large piquets, d'une quinzaine de mètres de hauteur, en matière solide comme de la roche. Leur présence intriguait.
Un couple adulte de Barony dormaient à une bonne distance d'eux, posé contre un piquet.
Au fur et à mesure que le soleil se couchait, une brume épaisse les enrobaient petit à petit. Les locaux appelaient cela la "Couette" car elle enveloppait toujours la ville au moment où le soleil se couchait.
- On rentre ? proposa Koshy quand les derniers rayons de soleil disparurent à l'horizon.
- Allons-y, répondit-elle de son air toujours directif.
Ils se levèrent et marchèrent le long du ponton jusqu'à revenir sur le port, et puis dans les ruelles.
Pendant que la couette les enveloppait, les habitants devaient aussi se mettre sous leur couette à l'heure qu'il était.
La rue qu'ils prenaient était déserte à l'exception de quelques marins dans l'îvresse. Koshy n'était pas tranquille, il avait commencé à mettre en place une théorie selon laquelle ils pourraient être des cibles potentielles pour atteindre Zelute et il avait observé plusieurs personnes qui semblaient porter de l'intérêt pour eux.
Les rares mots qu'ils avaient échangés avec des passants les avaient clairement identifiés, malgré un court briefing de Zelute qui leur avait donné des éléments de langages locaux.
- Ils disent "Saloo" ici pour dire bonjour, leur avait appris Zelute.
Cela avait bien fait rire Koshy.
- Cantonnez-vous à ce mot et ça devrait bien se passer !
Koshy scrutait l'horizon autant qu'il le pouvait malgré la brume épaisse.
Un individu était posé contre un mur dans l'angle de la ruelle devant eux. Il fumait une longue pipe et expirait une fumée encore plus épaisse que la couette. Koshy se demanda comment il arrivait à générer une braise dans cette humidité. Il tira Serame pour se mettre de l'autre côté de la rue, elle se laissa faire sans broncher. En revanche, l'inquiétude ne l'atteignait pas du tout, elle pensait surtout au lit douillet qui l'attendait. La bouteille locale de Frish qu'ils avaient bu lui avait tournée un peu la tête et elle se prenait de temps en temps les pieds dans les dalles de pierre de la rue.
Arrivé au niveau du fumeur de pipe, celui-ci les observa mystérieusement, ce qui alimenta la suspicion de Koshy. Quelques mètres après l'avoir dépassé, Koshy osa se retourner pour l'observer à nouveau, mais l'homme avait disparu.
Ils continuèrent de marcher dans les ruelles sombres et brumeuses. Quelques lumières des habitations les aidaient à se guider.
Serame bâillait lourdement, en attente forte de son lit.
Ils passèrent juste à côté d'une fenêtre bien éclairée quand de nulle part, deux coups de pistolet retentirent.
Les étincelles éclairèrent l'air ambiant, divulguant un homme à quelques mètres devant eux.
Un homme surgit de derrière, il assomma Koshy d'un coup violent. Koshy avait juste eu le temps de voir Serame se tenir le ventre, accroupie et choquée.
- Désolé ma belle, mais on ne va pas prendre de risque avec toi, dit un homme blond.
Un homme à la forte carrure porta Koshy sur son épaule.
- N'essaie pas de te relever, tu perdrais le peu d'énergie qu'il te reste.
Serame ne dit rien, la douleur l'empêchait de se lever et elle n'arrivait pas à se concentrer assez pour riposter.
Elle regarda juste les hommes partir dans la brume.
Le trou
Koshy se fit réveiller dans une pièce sombre. Il n'y avait pas de fenêtre. Il était allongé dans un lit dur avec une couette usée. Il ressentit une douleur à l'arrière de son crâne et détecta une énorme bosse. Il la tâta du bout des doigts
Aïe
Il regarda autour de lui. Peu d'objets étaient présents. Un bol d'eau et un bout de pain étaient posés sur un plateau.
Il descendit du lit pour aller les récupérer et, en mangeant, sa mémoire lui revint.
- Serame, dit-il à voix haute.
Il remarqua une porte en bois à peine plus claire que la pierre et tambourina dessus.
- Qu'avez-vous fait de Serame !! cria-t-il de sa voix fraichement réveillée.
Il tapa de toutes ses forces encore quelques fois et puis il se mit à sangloter et se rassit sur le lit.
Grule était posé sur la terrasse de son appartement, ses parents et son frère étaient ailleurs cet après-midi. Il se demandait où étaient ses amis explorateurs en ce moment. Il avait prévu de passer du temps à dessiner ce que les Exyliens racontaient de leurs aventures.
La bataille de Serame et le chef de son clan l'avait fasciné. Sur un grand papier blanc d'architecte qu'il avait emprunté à son père qu'il avait posé sur la table devant lui, il y avait les deux guerriers qui se faisaient face avec les projectiles qui planait au-dessus d'eux et le filet qui les entouraient.
Une fois qu'il avait mis tous les éléments de la scène sur papier, il réfléchit à ce qu'il pouvait manquer tout en regardant la ville. Le ciel était plutôt dégagé. Un rayon de lumière attrapa son regard au milieu du ciel. Un objet lumineux se déplaçait dans le ciel et semblait s'intensifier.
Grule observa la lumière intensément. Elle venait dans sa direction. Elle se rapprochait. Quand l'objet semblait venir s'écraser, sous peu, sur lui, Grule mis les mains sur sa tête pour se protéger, se jeta sous la table et ferma les yeux.
Un instant plus tard, il entendit un grand "boum" et un tremblement de terre.
Rassuré de voir qu'il n'avait rien, il se releva doucement, les jambes tremblotantes.
Il scruta la ville à la recherche de dégâts. Tout semblait en ordre.
Il se rendit compte qu'il avait arrêté de respirer alors il ouvrit grand la bouche et respira de grandes bouffées d'air.
Sans hésiter, il mit ses chaussures et sortit de l'appartement pour comprendre ce qu'il s'était passé.
Une foule de personnes étaient dans la rue, tout comme lui, à la recherche de l'origine de ce vacarme.
Ils semblaient aller dans la même direction, du côté nord de la muraille. Une vingtaine de personne étant en train de regarder par-dessus les barrières de pierre. Il y avait déjà une file d'attente dans l'escalier qui menait à cette rambarde. Les gardes n'arrivaient pas à contenir la foule.
Grule se faufila entre les gens pour arriver plus vite au sommet, il marcha le long de la muraille pour trouver un endroit où il pourrait voir correctement.
Il n'en croyait pas ces yeux, un objet de cinquante mètres dépassait du dôme des voyeurs, de larges fissures étaient apparu au niveau de l'impact.
Le tout était entouré de poussière.
Grule observa longuement le projectile tandis que des gens affolés le bousculaient en permanence.
Il ressemblait vachement à ceux de son dessin.
Quelques semaines plus tard.
Deux reines se retrouvent en cachette, dans une pièce ressemblant à une grotte humide et terreuse, à couvert de l'observation plasmique.
- Bonjour ma chère Reine, comment allez-vous ? dit Nolem Gorate, la reine de Raoule.
Elle avait les cheveux longs, tressés et châtains, ses habits étaient précieux. Elle avait la quarantaine et de nombreux enfants, dans sa tête, c'était une manière de créer des copies d'elle-même afin d'agrandir son influence. Sa tenue changeait tous les jours, elle pense que cela lui donne plus de prestance. Chaque jour était comme un concours d'extravagance. Pour cette rencontre particulière, elle s'était habillée en une tenue blanche, peut-être pour signifier la paix. De nombreuses couches de tissu se superposaient et tombaient de tous les côtés comme un panier de linge trop rempli. La royauté de Raoule a toujours eu une impression de supériorité par rapport à Vézoule.
- Bonjour Nolem, c'est un charmant endroit pour une rencontre. Vous avez enfin décidé de m'assassiner ? répondit Ryvole Gaspren.
Elle portait les habits traditionnels de sa région où les nuits sont plus fraiches. La teinture beige qui sert à se camoufler dans la roche pour éviter les prédateurs. Elle se fondait bien dans les murs de la pièce.
Nolem Gorate sourit à cette idée.
- Rien de la sorte, je vous rassure. Cet endroit devrait être à l'abri des yeux tout-puissant de la magicienne.
- J'imagine donc que c'est le sujet de notre réunion.
Nolem prit un air sérieux tandis que Ryvole continua :
- Vous êtes devenu aveugle, ça ne doit pas être facile pour l'empire.
Elle faisait référence au très récent incident.
- Aveuglé temporairement oui, mais pas désavantagé pour autant.
- Si je suis là, c'est que vous avez compris que nous ne sommes pas à l'origine de l'attaque.
- Ha ha, si vous étiez capable de cela, nous serions déjà à vos pieds depuis des décennies.
La reine de Vezoule se renfrogna.
- Alors, dites-moi, qu'est-ce que vous pouvez faire contre la magicienne ? Vous installez sous terre ?
La tension montait entre les deux oppositions.
- Nous non, mais son fils, oui !
- Non ! s'exclama Ryvole, surprise.
- Il est juste derrière ce mur, en train de purger une peine pour les crimes de sa mère.
- Oh ! Je comprends mieux ! Mais, elle est hors de contrôle !
- Elle n'osera pas attaquer la ville tant qu'il est en notre position.
- Ma foi, le royaume de Vézoule vous remercie pour votre acquisition.
Son ton s'était radouci, elle prit le temps de réfléchir avant de reprendre.
- Est-ce que je peux le voir ?
Nolem se leva soudainement.
- Je ne l'ai moi-même pas encore rencontré. Je préfère le savoir complètement isolé du monde. Mais je vous laisse ce plaisir. Elle se dirigea vers la porte. - Suivez-moi !
Elles parcoururent les galleries sobrement éclaircies avec des gardes dans chaque recoin. Ils faisaient signe de la tête à leur passage.
Après plusieurs bifurcations, la meneuse s'arrêta devant une porte vétuste.
- C'est ici. Je ne rentre pas avec vous, l'odeur me répugne.
Nolem l'invita à entrer gestuellement. Elle rentra accompagnée d'un garde Vézoulien.
L'obscurité était pesante. Le garde avec une bougie dans la main. Elle put apercevoir un garçon sur le lit qui avait le regard approuvé.
- Salut ! dit-elle.
Le garçon ne répondit pas.
La reine eu de la pitié pour lui, le voyant ainsi. Elle s'énerva.
- Ramenez-lui un repas de qualité, il ne va pas survivre un jour de plus à ce rythme.
Koshy baissa un peu ses gardes. Entendre de nouveau une voix lui faisait du bien.
- Qui êtes-vous ? murmura-t-il d'une voix faible.
Elle lui sourit.
- Oh, tu ne sais pas qui je suis ? Ta mère ne t'as pas parlé de moi ?
Koshy réfléchit.
Ma mère ? Elle n'a jamais quitté la forêt de Sabilan.
- Non.
- Mmh, mais que sais-tu donc mon garçon ?
- Comment va Serame ? dit-il subitement.
- Pardon ? Je ne connais pas de Serame, c'est une amie ? Qui est Serame ?
Le garde haussa les épaules.
- Il n'arrête pas de crier son nom, dit-il.
- Je ne sais rien sur Serame. Mais je connais bien ta mère.
Elle essayait de changer de sujet.
- Elle ne m'a jamais parlé de vous.
Ces yeux doux semblaient avoir de l'effet sur cette reine. Elle détourna le regard.
- Malerine, ne te moques pas de moi !
Koshy, surpris, rigola par fatigue.
- Je ne m'appelle pas Malrine ! Et, je ne vous connais pas.
Elle soupira.
- Alors, comment t'appelles-tu ?
- Koshy.
Elle réfléchit. Elle se demandait si c'était la bonne personne ou si cette Koshy se moquait d'elle.
- Qui est Zelute pour toi ?
Koshy comprit enfin ce qu'il faisait là.
Elle pense que je suis Fulane !
Il rigola.
- Ce n'est pas ma mère.
La reine le regarda intensément dans les yeux.
- Je vois que vous avez choisi votre camp.
Koshy ne compris pas le sens de cette phrase.
Elle sortit de sa chambre, suivit par le garde et sa source de lumière. Il était de nouveau dans l'obscurité.
Quelques jours plus tard.
Koshy se réveilla après un bout de sommeil. Il ne savait pas quelle heure, ni quel jour, ni où il était.
La qualité des repas s'était amélioré depuis la venue de cette femme. Il essaya de ne pas sombrer dans la folie et focalisa ses pensées sur des sujets précis.
Il se demandait pourquoi les deux royaumes pourraient en être autant après Zelute. Il se rappela l'histoire qu'elle avait narré qui l'avait banni de Vezoule. Un tel pouvoir devait être un danger pour ces empires. Mais Zelute n'avait pas choisi un camp par-dessus l'autre. Sauf si la venue de Fulane représentait une orientation ?
La porte s'ouvrit.
Le prochain repas
Une femme bien habillée entra, avec le garde. Elle avait une robe de perles qui lui arrivaient en haut de ces chaussures, celles-ci étaient recouvertes de plumes de toutes les couleurs.
- Je ne peux pas rester ici, quelle odeur ! Amenez-le dans la salle de reception.
Elle sortit.
Le garde pris Koshy par le bras et le guida jusqu'à la salle à travers plusieurs couloirs de roche. Les faibles lumières éblouissaient les yeux de Koshy. Nolem l'attendait, assise à l'autre bout d'une table en pierre. Il y avait un reste de patisserie sur la table qui faisait de l'œil à Koshy.
- Bonjour Koshy.
Elle remarqua son attirance pour les gateaux.
- Sers-toi si tu veux.
Koshy en prit un bout dans ses mains et se força à ne pas le dévorer d'une bouchée.
- Où est Serame ? dit-il.
La reine l'observa et prit son temps pour répondre.
- Je ne connais pas ce prénom, c'est un prénom original. Et si, tu me parlais de ta mère plutôt ?
- Vous voulez dire Zelute ? Que vous a-t-elle fait au juste ?
- Tu n'es pas au courant ? Pour répondre à ton enlèvement, elle a détruit notre centre d'observation, tuant 22 personnes dans l'incident. Ça me semble être une bonne raison de lui en vouloir, non ?
Koshy était choqué de l'apprendre, tout en mâchant son gateau. Il se demandait si c'était la mort de Serame qui avait mis Fulane et sa mère sur une quête de vengeance.
Et puis, il se mit à pleurer.
La reine le regarda, impassible.
- Tu pleures la mort de ces gens ? Eh bien, tu n'es pas de la même trempe que ta mère apparemment.
Elle s'impatientait.
- Si tu veux bien nous aider à le retrouver, je peux améliorer ton confort ici.
Koshy rêvait d'une douche. Sans attendre sa réponse, elle clotura la discussion.
- On en rediscute bientôt !
Elle fit un signe de la tête et le garde le ramena dans sa cellule.
<!-- La Reine panique, elle parle avec général Régyne qui se retrouve à lutter contre une révolte de la population
Divinité
La porte s'ouvrit de nouveau. C'était la 2ème fois aujourd'hui, chose rare. Sans échanger un mot le garde pris Koshy par l'épaule et le sortit de la salle. Quelque chose était différent.
Il semblait éviter à tout prix de croiser son regard et avait des gestes délicats avec lui, comme por être sûr de ne pas le brusquer.
- Où vas-t-on ?
Le garde osa lui jeter un bref regard et lui répondit, ce qui était chose rare.
- Tu sors.
Koshy eu un haut le coeur. Il ne savait plus quoi espérer depuis tout ce temps. Les mots du garde ramena de la lumière dans son esprit.
* Mais attend, est-ce que ce n'est pas un tour de la Dame ? *
Méfiant, il ne répondit pas. Attendit que cela devienne une réalité avant de sauter de joie.
Il le fit monter un escalier. Les jambes endolories de Koshy peinèrent à faire cet effort. Il entendit l'eau couler.
Le couloir vira à droite et là, au milieu de la gallerie, une cascade d'eau leur barrait la route.
- Qu'est-ce que ? Balbutie-t-il.
Le garde n'en dit rien, il prit un parapluie assez grand pour tous les deux et traversa la cascade.
Ils montèrent encore plusieurs escaliers jusqu'à arriver dans les salles supérieurs du chateau. Des salles grandiosent se trouvaient au-dessus de sa tête tout ce temps.
Le contraste était sidérant. Cela l'éprouva plus que la fascination de la décoration sur les murs. Tandis qu'il avançait, la luminosité augmentait et ses yeux prenait du temps à s'y habituer.
Ils ouvrirent une épaisse porte et ce qui devait être la salle principale de réception se trouvait derrière.
Des tableaux énormes composaient les murs. Le tout était à des dizaines de metres de hauteurs. Des vitraux teintait la lumière du soleil qui illumainaient d'une couleur verte émeraude l'ensemble de la pièce.
La reine attendait sur un trône présent dans le fond. Elle avait une mine désastreuse et elle le regardait avec un air amer.
Le garde lui dit mine de se rapprocher de la Reine. Koshy optempéra.
- C'est bien assez près comme ça ! Je n'ai pas envie de te sentir. dit-elle d'une voix puissante qui résonnait dans la pièce.
Koshy s'arrêta et observa ce personnage à distance.
- Ta maman nous a fait un sacré spectacle !
- Elle t'attend en plein coeur de la ville cette effrontée !
Le garde attendit au cas où elle avait encore quelque chose à ajouter.
- Allez, hors de ma vue ! Avant que je t'étripe !
Le goarde s'activa rapidement, de peur d'être également une cible de son courrou.
La grande porte s'ouvrit et un spectacle encore plus impressionnant l'attendait.
Le chateau, qui était en hauteur par rapport à la ville était bien visible en contrebas.
Au dessus de la place principale, tout en bas du chemin du chemin qui amenait du chateaux, une foule collossale s'était amassée autour d'une figure qui semblait émettre de la lumière. Au dessus d'elle, le vaisseau noir que Koshy connaissait bien, lévitait comme une arme cosmique et mortelle. Des mouvements de plasma lent et hypnotisant entourait la figure que Koshy devina être Zelute. Elle se tourna vers lui et il vu l'ensemble de la foule se tourner dans sa direction. Un brouhaha accompagnait cette attention.
Le garde était stressé par la situation, il n'avait pas du être mis au courant de son rôle. Il marche maladroitement le long du chemin pour accompagner celui qu'il avait maintenu enfermé tout ce temps.
La foule, patiente, observa de plus en plus silencieusement cette scène.
Zelute, telle une divinité, ne bougea pas et attendit.
Elle l'observa marcher dans sa direction. En s'approchant, il remarqua qu'elle s'était habillé d'une tenue extravagante, comme pour entrer dans le rôle de cette mise en scène.
Elle portait une robe noir et blanche étincelante et ses cheveux étaient tressés adroitement sur sa tête. Cet acoutrement inhabituel fit rire Koshy intérieurement mais la fatigue prenait le dessus et il n'en exprimait rien.
Il dépassa enfin la foule qui s'était ouvert pour la laisser passer. Les gens l'observée, certains étaient surpris de le reconnaître et Koshy reconnue Bel dans le public qui le regardait d'une air ému et perdu qu'il n'oublierait jamais.
Le vaisseau descendit pour les laisser rentrer et ils montèrent l'accès qui amenait dans une autre boîte noire.
A la quête de la planète
Koshy fut très soulagé de voir que Serame était en pleine santé. Ils ne se quittèrent plus d'une semelle.
En revanche, l'accueil de Fulane et sa mère fut limité. Pas de grande accolade, juste une petite phrase.
- On est heureux de te retrouver Koshy
Pendant que Serame le tenait si fort dans ses bras qu'elle pouvait lui casser une côte. Mais Koshy préférait la douleur à son absence.
Ils lui proposèrent de le ramener aussitôt à Restole, toutefois, il demanda de l'amener à un endroit en plein air où il pourrait gambader.
Il avait besoin de voir de grands espaces et de marcher en toute liberté.
Ils se posèrent à 100 km au nord de la ville. L'herbe y était verte. Il y avait un lac à proximité.
Koshy avança vers le bord de l'eau et regarda l'horizon.
Serame lui tenait la main.
- Ca va Kosh ? Tu ne dis pas grand chose...
Il se tourna vers elle.
- Je me remets de mes émotions.
Il y avait un vent assez puissant qui portait sa voix vers le lac.
- J'ai eu le temps de réfléchir pendant mon temps sous terre. Je me méfis de plus en plus de Zelute, elle n'a pas l'air intéressé par le sort des gens normaux.
- Tu penses à ce qu'elle a fait pour te sortir de là ?
- Entre autre, oui. Je ne pense pas qu'elle s'inquiète des dommages collatéraux. Et du coup, je me méfie de ces plans.
- Tu dois être déboussolé, tu ne veux pas qu'on rentre à Restole ? Perso, même Gérale me manque.
- Non je veux comprendre ce que Zelute prévois de faire avant de rentrer.
Serame l'observa, circonspecte.
- Tu me suis ?
- Je ne suis pas près de te laisser Kosh. J'étais morte d'inquiétude.
- Et moi aussi ! J'ai cru que tu étais morte !
Il se mit à pleurer.
Zelute et Fulane les observaient de loin, mais leur esprit était ailleurs. Leur dernière sortie avait permis d'estimer l'endroit où serait positionné un centre de commande des sources et ils étaient tous les deux impatient d'aller vérifier cela.
Quelques jours plus tard.
Figés devant une porte bloquée, Fulane réfléchissait à comment forcer l'ouverture tandis que Zelute se demandait si elle a déjà entendu parler d'un indice dans ses voyages. Koshy regardait les deux êtres suprêmes qui observaient une porte tout en ayant l'esprit ailleurs, chacun avait littéralement un nuage au-dessus de la tête, Koshy regarda le nuage comme s'il y avait un indice sur leur reflexion.
Il se tourna vers la droite et vit Serame qui nageait dans l'eau profonde. Un talent qu'il n'avait pas. Son coeur se réchauffait quand il la regardait. Elle avait cette capacité à ne pas être atteinte par l'importance de la situation dans laquelle ils se trouvaient. Mais, était-ce vraiment si important ? Peut-être que cette quête était perdu d'avance et qu'ils passeraient à autre chose dans quelques semaines.
Après plusieurs heures à regarder la porte et beaucoup de plasma gaspillé, ils décidèrent enfin de quitter ce caillou au grand bonheur des deux autres.
Ils remontèrent dans le vaisseau pour gagner la terre ferme.
Zelute semblait perplexe, toute sa quête l'avait amené à cette porte blindée. Elle prit une décision et s'appreta à inviter les autres à une réunion.
Les trois jeunes jouaient à un jeu sur une table dans la salle principale. Cela faisait longtemps que ce n'était pas arrivé. Il avait fallut supplier Fulane quinze fois pour qu'il accepte.
Zelute fut surprise de voir cete scène. Une partie d'elle, son âme d'enfant, fut ému et un et un peu nostalgique de son propre passé.
- Je peux vous interrompre ?
Sa voix était plus douce que d'habitude.
Koshy n'en revenait pas. Elle ne pouvait pas laisser Fulane redevenir Lunien pendant trentes minutes ?
- C'est important ?
- Oui
Elle sortie une nouvelle table et des chaises et les invita à s'y installer.
- On est à une impasse
Les autres attendirent la suite de la phrase qui pris tu temps à arriver. Peut-être espérait-elle une forme de participation ? Elle poursuivit.
- Pour être sûr que tout ce travail en vale la peine, j'aimerais faire un test.
Koshy fronça intérieurement les sourcils.
- Je veux aller dans l'espace.
- Quoi ??? s'exhalta Serame.
- Mais pourquoi ? et comment ?
- Tu sais pourquoi. Je vais utiliser le vaisseau, évidemment. Cele peut être dangeureu alors je ne vais pas vous forcer à me suivre. Je vais nous poser dans un coin tranquille près d'un village. Si vous ne voules pas venir, descendez avant l'aube.
Sans attendre de réponse, elle se leva et sorti de la pièce.
- Wow, quelles belles paroles, elle a du passer du tempsà préparer ce discours. Tu fais quoi Fulane, tu suis ta mère dans ses délires ?
Fulane semblait un peu perplexé.
- Euh... Oui, elle va avoir besoin de moi.
- Et nous, on a pas besoin de toi ? Lacha-t-elle.
- Pourquoi tu l'as suit partout ? Tu ne veux pas rentrer à Restole pour quelques temps ?
Fulane ne dit rien.
- Je me sens bien ici, Zelute m'aide à gérer ma connexion au plasma.
Cette sincérité réconforta ses deux amis.
- Je ne veux pas revivre mon expérience à Séréna. Et vous, vous faites quoi ?
En réponse à cette phrase, Koshy rejoint la conversation.
- Attend, c'est quoi ton expérience à Séréna ?
Fulane ne s'attendait pas à raconter tout ce qui se passait dans sa tête. Il prit un morceau de viande qui traînait sur la table et le mangea, pour prendre des force.
Les deux autres le regardait attentivement en patientant.
- Hum... C'est difficile à expliquer.
- Prend ton temps.
- On a jusqu'à demain matin, compéta Serame. Le sourire au lèvre.
Fulane continua de macher son bout de pain.
- Alors... le plasma qui est autour de nous, il m'aide à comprendre des choses, parce qu'il connait comment les éléments autour de nous intéragissent ensemble. Comment cette miète de pain tombe au vers le sol, et pourquoi il tombe à cette vitesse. Mais également, comment le vent souffle, comment le soleil brûle, les nuages se forment, c'est énorme !
Il rougissait en disant tout cela, il n'avait pas l'habitude d'en parler autour de lui et Zelute lui déconseillait.
- Quand j'ai commencé à creuser tout ce que je pouvais savoir, je déduisais les choses les unes après les autres très rapidement. Mais ça faisait beaucoup à la fois pour mon esprit, j'ai flippé et j'ai arrêter de chercher des réponses car elles me faisaient peur et une fois que je déconnectais du réseau, je me sentais tellement limité c'était très désagréable. C'est comme si je devenais un Lapre, et que je vivais ma vie de petit être sans rien comprendre à ce qui se passait autour de moi.
Il s'arrêta là, avec un sentiment d'en avoir déjà trop dit.
Serame le regarda avec un air dédaigneu.
- C'est comme ça tu nous vois Fulane, des petits lapres qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez ?
Il fut brusqué.
- Euh.. non, c'est pas ça le propos, mais c'est l'effet que ça donne quand je suis lié au réseau.
Il avait beau se justifier, son vocabulaire le trahisait.
- Le réseau, le réseau. C'est quoi au juste ? Ca vient d'où ? demanda Koshy.
- Je ne sais pas Kosh, c'est ce qu'on essaye de découvrir.
- Est-ce que c'est vraiment une bonne idée de chercher à trouver l'origine de tout ? lança Serame, tu veux pas vivre normalement comme les autres à Restole ?
C'était suprenant d'entendre Serame dire cela, à présent.
Il se renfrogna.
- Si tu veux retourner vivre au village rien ne t'en empêche Serame. Personne ne t'oblige à rester ici !
* Ca m'apprendra à raconter ce qui me passe par la tête *
Il sortit de la salle.
Koshy et Serame se regardèrent.
- Je crois qu'on la brusqué. dit Koshy.
Ils éclatèrent de rire, ça faisait longtemps qu'ils n'avaient pas vu Fulane exprimer ses sentiments.
Le lendemain à l'aube. Koshy et Sérame avaient décidé de rester, leur curiosité finissait toujours par l'emporter.
Dès les premiers rayons du soleil discernable par cet effet de transparence que permettait la matière du vaisseau, ils se sentirent être soulevé dans les airs. C'était une sensation plus brusque que d'habitude. Zelute devait être impatiente.
Koshy se leva promptement pour voir ce qu'il se passait dehors.
Evidemment, il n'y avait rien à voir, la luminosité était plus intense que d'habitude. Personne dans la salle de réunion. Il alla vers le cockpit. Ce n'était pas un véritable cockpit car il n'y avait, là non-plus, aucune fenêtre pour voir l'horizon. Il y avait quelques boutons et manivelles qui devait servir en cas d'urgence, mais c'était surtout une salle pour que Zelute ne soit pas dérangée.
Comme il s'y attendait, les deux pilotes étaient assis les yeux fermés. Koshy avait découvert il y avait quelques temps une petite trappe qui permettait d'observer l'extérieur. Elle était dans un coin du cockpit et mesurait une vingtaine de centimètres carrés. Juste de quoi jeter un œil à l'extérieur. Le spectacle fut bluffant.
Ils étaient au-dessus des nuages. Un matelas blanc s'étendait à l'infini. Des couleurs roses et orangés illuminaient le décor.
C'était frustrant de n'avoir qu'un œil pour observer.
Il voulait aller chercher Serame pour lui montrer, mais, à la fois, il avait peur de louper une miette de l'expérience.
Le vaisseau décolla au-dessus des nuages, avec turbulence et il se cogna la tête plusieurs fois contre le mur.
Serame arriva en trombe dans la pièce. Quand elle vit Koshy dans le coin, elle chuchota à voix haute.
- Qu'est-ce que tu fous !?
- Viens voir !
Ils regardèrent chacun leur tour, se chamaillant parfois. Le ciel s'obscurcissait de plus en plus.
A un moment, le vaisseau se stabilisa. A une certaine distance de la lune. Ils pouvaient la voir comme une grande sphère, avec de l'air autour. Et leur esprit s'agrandit.
- Wooow
Fulane ouvrit les yeux.
- Objectif réussit ! sourit-il.
- Reste concentré, il reste la descente encore, intervint Zelute.
Koshy se demandait s'ils pouvaient voir la lune aussi bien qu'eux, avec les yeux fermés.
- Laisse-moi voir encore ! s'écria-t-elle, en le poussant sur le côté.
Elle semblait prendre les choses à la légère malgré le potentiel d'imprévus.
Des vibrations soudaines leur firent comprendre qu'ils redescendaient. La descente fut plus brusque. Ils grillaient des mètres cube de plasma au contact de l'air.
Un grand dome de plasma très fin ralentissait la descente.
-- A ce rythme, on aura plus de plasma avant d'arriver en bas, dit le fils.
-- Qu'est-ce que tu proposes ?
-- De construire quelque chose de résistant qui survivra jusqu'en bas.
-- Bonne idée, laisse-moi faire. Je le laisse gérer la descente pendant que je prépare la suite.
Sous le premier dome, elle assembla un deuxième dome semblable au premier, mais en une matière plus dense. La transition fut douce, mais le vaisseau accéléra.
-- Il est plus petit.
-- J'ai fait ce que j'ai pu. On amortira quand on sera plus bas.
À un kilomètre du sol, ils ralentirent le vaisseau qui se posa dans un pré, rasant de près la canopée environnante. Il ne restait pas assez de plasma pour adoucir la chute et ils firent tous un bon d'un mètre et amortirent leur chute comme ils le pouvaient.
Tous les quatre sur le sol, à reprendre leur souffle.
- Génial, dit Koshy, hors d'haleine.
- Je suis vidé ! s'écria Zelute, un pied sur le siège, le reste au sol.
Ils se dévisagèrent lentement, emu de cette expérience hors du commun.
Seuls les Dégeister se rendaient compte de la complexité de la tâche qu'ils venaient d'exécuter. En contrepartie, Serame et Koshy avaient davantage profité de l'expérience au-delà de ce que permettait leur vue artificielle.
Quelques heures plus tard.
Les quatre adolescents sortirent du vaisseau, encore exténué de leur périple.
- Oh, regardez le ciel ! s'écria subitement Koshy, la tête en l'air.
En cercle concentrique autour de leur position, il y avait des lueurs vertes et mauves qui se dispersaient dans l'atmosphère, se propageant dans l'espace en ondulant et suivant la direction du vent.
Ils admirèrent en silence ce qui se passait.
Zelute débarqua, sans marque d'étonnement
- Je vais avoir quelques réparations à faire, ça peut être l'occasion d'aller chercher des vivres dans le village dont je vous ai parlé, annonça la capitaine.
En le traînant par la main, Koshy et Serame amenèrent leur ami jusqu'à ce fameux village paisible, dont ils ne connaissaient même pas le nom.
Fulane les aida à raccourcir la distance à l'aide d'un radeau lévitant qu'il construisit sur le moment. Arrivés à un kilomètre de l'entrée, ils finirent le trajet à pied.
L'accueil n'était pas au rendez-vous.
Les habitants étaient très agités et s'afféraient autour de leurs maisons qui étaient partiellement effondrées. L'arrivée de ses trois jeunes inconnus à cet instant leur paraissaient suspicieux. Une dame assez agé vint les voir.
- Bonjour les jeunes, vous venez à un moment difficile. Qu'est-ce que vous faites par ici. Vous êtes perdu ?
L'accent était fort, mais ils comprirent le propos.
- Bonjour, nous avons posé notre voiture non loin. Qu'est-ce qu'il s'est passé ici ?
La dame fronça des sourcils, concentrée à décrypter leur accent.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ici ? répéta Fulane dans un accent arrangement similaire à celui de la dame.
Cela fit rire Serame qui détourna son regard, gênée.
- Ah, vous n'avez pas ressenti ? Il y a eu un gros tremblement, comme il n'y en a pas eu depuis des années. C'est terrible... Mon plus vieil ami est coincé sous sa toiture. Elle montra du doigt une maison effondrée sur elle-même.
Koshy porta son regard sur les deux autres, puis se tourna de nouveau vers la dame.
- On peut aider ?
Un sentiment de culpabilité l'occupait.
La dame comprit sans intervention de Fulane, des larmes lui montèrent aux yeux.
- Guylyme ! hurla-t-elle. Les habitants aux alentour se retournèrent. Ces jeunes veulent filer un coup de main !
Un homme répéta cette information un peu plus loin.
Pendant que Koshy enlevait des débris de la maison, il se rappela l'ambiance post-mortem de la bataille de Serena. L'excitation de la journée était retombée bien bas.
En échange de leur aide, les habitants leur offrirent quelques vivres, mais une atmosphère de méfiance restait présente.
Ils rentrèrent épuisés et déboussolés par toute cette expérience.
Une fois de retour, Serame demanda à Zelute s'il y avait un lien entre leur voyage et les tremblements. Celle-ci lui ria au nez et expliqua que l'origine du plasma venait de si loin dans les profondeurs que ça ne pourrait pas être à l'origine de ce genre d'événements.
La réponse convainquit la convainquit, mais Koshy resta suspicieux.
En se couchant, Zelute se congratulait de ce voyage spatial qui fut une franche réussite, mais ils se trouvaient toujours coincés avec une porte fermée. Son cerveau se remit en ébullition pour chercher la réponse à ce problème.
Au réveil, Koshy avait une profonde envie de voir sa mère, mais il se réfréna d'en parler. C'est Serame qui prit les devants.
- On va faire une pause à Restole, ça vous aidera peut-être à réfléchir.
- La source doit être limitée là-bas maintenant, répondit Zelute instantanément. - Au fûr et à mesure que Raoul s'étend, il y a moins de sources ouvertes à l'air libre. On perd nos moyens là-bas
- Etre loin d'une source vous ferait du bien.
- On va remplir les stocks avant de se poser là-bas.
Zelute pensa aussi à Fulane qui devait aussi avoir besoin de retourner à son village.
- Et s'ils vous attendent ? demanda Serame, en pensant à un des empires.
- Alors, ils sont fou !
L'ambition mène à la perte
Pendant qu'elle appréciait un repas collectif, comme il y en avait régulièrement dans le village à cette époque de l'année, le soleil se couchait, une légère brise faisait frémir les céréales et Zelute avait l'esprit ailleur. Pendant qu'elle imaginait des solutions les plus segrenue les unes après les autres, elle eu une idée nouvelle, qui tenait de nouveau plus du désespoir que de l'ingéniosité.
* Mais pourquoi ne pas de demander au Plasma *
Elle réfléchit à la formulation et agrandi sa connexion au réseau pour être sûr que l'information se propage le plus loin possible.
-- Quel est le code de la porte sur l'île à l'Est du continent ?
Elle demanda au plasma de transmettre cette question autour de la lune, ce qu'il fut en capacité de faire.
Une voix se fut entendre dans sa tête, comme quand Fulane lui parlait, la suprise la fit sursauté.
-- La position du coffre a été transmise de génération en génération. Seuls les plus sages le savent. Qui pose cette question ?
Zelute se leva subitement, prise de panique. Les personnes à table autour d'elle l'observèrent. Fulane n'était pas assis très loin.
- Ca va maman ?
Gérale regarda Fulane avec de grand yeux.
Elle se rassit doucement.
- Oui, donne-moi du frysh.
- Hein ? s'exprima Serame.
- Décidemment, rien ne vas plus ! lança Gérale, ce qui fit rire quelques personnes autour de lui.
La boisson allait l'aider à se déconnecter du réseau. C'était les seules fois où elle en buvait.
La réponse inattendue l'avait bien décontenencé. Le réseau était un endroit sûr pour elle où elle avait un contrôle absolu, mais peut-être que ce n'était pas le cas. Il y avait d'autres entités qui semblaitn tout autant capable qu'elle. Cela l'engoissait.
Elle repensa à cette fois où elle avait vu quelque chose d'inexplicable sur un temple loin au sud. Cette bataille de plasma qui ne semblait contrôlé par personne. Elle se reconcentra sur la réponse.
* La descendance la plus sage *
Cela pouvait vouloir dire plusieurs choses différentes.
Elle se leva et alla s'isoler pour réfléchir, son verre de frysh à la main.
* Et s'il y avait un autre peuple que je connaissais pas ? *
Après une dizaine de minutes de reflexion, son verre de frysh désormais vide mais toujours à la main, elle se rassit à la table.
Elle essaya quelque chose.
- Krysatune, est-ce que tes parents ton transmis un secret que tu devrais transmettre à tes enfants ?
Entendant d'une oreille la question, il s'extirpa d'un monologue qui lui entrait dans l'oreille gauche.
- Ce n'est pas quelque chose qu'on peut divulguer à n'importe qui si c'est un secret, non ?
La réponse était un peu suspecte, la boisson ne devait pas aider.
- Ca veut dire qu'il y a bien un secret ?
Il n'en dit pas plus. Krysatune était très méfiant de cette femme et la communication n'était pas toujours facile.
Cela pouvait bien être n'importe quel secret mais cela mis Zelute sur une piste.
Gérale, qui avait bien bu, le retour de ses amis le motivant à profiter de la fête.
- Moi je le connais le secret de la famille !
Krysatune le regarda sévèrement.
- Ne jamais sécher le fond de son verre ! Remets-moi en une papi !
L'ancien chef ria de pleines dents.
Après quelques jours de déconnexion qui lui firent du bien, pendant lesquels elle sympatisa avec des Restoliens, Zelute reposa une question au réseau.
-- Qui sont les plus sages ?
L'entité pris un certain temps à répondre, ce qui métait Zelute en stresse.
-- Viens donc les rencontrer ! Tout en bas du continent.
La réponse choqua Zelute.
* Les rencontrer, qu'est-ce que ça veut dire *
Elle avait parcourue tout le continent et avait vu tout les peuples qui existaient. Il y en avait principalement deux, Raouliens et Vezouliens.
Le reste était de petits villages qui portait plus ou moins une allégence à un des deux empires avec l'exception des Liames mais ils n'étaient pas au sud du continent.
En fonction de l'intérêt que leur portait l'empire le plus proche.
-- Cap vers le sud, dit-elle mentalement à Fulane
Celui-ce était en train de discuter péniblement avec des jeunes Restoliens qu'il ne connaissait pas.
- Désolé, je dois y aller, ma mère a besoin de moi. Ce qui lui enleva le peu de crédibilité qu'il avait réussit à entretenir.
- Ya ma maman qui m'appelle, répéta l'un deux quand Fulane était hors d'atteinte.
- Elle a besoin que je lui brosse les cheveux, renchérie l'autre dans une voix exagérémment ridicule.
Fulane les écoutait depuis le réseau, un peu vexé. Mais ils ne connaissaient pas sa mère.
Zelute l'interpela à peine fut-il arrivé au vaisseau.
- Je veux vérifié un truc, tu veux bien faire un tour avec moi ? Ce sera pas long, deux jours maximum !
- Tu as prévenu les autres ?
- Ils sont bien occupés, ils ne devraient pas s'en apercevoir.
Fulane fronça les sourcils. Sa mère avait tendance à imposer sa volonté.
- Je vais laisser un mot.
La famille divine s'envola jusqu'à la source la plus au sud.
- D'après mes calculs, il n'y a pas de source plus lointaine.
- Tu ne veux pas me dire ce qui nous amène ici ?
Elle le dévisaga d'un air inquiet.
- J'ai échangé avec quelqu'un comme nous. Ou quelque chose, je ne suis pas sûr.
Il leva les sourcils.
- D'accord... mais c'est qui ?
- Ou quoi...
Elle avait l'air de retourner dans ses pensées. Fulane lui reposa une question avant qu'elle ne passe à autre chose.
- Il habite pas ici ?
- Je ne sais pas mais j'ai vu quelque chose d'étrange ici, ce qui m'a orienté vers un potentiel "quoi". Surtout, sa formulation était étrange, comme il se distinguait de peuple qu'il semblait représenter.
Elle avait l'air en hésitation à s'aventurer loin du vaisseau.
- Allons-y Zelute, on avançera pas à rester ici.
- Ca s'est sûr. Reste sur tes gardes, à la première anomalie, on repart en arrière.
Fulane se crispa. Il avait quitté un peu le réseau dernièrement et ne se sentait pas très motivé à se lier au plasma. Il se força néanmoins à se concentrer, pour leur sécurité.
Ils entrèrent dans une forêt dense. Les oiseaux piallaient buyemment, sortant régulièrement Fulane de sa concentration.
Sa mère, quelques mètres devant, peut-être dans une volonté de faire bouclier, avançait prudemment entre les arbres fins. Les branches étaient plus basses que dans d'autres régions, leur frottant parfois le sommet du crâne.
Zelute, qui était à peine plus grande, devait se baisser par moment.
Fulane crut voir un Arame, une créature qu'il n'avait vu qu'en rêve, mais ce n'était qu'une plante parasite avec des branches particulières.
Il ralentit et perdu de vue sa mère, qui était caché derrière les arbres plus loin devant. Il accéléra pour la rattraper et la source apparut au loin derrière les arbres.
Sa mère s'était arrêtée, elle était aux aguets.
- Tu détectes quelque chose ? demanda-t-elle.
Il se concentra.
- Non, ça à l'air normal. Je dois trouver quoi ?
- C'était visible à l'oeil nue la dernière fois. Je vais aller voir à l'intérieur, ne bouge pas. Si jamais je ne ressors pas dans une heure, tu peux partir.
Sur ce, elle s'avança.
- On verra, dit-il simplement. Il l'a regarda s'aventurer dans le temple.
Après une dizaine de minutes, Zelute ressortit, plus détendue que tout à l'heure.
- Rien à signaler, dit-elle. Dès qu'elle fut à son niveau. Il y avait vraiment quelque chose d'inhabituelle ici la dernière fois, comme si le réseau se battait contre lui-même.
Fulane essayait de décrypter ce qu'elle disait.
- Mais ce n'est pas possible, le réseau est au service de l'homme et non lui-même.
- Jusqu'à preuve du contraire, répondit sa mère.
- Ca à l'air effrayant.
Il réfléchit.
- Tu es sûr qu'il n'y a rien plus au sud d'ici ?
- Normalement non, je suis allé aussi loin que ma vue dans le réseau me le permettait.
- On peut peut-être aller voir de nos propres yeux ?
Son instinct s'exprimait.
- Si tu veux, je n'ai pas de meilleur idée. Tout ce qui est loin d'ici m'ira.
Ils repartirent pour le sud, un extrême où Zelute n'avait jamais amené le vaisseau.
Une fois arrivée, après une demi-heure de navigation, ils se posèrent sur une falaise, pointant vers le sud.
Fulane, excité de suivre son idée, sorti le premier.
Après avoir observé le paysage, il rit bruyemment.
- Aaaah, j'avais vu juste !
Sa mère, dans l'incompréhension, sortit elle aussi.
Elle leva les sourcils.
- Au nom de la planète maudite.... On dirait qu'il y a une île là-bas.
- Je pense que c'est plus qu'une île, mère, c'est un nouveau territoire !
Elle regarda son fils, avec un sourire en coin et un sentiment de fierté.
De retour à Restole, ils prirent du temps pour réfléchir à leur excursion sur le deuxième continent. Ils imaginèrent plusieurs scénarios et préparèrentla réponse pour chaque possibilité.
xx
Maintenant que Zelute avait en main le mot de passe pour accéder à l'ascenseur, elle allait leur proposer une autre mission. Koshy attendait se moment depuis des mois à présents. Il n'hésita pas à leur filer un coup de main.
- J'ai justement un rôle pour toi Koshy, je pense que tu vas l'apprécier.
Son instinct sonnait l'alarme mais il accepta sans réchigner. Serame n'étapt pas prête à laisser partir son ami de venu amant et meêm si elle ne le montrait pas, elle appréciait ses voyages.
Après 1 petite minute d'attente, la porte de l'ascenseur s'ouvrit.
Une petite salle l'attendait avec un verre lisse incrusté dans le mur et une manivelle.
Koshy ne savait pas comment démarrer la communication.
- Comment je fais ? - demanda-t-il dans l'air.
Le verre s'illumina avec des symboles et des lettres dont certaines qu'il ne reconnaissait pas.
- Je n'ai pas compris votre question, pourriez-vous clarifier ?
Dit une voix dans une langue étrangère. Koshy sursauta brusquement et regarda autour de lui par réflexe.
Il compris alors que c'était le verre qui s'exprimait.
Le nuage traduisit la voix par écrit dans l'air ambiant à l'aide de limaille.
La fenêtre lumineuse avait sûrement pleins de réponses à ses questions. Koshy tenta de poser des questions.
- Combien de temps avant que la création du plasma ne s'arrête ?
- Vous voulez sûrement parler des technologies miniatures ? 152 ans et 25 jours.
- Merci
Koshy pris le temps de formuler sa prochaine question.
- Peut-on ralentir le mécanisme ?
Les réponses étaient instantanées, le nuage devait traduire immédiatement ces paroles.
- A priori, vous pouvez décider de la vitesse d'écrasement, la manivelle s'arrêtera au minimum de fonctionnement. Pour ralentir le flux, il faut tirer la manivelle vers soi.
Koshy réfléchie à cela. Le vocabulaire du nuage était difficile à comprendre.
Je dois tirer la manivelle vers moi, c'est tout.
- Est-ce qu'il y a un risque à ralentir la vitesse d'écrasement ?
Il repris le vocabulaire du nuage pour être sûr d'être compris.
- Non et c'est même conseillé, afin de limiter les frottements avec les croutes lunaires qui provoquent d'important séismes en surface.
Koshy n'en croyait pas ces oreilles.
- Des séismes ?
- Les séismes sont des tremblements de terres causés par le mouvement des plaques tectoniques.
Raison de plus pour ne pas accélérer le processus !
Sans plus hésiter, Koshy pris la manivelle dans la main, et la tira vers lui.
Elle bougeait extrêmement lentement, comme pour s'assurer que l'acte n'était pas une erreur.
La manivelle s'arrêta de bouger subitement.
La voix parla de nouveau.
- J'ai détecté un mouvement du contrôleur de vitesse, est-ce volontaire ?
Koshy était suffisamment stressé, il n'avait pas besoin que la machine lui mette des doutes.
- Oui ! - dit-il, les nerfs à vifs.
Son coeur palpitait, il se força à respirer lentement pour se détendre.
Il remit la main sur la manivelle et le tira de nouveau vers lui. Cette fois-ci, elle se déplaçait plus librement et il pu la tirer jusqu'au bout.
Sur la fenêtre, des choses s'animaient sans que Koshy ne puisse les comprendre.
Satisfait de son œuvre, il demanda :
- Est-ce que je peux changer le mot de passe ?
- Vous devez le faire sur le mur à votre droite - répondit la voix.
- Tapez le premier mot de passe et vous pourrez ensuite écrire le mot de passe suivant.
Koshy acquiesça.
Il se souvint des lettres sur lesquels cliquer pour le premier mot de passe.
- Est-ce que tu peux m'attendre dehors ? - demanda-t-il au nuage, doutant sincèrement qu'il comprendrait sa requête.
- Je ne comprends pas votre requête, dit le nuage.
Koshy fit en sorte de cacher les lettres sur lesquelles il mettait les doigts.
Il avait appuyé un peu au hasard et tâchâ de se souvenir de l'ordre.
Ce n'est pas si grave, si je l'oublie
Une fois cela fait, il se dirigea vers l'ascenseur.
Des violentes secousses se firent ressentir, preuve que le mécanisme était en action.
Une fois dans l'ascenseur, il appuya sur la flèche du haut.
Koshy avait hâte de raconter tout cela à Serame.
La porte se referma.
Serame attendait toute seule, sur la plateforme qui donnait sur un océan infini, plat et calme. De temps en temps, elle regardait l'entrée pour voir si Koshy était remonté à la surface.
Alors qu'elle regardait l'horizon, elle sentit le sol vibrer sous elle. L'océan se prit subitement des vagues extrêmement violentes qui contrastaient avec l'instant précedent. Les vagues remontaient de plus en plus haut sur la plateforme.
Prise de panique, Serame se positionna au centre de la plateforme et celle-ci se mise à pencher. S'agrippant aux quelques coquilles qui avaient réussit à se coller à la surface lisse. Une puissante vague la projeta par-dessus bord et pendant sa chute, elle observa un nuage sombre phénoménal avec un point noir au centre.
Son expérience de natation étant très limité, Serame se débattait comme elle pouvait pour rester à la surface. Mais son corps semblait irrémédiablement attirée vers le bas.
L'eau autour d'elle disparu alors, tandis qu'un nuage de poussière la fit monter vers les airs en direction du vaisseau de Zelute, celle-ci l'observait depuis la porte arrière.
Reprenant son souffle, Serame toussait violemment. Dès qu'elle fut à distance d'écoute de Zelute, elle cria :
- Koshy est encore en bas ! Dans l'ascenseur !
Zelute la regarda avec un air d'une neutralité déconcertante. Elle ne prit pas le temps de lui répondre et semblait être occupée ailleurs.
Agacé, Serame bondit de son petit nuage pour atterrir sur le sol du vaisseau à côté de la pilote, la prise par le col et hurla :
- Où est Koshy ??
Zelute regarda Serame, d'un air toujours neutre.
- Il est sous terre, je ne vois pas comment je pourrais aller le chercher à présent.
Fulane apparue à côté d'elle.
- Serame, la lune est finie, il y a trop d'activité sismique, on ne peut plus revenir en arrière à présent.
Il pointa l'unique objet céleste visible dans le ciel.
- On va là-bas.
Serame regarda, terrifié à cette idée.
Puis, elle regarda le sol de la lune qui semblait en ébullition.
Un nuage de plasma suivait le vaisseau, bloquant la visibilité à l'arrière.
Mais à l'avant, on voyait à présent la terre ferme qui était prise de tremblement visible à l'œil nu, des montagnes apparaissaient à vue d'œil.
Serame semblait rêver tandis qu'une montagne dépassant le ciel se trouvait au loin.
- Le vaisseau s'arrêta subitement sur une zone qui semblait stable. Serame reconnue un temple à un kilomètre sous eux.
Le temple baignait dans un nuage sombre. À côté d'elle, Fulane et Zelute avaient les yeux fermés. Elle observa ce nuage remonté progressivement jusqu'à eux.
- Il est temps de partir Fulane, dit au revoir à la lune - dit subitement Zelute en ouvrant les yeux. Fulane regarda Serame, des émotions légères transparaissaient sur son visage.
Peut-être que le réseau lui permettait de gérer cette situation normalement insupportable pour l'esprit humain.
Serame était sur les genoux à regarder le monde partir en fumée sous ses yeux, elle avait beaucoup de mal à croire ce que disaient ses deux seuls compagnons. Elle avait envie de sauter.
Elle hésita.
Les deux autres n'avaient pas essayé de venir en aide à Koshy. Il était peut-être à quelques mètres sous la plateforme.
Elle imaginait les portes de l'ascenseur s'ouvrir sous l'eau et le voir se noyer.
La lune en destruction s'éloignait lentement tandis que la porte du vaisseau se refermait.
Suite brouillon
Des tours de guets avaient été érigées au-dessus de Restole, profitant ainsi des monts pour observer sur de longues distances. Exyle avait à nouveau changé. La construction recommençait dans un tout autre style. Certains bâtiments étaient détruits à nouveau car ils rappelaient l’empire vézouliens. Les autres restaient encore intact, dont la maison de Koshy comme ils furent les derniers à quitter le village.
L’énergie se condensa autour de lui, formant une légère épaisseur de gris de gaz. Il sentit la pression sur son corps qui le faisait s’élever dans les airs. Commme souvent lors d’expériences intenses, il retrouvait son esprit d’avant et réagissait comme l’adolescent qu’il était.
"Ha ! "
" INCROYABLE !!"
Il sourit expressivement en flottant dans les airs. À chaque fois qu’il découvrait une nouvelle application à son pouvoir, il avait un contrôle absolu, comme si c’était naturel. Il se déplaça dans les 3 dimensions de l’espace. Explorant le vide du ciel, comme s’il avait quelque chose de palpable à décourvir dans certaines zones de l’espace. Après s’être déplacé longuement en zig-zagant de manière aléatoire , il choisit une trajectoire fixe et avança linéairement en allant de plus en plus vite. Le vent frottait fortement contre son corps, l’empechant d’aller plus vite. Il s’arrêta un petit instant. Il li vint alors l’idée de créer un large vague invisible d’énergie devant lui pour dévier la force du vent.
Posé sur un rocher, Serame apprécie le paysage désertique de la côté. Elle sort justement de l’eau salée. Element dont elle a eu du mal à prendre l’habitude. Fulane a essayé de lui apprendre à faire des cloches d’airs mais n’est décidement pas le même niveau de connexion au plasma. Elle arrive cependant à nager suffisemment pour pêcher des poissons de grande taille en créant des arpons.
Tome 3
L’obscurité.
Koshy ouvrit les yeux.
Ces oreilles sonnaient. Il n’entendait que l’écho de ses mouvements contre la surface lisse qui l’entourait. Il chercha avec ses mains une prise, quelque chose qui l’aide à monter. Il ne trouva rien. C’était légèrement en pente mais heureusement le terrain n’était pas trop glissant.
Il voyait de la lumière blanche un peu plus haut.
Ses membres lui faisaient mal. Tous ses membres. Il y avait une odeur de transpiration mêlé de sang. Un goût salé lui venait au lèvres lui ramènant ses souvenirs précèdent son évanouissement et alors il pensa, alors qu’il ne s’y serait jamais attendu.
Je suis encore en vie ?
Il atteint la lumière. Il y avait un léger précipice.
Sa main se posa sur la surface maintenant chaude en dessous-de lui.
"aaaAAAh ! "
Il se brula. Le sol n’était pas loin, alors il se décida a sauter. Il mit le pieds sur le bord chaud, se brula à nouveau et atterit sur le sol en contre-bas. Ces yeux ne s’étaient pas habitués à la lumière soudaine et il ne s’attendait certainement pas à ce nouveau choc thermique. Il avait les pieds enfoncés dans 1 mètres de neige...
Soudainement vif et réveillé, il grimpa de toutes ses forces en creusant dans la neige molle pour essayer d’atteindre un sol plus dure. Il y parvint après beaucoup d’effort.
Son torse se gonflait fortement à chaque respiration. Posé sur le sol froid, il regarda autour de lui.
Il n’avait parlé à personne depuis des mois. Il se sentait mal à l’aise à discuter avec Seram. Il devait se sentir comme elle quand elle vivait avec lui dans la capitale. Peu habitué à échanger de longues phrases et faire avancer la discussion. Il regarda Serame qui le regardait en retour. L’air un peu inquiet.
"Je te croyais mort !"
Elle sanglotait. Koshy ne l’avait jamais vu pleurer. Elle ne montrait pas ses faiblesses avant. Elle était fragile. C’était un hasard immense qu’il se recroisent sur cette énorme planète. Leurs rôles s’étaient inversés. C’était à Koshy de s’occuper d’elle à présent. Il inspira fortement. Expira de même.
As time snowed arround him, Kosh was dying of hunger. He had never felt so hungry in his entire life. he was starring at the sealing of the cave he was currently staying at. It was lightten by the reflecting white cold powder that was being puffed outside. Some snowdropes would fall on his cheek, making a red mark where it had fell. He had been eating insects since he had arrived here and thought at first that it was tje only kind of creature which could survive here .But then he discovered foot prints of mammals. One original creature woke him up the following morning. He slowly opended his weak eyes and noticed this uninvited guest starring at the snow at the entrance of the cave. It was a perculiar creature, and Koshy was at first very surprised to see it. À thin body but the eyes of an owl. Surely it must be eadible. He open wide open his eyes. It stood still unaware or uninterested at koshys behavement. Koshy slowly crawled to the beast when he was close enough he got on his feet and jumped suddenly acrosss the cave to catch the beasts foot.
Le rythme des journées avait changé, elles étaient plus longues. Après tout ce temps il commencait à s’y habituer. Il mangeait à sa faim, pourtant il sentait qu’il s’affaiblissait de jour en jour. Etait-ce à cause de sa solitude. Il n’avait pas entendu le son se sa propore voix depuis plusieurs semaines. Ses pensées ricochaient contre sa boite craniène.
He was lost in the desert. 5 miles. long desert. Looking for something to eat. There was nothing. But he knew that he would be able to find her over there. That fog would help him get stronger each time.
He saw the dark clouds far away. He reckonised these clouds very well. It meant that they were near him. He has almost forgot about them.
Sur une plage avec une vue bien dégagée, chose rare sur cette planète tumultueuse.
Koshy pensa à ses amis. Il se dit qu’il laisserait une trace de chacun d’eux sur cette terre. Même ceux avec qui il ne s’entendais pas si bien.
Il pensa déjà à Gérale, son plus vieil ami avec qui il avait perdu contact si soudainement.
Il était vraiment têtu Gérale. Mais très fidèle à sa famille.
Il lui construira un chateau en pierre, ce sera son objectif pour les prochains mois.
Pour ne pas perdre la raison trop vite.
Mais comment diable allait-il faire ?
Et il songea de nouveau à sa nouvelle amie, peut-être qu’elle pourrait aider ?
Le lendemain il retourna au village pour trouver son amie : Jesma
"Jesma ! " dit-il une fois proche des tours. "Jesma !? "
Pas de réponse. Il se ballada dans les ruines végétales de cet autre monde disparu.
Il y avait un temple qui a inquiété Zelute. Elle n'a pas pu s'en approcher car le plasma l'en empêchait. Il semblait y avoir une bataille constante entre le plasma ambiant et celui qui émanait de la source. Zelute avait observé la scène de ses yeux lunaires, elle n'avait pas osé voir à quoi cela ressmblait dans le réseau.
Un nuage étincelant avait entouré l'entrée du temple, comme si l'esprit de la lune essayait d'empêcher quelque chose de malveillant de se propager. Elle était restée un moment à observer ce spectacle en se demandant qu'est-ce que cela voulait bien signifier.
Quelques instants après, un autre phénomène se produisit. Un nuage de plasma s'éleva au dessus du temple, il se solidifia en une boule de limaille cristallique. La lumière se difractait majestueusement d$ Et puis, la boule tomba sur le toit du temple comme si vidé de son énergie antigravitationnelle et la poussière se répondu sur le temple.
Ce spectacle avec produit chez Zelute une sensations de peur, comme elle n'en avait pas ressentie depuis des années. Elle fuit immédiatement ce spectacle et n'y était jamais retournée.
C'était un point manquant du plan du réseau que Fulane avec dessiné dans la salle de réunion.
Annexe
De l’histoire ancienne.
Il y a quelques décennies
Gaspren, le Roi de Raoule, était au pouvoir.
À cette époque les gens ne considéraient pas les temples comme ils le font aujourd'hui. C’était généralement des endroits bannis, car trop dangereux et trop incompréhensible. Ils étaient aussi souvent habités par des bêtes sauvages. Mais, Gaspren s’était pris d’une passion pour le temple de Raoule. Il l’aménaga, le rendit habitable et usa de la solidarité des matériaux pour en faire une forteresse impénétrable, a usage personnel, pour son propre recueil.
Il s’y sentait en sécurité.
On disait qu’il passait du temps là-bas afin de méditer et ainsi prendre les bonnes décisions pour le bien de son royaume. Ce qu’il faisait très bien !
Jamais Raoule n’a connu une époque aussi prospère. Il y faisait bon vivre et beaucoup de choses ont évolués dans les domaines médicinales et scientifiques.
Un jour il invita des scientifiques dans son refuge pour développer l’utilisation du plasma.
Il trouva de nombreuses utilisations au plasma, et petit à petit le plasma fut employé dans la vie quotidienne de sa Ville.
Dans un premier temps, le peuple était très sceptique de l’utilisation de cette matière, pourtant bannis par les prêtres de la ville. Au fil du temps, ils comprirent que le roi avait fait un bon changement dans la vie de chacun.
Certaines rumeurs disent que tandis que le roi était dans le temple, son âme s’échappait de son corps et il espionnait son royaume sous la forme d’un esprit à la recherche de ceux qui complotaient contre lui pendant son absence.
En effet, chaque fois qu’il revenait du temple, il envoyait immanquablement les vrais coupables de trahison en prison.
Ainsi, malgré ses bonnes intentions, il fut toujours appelé le Mage noir.